France

Bernadette Chirac, figure des Pièces Jaunes et femme de caractère.

Bernadette Chirac, épouse de l’ancien président Jacques Chirac, est décédée ce samedi à l’âge de 93 ans. Elle est née à Paris le 18 mai 1933 et a été la première femme élue conseillère générale de Corrèze en 1979.


Bernadette Chirac, l’épouse de l’ancien président Jacques Chirac, est décédée ce samedi, comme l’a annoncé sa fille, Claude Chirac. À 93 ans, elle était l’une des figures les plus populaires de France, grâce à ses engagements associatifs, mais aussi en tant que personnalité politique connue pour sa franchise.

Son existence peut être perçue comme un parcours d’émancipation, passant de l’ombre à la lumière. Longtemps dans l’ombre de son mari, elle a su se libérer à travers la durée de ses engagements associatifs et sa culture politique.

Première femme élue conseillère générale de Corrèze

Bernadette Chodron de Courcel, d’origine aristocratique, est née à Paris le 18 mai 1933. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle entre à Sciences Po Paris en 1951, où elle fait la connaissance de Jacques Chirac lors d’une conférence. « Il n’arrêtait pas de remuer ses jambes et il écrivait nerveusement. Je me suis dit : « Il est drôle ce garçon, ou il prend de la drogue, ou il boit du café toute la journée », confie-t-elle dans le documentaire *Bernadette Chirac, mémoires d’une femme libre* en 2016. Une amitié émerge avec le « grand escogriffe », avant qu’un mariage ait lieu en 1956, malgré les réserves de la famille de Bernadette. Ils ont trois enfants : Laurence, née en 1958 et décédée en 2016, Claude, née en 1962, et Anh Dao Traxel, adoptée en 1979.

Suivant son mari entre Paris et la Corrèze, qui devient son fief politique, Bernadette Chirac se présente pour la première fois en 1971. Elle est élue conseillère municipale à Sarran, en Haute-Corrèze, et est réélue à chaque scrutins, la dernière fois en 2014. En 1979, elle devient la première femme élue conseillère générale de Corrèze, un mandat qu’elle conserve pendant 36 ans.

La vie parisienne s’accélère lorsque Jacques Chirac est nommé à Matignon en 1974. Avec deux enfants en bas âge, elle reprend des études d’archéologie, ce qui déplaît à son mari. « On ne peut pas comprendre Bernadette Chirac si on ne sait pas cela […] Assumer ses responsabilités auprès de son mari, assumer ses responsabilités vis-à-vis de ses enfants et tracer son propre chemin », explique Claude Chirac, sa fille, dans le documentaire d’Anne Barrère de 2016.

Les années Mairie de Paris

Face aux infidélités notoires de son époux, Bernadette Chirac en tire un constat amer : « J’ai eu des inquiétudes et des chagrins car le pouvoir attire les femmes. Au début, j’ai eu beaucoup de chagrin, puis je m’y suis faite. Je me suis dit que c’était la règle et qu’il fallait la subir avec autant de dignité que possible », confie-t-elle toujours dans le documentaire.

Élu maire de Paris en 1977, Jacques Chirac et Bernadette s’installent à l’hôtel de ville pendant 18 ans. Ces années sont pour elle les plus belles, période durant laquelle elle multiplie les responsabilités associatives et caritatives. En 1995, lorsqu’il est élu président de la République, le couple rejoint l’Élysée pour une durée de douze ans. Bernadette Chirac devient la maîtresse de cette grande maison, entreprenant des rénovations et modernisations, organisant des réceptions fastueuses pour des dignitaires du monde entier, tout en appréciant la vie mondaine contrairement à son mari.

C’est également à l’Élysée que cette épouse de président – qui refuse l’étiquette de « Première dame » – acquiert une grande popularité grâce aux « Pièces jaunes », une initiative visant à améliorer le quotidien des enfants malades à l’hôpital. Un livre d’entretien avec Patrick de Carolis, *Conversation* (Plon, 2001), révèle cette personnalité discrète auprès des Français. Elle y évoque les joies et les épreuves de sa vie : « Quand on est la femme de Jacques Chirac on ne peut pas rester trop effacée ! Ou alors on court le risque d’être écrasée… Que voulez-vous, je n’aime pas être écrasée. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il fasse de la politique. Comme disait mon père : « La politique, vraiment, n’était pas dans le contrat de mariage. » »

L’Élysée et les engagements associatifs

Bien qu’elle ait eu sa marionnette aux *Guignols de l’info*, Bernadette Chirac reste toutefois dans l’ombre du couple formé par Jacques Chirac et sa fille Claude entre 1989 et 2007. La fin du mandat de Jacques Chirac à l’Élysée lui permet de exprimer sa liberté, devenant une ardente supportrice de Nicolas Sarkozy. Elle poursuit aussi ses engagements associatifs et prend en 2007 la présidence de la fondation Claude-Pompidou, une ancienne première dame qui a été son amie, modèle et soutien.

La vie familiale de Bernadette Chirac a aussi connu des drames, notamment l’anorexie de sa fille aînée Laurence, décédée subitement en avril 2016 à 58 ans. Elle a également veillé sur la santé fragile de son époux, qui a subi un accident vasculaire cérébral en 2005.