Belgique

Mesures d’économies dans l’enseignement validées : fin d’année perturbée à prévoir.

Le plan d’économies voté ce vendredi à l’aube prévoit une augmentation de 10% de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale. Selon Ronald Lahaye, « toutes les personnes qui souhaitent faire grève peuvent le faire jusqu’au dernier jour de l’année scolaire ».


Au cœur d’une vive contestation sociale depuis plusieurs mois, le plan d’économies adopté ce vendredi matin inclut, entre autres, une augmentation de 10 % de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale, ainsi qu’un resserrement du régime de fin de carrière des professeurs. Cette situation est considérée comme intolérable par beaucoup. Quelle que soit la décision sur le décret, certains enseignants et établissements continuent d’organiser des actions, notamment à Liège, où la tension demeure particulièrement forte. « Les arrêts de travail vont se poursuivre. On doit s’attendre à une fin d’année encore perturbée », a confirmé Adrien Rosman, coordinateur communautaire au SETCa-SEL.

Comment se présentera la fin de l’année scolaire ? Ronald Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement, rappelle que les écoles s’organisent localement et définissent elles-mêmes leurs actions. « Ça peut être un piquet dissuasif, une distribution de tracts, ou autre, » explique-t-il, « en tout cas beaucoup d’écoles sont toujours à l’arrêt. »

### Préavis de grève jusqu’à la fin de l’année scolaire

Certaines écoles ont déjà annoncé l’annulation des examens de fin d’année, et un boycott d’épreuves certificatives comme le CEB ou le CESS est envisagé. Malgré l’adoption du vote, les enseignants ont-ils encore le droit de faire grève ? Oui. Le syndicaliste précise que le préavis de grève couvre les enseignants jusqu’à la fin de l’année scolaire. « Toutes les personnes qui souhaitent faire grève peuvent le faire jusqu’au dernier jour de l’année scolaire », souligne-t-il.

### Examens annulés ou tâches administratives abandonnées

D’autres établissements évoquent des actions moins radicales. Adrien Rosman évoque des actes au niveau administratif. « Quand on corrige le CESS par exemple, on doit encoder certaines informations comme le taux de réussite par question, etc. Ces données sont ensuite transmises à l’administration pour analyse. Ces tâches périphériques ne sont pas cadrées par un décret, et les professeurs peuvent arrêter de les faire pour se concentrer sur leurs tâches pédagogiques », insiste-t-il. « Si la ministre juge utile d’obtenir ces informations, elle peut charger quelqu’un d’autre de les encoder. »

Pourquoi continuer la contestation alors que le plan a été voté ? Pour Adrien Rosman, il est clair que vote ou pas, « ce n’est pas du tout la fin d’un combat. » Il souligne que cette contestation n’est pas « une poussée de fièvre, mais un vrai malaise qui s’est installé depuis des mois et que le gouvernement n’a pas entendu. » La colère émane des enseignants, dit-il, et « nous allons étudier les leviers juridiques au sein de nos organisations. La Ligue des familles, notamment, a déjà annoncé un recours à la Cour constitutionnelle. »

#### Les profs ne vont certainement pas pénaliser les élèves parce que la fin de l’année a été chahutée

Dans ce contexte, les deux syndicalistes rappellent qu’ils informent leurs affiliés de ne « pas entraver le parcours des élèves. » Toutefois, pour Adrien Rosman, il n’est pas absolument nécessaire de maintenir les examens. « Il y a une évaluation continue pendant l’année qui permet de savoir où se situe l’étudiant. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Il y a déjà des sessions d’examen qui ont été annulées à cause d’une tempête de neige sans que ça sanctionne les étudiants. » Certaines écoles ont cependant trouvé un compromis et ont décidé de maintenir les examens pour les élèves en difficulté.

Concernant les épreuves certificatrices comme le CEB, Roland Lahaye souligne qu’un élève ne peut « pas être pénalisé si le CEB n’est pas organisé. » Il précise qu’il existe « un conseil de classe qui – déjà en temps normal – peut décider de faire passer en 1ère secondaire un élève qui a eu un accident de parcours et raté son CEB. » Le syndicaliste assure : « Les profs ne vont certainement pas pénaliser les élèves parce que la fin de l’année a été chahutée. »

### Un préavis de grève pour la rentrée prochaine ?

Adrien Rosman indique que la colère est telle qu’il redoute une rentrée chaotique en septembre. « Il n’y a pas d’actions prévues pendant les vacances, mais on est en train de réfléchir à déposer un préavis pour couvrir la rentrée prochaine », signale-t-il. Car au-delà de ce vote, d’autres questions demeurent en suspens, comme celles des CDI ou de l’après tronc commun, même si ce terme ne peut plus être utilisé.

De son côté, Ronald Lahaye explique que certains enseignants veulent continuer les actions pour exercer une pression, notamment sur les Engagés alliés au MR : « On veut qu’ils se rendent compte du chaos qu’ils ont mis dans les écoles et qu’ils expliquent leur choix. »

Bien que des aménagements soient promis, beaucoup restent sceptiques. Au micro de la RTBF, le directeur du collège Saint-Pierre à Uccle évoque l’impact de ces mesures dans son établissement. La hausse de 10 % de la charge horaire entraînera la perte d’heures de cours pour plusieurs jeunes professeurs dès la rentrée prochaine. « L’impact est grand, que tout le monde se rende bien compte », explique le directeur Cédric Vandeleene. « On va fonctionner avec six personnes de moins l’année prochaine. Et cela a bien évidemment un impact sur toute la structure de l’établissement. »

En attendant, la contestation se poursuit dans plusieurs écoles, et les syndicats annonceront dans les jours à venir s’ils déposeront un préavis de grève pour la rentrée suivante.