Roland-Garros 2026 : La diffusion gratuite du tournoi menacée ?
Le contrat avec France TV et Amazon court jusqu’à 2027 inclus. Le Premier ministre a demandé à Delphine Ernotte de trouver 15 millions à couper dans les caisses de France Télévisions.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Un chiffre sera particulièrement surveillé, y compris par Delphine Ernotte, au siège de France Télévisions. Quel sera le nombre de téléspectateurs pour l’affiche inattendue entre Zverev et Cobolli, un an après le succès d’une des plus belles finales de l’histoire du tournoi, qui avait rassemblé en moyenne 5,5 millions de téléspectateurs, avec un pic à plus de 9 millions pour la balle de match ? Des chiffres inédits depuis 15 ans, depuis le fameux affrontement entre Federer et Nadal. Cette année, l’événement aura plus de difficulté à attirer le public, mais l’intérêt des Français sera sans doute déterminant lors du prochain appel d’offres prévu par la FFT dans les mois à venir.
« La Fédé sait qu’elle va passer un sale quart d’heure »
Le contrat entre France TV et Amazon s’étend jusqu’en 2027 inclus. Il est donc crucial de ne pas retarder l’annonce de la nouvelle formule avant la prochaine édition. Cependant, la situation actuellement est bien différente de celle de 2023, où un simple coup de fil avait permis de débloquer les choses. France Télévisions fait face à une grave contrainte financière, poussée par l’État à réduire ses coûts, alors qu’Amazon adopte une stratégie toujours sujette à questionnement.
« On peut s’étonner de n’avoir rien entendu de cet appel d’offres encore, analyse Pierre Maes, spécialiste des droits TV. Cependant, il résume la pensée générale : la FFT sait qu’elle va passer un sale quart d’heure et qu’elle va devoir négocier à la baisse si elle ne veut pas faire face à un désintérêt plus marqué de la part des deux diffuseurs actuels. »
Pour ce qui est du diffuseur public, le groupe France Télévisions traverse ses six mois les plus difficiles. L’organisme a été sévèrement critiqué par la commission Alloncle, laquelle préconise une réduction de 50 millions d’euros par an sur le budget des sports, soit un quart de son budget, qui se compose majoritairement de deux tiers pour l’acquisition de droits et d’un tiers pour les coûts de production. Bien que le gouvernement ait rejeté le rapport en soulignant qu’il méconnaissait l’essentiel, il a également précisé que « sur la gestion financière, le travail est engagé depuis l’automne dernier ».
Roland-Garros, un coût de 25 millions par an ?
Concrètement, le Premier ministre a demandé à Delphine Ernotte de réduire son budget de 15 millions d’euros. La présidente de France TV a rapidement trouvé des économies à réaliser dans le catalogue des droits sportifs. Neuf matchs du tournoi des VI Nations ont été vendus en urgence à TF1, ce qui pourrait entraîner des pertes, selon Pierre Maes. « On parle de matchs achetés mi-2025 pour 30 millions d’euros qui doivent être remboursés six mois après… mais c’était la seule option »vendable » dans l’immédiat », précise-t-il.
Se séparer de Roland-Garros serait plus difficile sur le plan émotionnel que budgétaire. Les montants officiels ne sont pas confirmés, mais la chaîne publique paierait entre 15 et 20 millions d’euros par an, auxquels s’ajoutent les frais de production. Amazon compense depuis 2019, mais sa stratégie reste floue. « Lorsqu’ils sont arrivés, ils ont sans doute compensé la baisse des droits de France TV, commente Pierre Maes, mais cela ne s’intègre pas bien dans leur stratégie globale. En France, ils n’ont plus la Ligue 1, et en Europe, ils se concentrent sur les soirées de Ligue des champions ; je ne pense pas que les night sessions leur permettent de fidéliser leurs abonnés. »
Difficulté à évaluer : bien que le traitement proposé par la chaîne payante soit généralement apprécié des fans, les audiences semblent rester confidentielles. De plus, France TV continue parfois d’offrir une concurrence, diffusant des matchs tardifs sur d’autres courts. Alex Green, responsable des droits sportifs chez Amazon, avait exceptionnellement révélé en 2022 que le match nocturne entre Nadal et Djokovic, diffusé gratuitement, avait attiré 3 millions de spectateurs, la meilleure audience d’Amazon sur le tournoi.
La diffusion en clair n’est pas une obligation
Le duo de diffuseurs, qualifié de « combinaison parfaite » par le président de la Fédération Gilles Moretton en 2023, pourra-t-il être maintenu sur des bases semblables ? Aucun des trois acteurs n’a souhaité commenter d’éventuelles négociations en cours auprès de 20 Minutes. En réalité, la situation semble moins préoccupante pour la FFT, qui a bénéficié d’un contrat lucratif avec TNT aux États-Unis, s’élevant à 650 millions sur dix ans, que pour le téléspectateur français. En effet, contrairement à certaines idées reçues, le décret garantissant la diffusion d’événements sportifs majeurs en clair n’inclut qu’une petite portion du tournoi : les demi-finales et les finales, mais seulement si un Français y participe, ce qui est très rare.
« Je ne pense pas qu’il soit exagéré de dire que la diffusion de Roland-Garros sur une chaîne gratuite est en grand danger, souligne Pierre Maes. C’est l’histoire de la télé des 30 dernières années. Nous espérons beaucoup de la position budgétaire de France TV, mais les nouvelles ne risquent d’être que mauvaises », indique-t-il. Il faudra craindre également qu’Amazon en profite pour se retirer à son tour, ou qu’Eurosport, propriété de Warner Bros Discovery, accepte de revenir dans le jeu après son éviction en 2019.
Certes, le tableau est pessimiste, mais cela n’est pas sans précédent : parmi les quatre tournois du Grand Chelem, l’US Open est déjà intégralement diffusé sur une chaîne payante dans son propre pays. Le modèle à suivre se trouve plutôt de l’autre côté de la Manche. À Wimbledon, le tournoi et la BBC collaborent étroitement, comme à Roland-Garros. Une différence essentielle ? Le coût, car le service public britannique verse chaque année 80 millions d’euros pour diffuser le tournoi. Une somme dont la FFT ne nourrit plus l’espoir depuis longtemps.

