Tunisie–Italie : Une relation désormais en partenariat stratégique.
La résidence de l’ambassade d’Italie à Tunis a accueilli, le 5 juin 2026, une cérémonie marquant le 80e anniversaire de la République italienne et le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et l’Italie. En 2025, on compte près de 1.000 entreprises italiennes implantées en Tunisie, représentant environ 3,7 milliards de dinars d’investissements.

Le 5 juin 2026, la résidence de l’ambassade d’Italie à Tunis a été le cadre d’une cérémonie célébrant le 80e anniversaire de la République italienne ainsi que le 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Tunisie et l’Italie.
La Presse — Plus de 1.500 invités ont participé à cet événement, représentant des institutions tunisiennes, le corps diplomatique, les milieux économique, académique et culturel, ainsi que la société civile et la communauté italienne en Tunisie. Le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, faisait partie des personnalités présentes.
La double commémoration a également été marquée par un message vidéo du ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani et par une exposition photographique réalisée à partir des archives de l’agence Ansa, conçue par l’architecte tunisienne Chacha Atallah, qui retrace sept décennies de coopération politique, économique et humaine entre les deux pays.
Les discours prononcés lors de la cérémonie ont mis en avant une vision partagée : la relation tuniso-italienne a atteint une maturité stratégique, façonnée par l’histoire et les défis contemporains.
Face aux tensions géopolitiques régionales, aux crises de sécurité, aux pressions migratoires et aux transformations économiques mondiales, l’ambassadeur d’Italie à Tunis, Alessandro Prunas, et le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, ont convenu que la Méditerranée impose une interdépendance structurelle entre ses rives.
Pour l’ambassadeur, les crises internationales présentes, telles que la guerre en Ukraine, l’instabilité au Moyen-Orient, les enjeux énergétiques et la fragmentation des équilibres mondiaux, rendent essentiel le renforcement de la coopération avec la Tunisie, considérée comme un acteur clé de la stabilité régionale.
“Les défis actuels nous imposent de renforcer notre coopération en faveur de la stabilité de la Méditerranée”, a-t-il déclaré, soulignant que la relation bilatérale dépasse dorénavant le cadre traditionnel de la diplomatie pour s’intégrer dans une logique euro-méditerranéenne et africaine extensive.
De son côté, le ministre de l’Intérieur a qualifié la relation entre Tunis et Rome de “partenariat de destin fondamental”, soulignant qu’elle découle de l’histoire tout en étant renforcée par la géographie et des intérêts communs. Il a insisté sur l’évolution progressive d’une coopération diplomatique classique vers un partenariat structurant, multidimensionnel et orienté vers l’avenir.
Une mémoire partagée au cœur des 70 ans de relations diplomatiques
L’aspect historique a été central dans les discours. Les 70 ans de relations diplomatiques entre la Tunisie et l’Italie, établies en 1956, ont été présentés comme un jalon significatif d’une relation exceptionnelle en Méditerranée.
L’ambassadeur italien a souligné un acte fondateur : l’Italie a été le premier pays à reconnaître officiellement l’indépendance de la Tunisie en mai 1956, un geste qui continue d’ajouter à la profondeur symbolique de cette relation.
Le ministre tunisien a, pour sa part, mis en avant que la Méditerranée a toujours été un espace de circulation, d’échanges et de dialogues, faisant ainsi de la relation tuniso-italienne une continuité historique naturelle. Il a insisté sur l’intensification des échanges institutionnels et des visites de haut niveau, témoignant d’une dynamique bilatérale qualifiée d’“exceptionnelle”.
Cette mémoire partagée a été illustrée par une exposition photographique significative, créée à partir des archives de l’agence Ansa et réalisée par l’architecte tunisienne Chacha Atallah. L’exposition retrace sept décennies de relations politiques, économiques et humaines, illustrant la solidité d’un partenariat ancré dans la durée.
Une coopération économique dense et en expansion continue
Au-delà des considérations historiques et diplomatiques, les deux responsables ont mis en avant la robustesse de leur partenariat économique.
Aujourd’hui, l’Italie est l’un des principaux partenaires commerciaux de la Tunisie et son premier investisseur dans le secteur énergétique. En 2025, près de 1.000 entreprises italiennes étaient implantées en Tunisie, représentant environ 3,7 milliards de dinars d’investissements.
Les échanges commerciaux ont atteint environ 20,5 milliards de dinars, montrant une dynamique de croissance soutenue. Le ministre a aussi souligné le rôle du tourisme, avec plus de 161.000 visiteurs italiens en 2025.
Dans cette optique, les deux pays continuent de développer des projets structurants dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de l’eau, notamment à travers l’interconnexion électrique Elmed et le projet Tanit, visant à améliorer la gestion durable des ressources hydriques et agricoles.
L’ambassadeur italien a également insisté sur l’importance de transformer cette interconnexion économique en véritable intégration industrielle et énergétique, capable de renforcer la résilience des deux économies face aux incertitudes mondiales.
Le secteur énergétique a été identifié comme l’un des axes les plus structurants de la relation bilatérale. Les projets Elmed, Medlink et SoutH2 Corridor ont été présentés comme les fondations d’une nouvelle architecture énergétique euro-méditerranéenne, destinée à faire de la région un espace de production et de transit énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Ces projets s’inscrivent dans la continuité du gazoduc Transmed, infrastructure stratégique reliant déjà les deux rives de la Méditerranée.
Pour les deux responsables, l’enjeu dépasse la seule dimension technique : il s’agit de bâtir une souveraineté énergétique commune, capable de soutenir la transition écologique et de répondre aux défis climatiques.
Migration : une approche globale fondée sur le développement
La question migratoire a constitué un autre point de convergence important. L’ambassadeur italien a plaidé pour une approche globale qui intègre développement économique, lutte contre les réseaux criminels et création de voies légales de mobilité. Le ministre de l’Intérieur a salué les résultats de 2025 dans la coopération bilatérale relative à la lutte contre la migration irrégulière.
Tous deux ont souligné la nécessité de dépasser une vision strictement sécuritaire du phénomène migratoire, privilégiant une approche structurelle centrée sur l’emploi, la formation et l’inclusion économique des jeunes.
Au-delà des chiffres et des accords, les deux responsables ont mis en avant la dimension humaine du partenariat. La diaspora tunisienne en Italie a été présentée comme un lien important entre les deux sociétés, contribuant aux transferts financiers, à la circulation des compétences et au rapprochement culturel.
Par ailleurs, en lien avec cette célébration, un forum économique tuniso-italien est prévu à Tunis les 24 et 25 juin 2026, rassemblant entreprises et institutions des deux pays pour explorer de nouvelles opportunités d’investissement. Cet événement s’inscrit dans une stratégie plus large défendue par le Plan Mattei pour l’Afrique, visant à promouvoir un partenariat basé sur l’investissement productif et la création de valeur.
À l’issue de la cérémonie, un constat partagé a émergé : la relation tuniso-italienne est entrée dans une phase de consolidation stratégique, où coopération économique, énergie, migration et culture se conjuguent dans une vision commune.

