Camp de rééducation pour délinquants : une idée simple mais inutile
Conner Rousseau a proposé d’envoyer les jeunes délinquants dans un Bootcamp pour les « rééduquer ». Selon des évaluations, les programmes de rééducation militaire pour délinquants ont été abandonnés dans de nombreux pays en raison de leur inefficacité et d’un taux de récidive élevé.
Action, réaction : Rousseau, Francken et Bouchez souhaitent « rééduquer » les casseurs
Conner Rousseau a été le premier à réagir sur Instagram, partageant une vidéo des incidents survenus lors des manifestations de jeudi dernier. Le président des socialistes flamands qualifie les responsables de ces troubles de « crapules mal éduquées » et suggère de les envoyer dans un Bootcamp. Le ministre de la Défense partage une analyse similaire sur Facebook, affirmant que « ce sont toujours les mêmes émeutiers et vandales, or rien ne se passe« . Sa solution ? L’armée. Il préconise la création de camps d’entraînement pour les jeunes délinquants, en évoquant le terme chargé de sens : rééducation.
Georges-Louis Bouchez soutient cette position sur RTL, annonçant son intention de « soumettre une proposition de loi stipulant que lorsqu’une personne est sanctionnée par un juge pour vandalisme lors d’une manifestation, une des peines supplémentaires pourrait être son placement dans une structure militaire afin d’y inculquer la discipline« .
Une vieille idée : les camps militaires de redressement
L’idée de camps militaires pour rééduquer les jeunes délinquants n’est pas nouvelle. Elle a vu le jour aux États-Unis, où les bootcamps se sont multipliés durant l’ère Reagan, puis ont été adoptés par divers pays anglo-saxons comme l’Angleterre de Margaret Thatcher, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Ce concept repose sur la conviction que la délinquance découle d’un caractère défaillant, d’un manque de volonté et de discipline. L’armée, capable de forger des hommes, pourrait ainsi redresser les délinquants grâce à la discipline militaire, perçue comme une vertu civique.
Une idée abandonnée
Cependant, ce modèle a rencontré des difficultés. La plupart des pays ont progressivement abandonné les bootcamps. Aux États-Unis, ces structures n’existent plus que dans deux États du Sud. Au Royaume-Uni, les centres de « short sharp shock » ont rapidement fermé en raison de très mauvais résultats. Les évaluations de ces programmes expérimentaux révélaient des taux de récidive alarmants, souvent supérieurs à ceux des peines traditionnelles. Sans suivi à long terme, l’effet choc du camp s’avère inefficace. De plus, les coûts ont été souvent supérieurs aux prévisions, et plusieurs scandales de mauvais traitements ont également marqué l’actualité aux États-Unis.
Actuellement, l’idée de confier les délinquants à l’armée persiste sous d’autres formes dans certains régimes autoritaires, comme en Chine, en Russie ou en Turquie, avec des centres de détention ou des internats militarisés. Dans ces pays, la rééducation s’accompagne d’une formation idéologique axée sur la loyauté et le nationalisme. Ce n’est certainement pas le modèle envisagé par Theo Francken et Georges-Louis Bouchez, qui semblent plutôt s’inspirer du modèle anglo-saxon, pourtant en déclin depuis deux décennies.
Petite idée
Quoi qu’il en soit, cette proposition semble davantage une réaction à un événement qu’un projet ambitieux. Elle ne représente qu’une petite idée, destinée à marquer les esprits et à rappeler un positionnement politique, ici clairement conservateur.
Cette position valorise en effet les vertus civiques de l’armée et suggère que le problème de la délinquance est avant tout individuel. La délinquance est perçue comme un choix personnel ou une question d’éducation, minimisant ainsi les facteurs sociaux, le manque de perspectives ou les vécus difficiles des individus. Dans cette logique, puisque les jeunes sont supposés être mal éduqués, on pourrait donc les rééduquer. Sur le papier, cette idée semble simple et séduisante. Mais il convient de rappeler que les camps de rééducation militaire pour délinquants n’ont pas prouvé leur efficacité, du moins dans les démocraties.

