Guerre au Moyen-Orient : L’ONU annonce une crise mondiale de la faim
L’ONU a averti que près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient être frappées par une insécurité alimentaire aiguë si le conflit au Moyen-Orient ne cessait pas d’ici juin et si le prix du pétrole restait supérieur à 100 dollars le baril. En Somalie, le PAM prévoit que près de 60 % des ménages ne pourront pas subvenir à leurs besoins essentiels, contre 47 % en 2025.
Le scénario d’une augmentation record de l’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale en cas de conflit prolongé au Moyen-Orient se dessine, a alerté l’ONU vendredi. En mars, deux semaines après le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU avait déjà mis en garde contre cette possibilité. Près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient ainsi souffrir d’insécurité alimentaire aiguë si le conflit se poursuivait au-delà de juin et si le prix du pétrole restait au-dessus de 100 dollars le baril. Ces nouvelles victimes viendraient s’ajouter aux près de 320 millions déjà touchées par l’insécurité alimentaire aiguë dans le monde.
Alors que les hostilités ont repris ces derniers jours au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, une voie stratégique pour l’approvisionnement en hydrocarbures contrôlée par Téhéran, « le scénario négatif se concrétise malheureusement », a déclaré Jean-Martin Bauer, directeur du service d’analyse de la sécurité alimentaire du PAM. « La fermeture d’Ormuz se traduit par une hausse de la faim », a-t-il ajouté, en soulignant l’augmentation des prix des denrées de base comme le riz et le blé.
Le PAM a aussi alerté sur le fait que « la crise entraîne d’importants effets de contagion, notamment à travers les chocs sur les prix du carburant et des denrées alimentaires, les pertes de revenus et les perturbations du commerce », dans une note d’analyse. « À mesure que ces facteurs interagissent avec des vulnérabilités préexistantes, ils se traduisent rapidement par des répercussions visibles sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance », indique le rapport.
En Somalie par exemple, le PAM prévoit que près de 60 % des ménages ne pourront pas subvenir à leurs besoins essentiels, contre 47 % en 2025. « Ce que nous constatons, c’est le retour d’une crise mondiale du coût de la vie semblable à celle de 2022 », suite au début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, a alerté Jean-Martin Bauer.
Cependant, le secteur de l’aide humanitaire, qui s’était mobilisé rapidement à ce moment-là, est aujourd’hui gravement touché par des réductions significatives de son financement, a-t-il rappelé. L’aide internationale est également impactée par l’augmentation des coûts et les difficultés logistiques liées au conflit, souligne l’analyse du PAM. « Le système humanitaire est pris en étau : l’augmentation des besoins et celle des coûts de mise en œuvre entraînent des lacunes » dans la prise en charge, explique-t-elle.
L’organisation estime qu’elle viendra en aide à 1,5 million de personnes de moins que prévu initialement en 2026 et prévient que si le conflit devait se prolonger pendant six mois, plus de neuf millions de personnes pourraient perdre toute assistance.

