Belgique

Réforme de l’enseignement : des changements concrets pour enseignants et élèves ?

Le décret contient 199 articles et 348 pages, précisant les réformes dans l’enseignement qui suscitent la colère de certains acteurs du secteur. À partir de la prochaine rentrée, les enseignants du secondaire supérieur devront prester 22 périodes de cours par semaine, sans revalorisation salariale, ce qui représente une augmentation du temps de travail de 10%.


199 articles, 348 pages dans sa version originale : ce décret constitue un ouvrage conséquent, mais essentiel. Il renferme l’ensemble des dispositions relatives à l’enseignement, suscitant la colère d’une partie du secteur éducatif.

Enseignants, parents et élèves estiment que la qualité de l’éducation et l’avenir des jeunes sont compromis pour des raisons budgétaires. Beaucoup critiquent également la rapidité avec laquelle le gouvernement souhaite mettre en œuvre ces réformes.

Pour l’exécutif, ces changements sont inéluctables. L’objectif est de réduire le déficit budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et d’économiser 500 millions d’euros d’ici 2029, afin de ramener le déficit à 1,2 milliard par an, contre 1,6 milliard actuellement.

### 22 périodes pour les enseignants de 4e, 5e et 6e secondaires

Cette mesure a fait couler beaucoup d’encre. À la prochaine rentrée, les enseignants du secondaire supérieur devront ajouter deux périodes de cours par semaine à leur emploi du temps, sans augmentation salariale. Leur charge de travail passera de 20 à 22 périodes (chacune de 50 minutes), représentant une augmentation de 10 %. Selon la Ministre de l’enseignement, cette mesure vise à faire face à un manque de personnel et à réaliser des économies. Elle a également pour but d’harmoniser le nombre d’heures travaillées avec celles des enseignants du secondaire inférieur, où 22 périodes sont déjà la norme.

Des exceptions s’appliquent à l’enseignement spécialisé, à certains cours pratiques, ainsi qu’aux enseignants en fin de carrière et à ceux en début de carrière. La FWB souhaite donner aux nouveaux enseignants le temps de préparer leurs cours ou de se former, tandis que les enseignants en fin de carrière (60 ans et plus) pourront se consacrer à des missions de service au sein de l’école ou valoriser leur expérience en accompagnant de jeunes enseignants.

#### Quelles conséquences pour les enseignants ?

Cette mesure pourrait combler un déficit de 1 300 emplois équivalents temps plein, selon les estimations de la FWB. Cependant, la ministre précise que le secteur de l’enseignement perd chaque année 2 170 ETP.

Le secteur émet des inquiétudes. La mise en œuvre de cette mesure pourrait s’avérer complexe, certains enseignants étant forcés de donner des cours dans le degré inférieur ou de multiplier les établissements pour obtenir un temps plein. Le secteur redoute également des pertes d’emplois, dont l’ampleur dépendra des régions et des matières enseignées.

Les pertes d’emploi toucheraient principalement les enseignants temporaires. Pour simplifier, les écoles devront adapter les horaires des enseignants titulaires, qui seront prioritaires. Ainsi, les enseignants temporaires récupéreront les créneaux restants. Ceux qui travaillent déjà craignent de perdre des heures, tandis que les futurs diplômés s’inquiètent de ne pas trouver de postes. Encore une fois, cela dépendra des matières et des régions.

Cependant, Yvan Verougstraete, président des Engagés, a voulu rassurer les enseignants, affirmant lors de son intervention sur La Première que les réaffectations seraient suspendues à la rentrée afin d’éviter que des enseignants ne perdent leur emploi suite à cette réforme. Cette mesure temporaire devrait durer un ou deux ans.

### Ci-dessous, notre reportage de novembre 2025 sur une grève de l’enseignement et les 22 périodes à prester dans l’enseignement secondaire supérieur.

### Du changement dans les régimes maladie

#### Fin des paliers pour les enseignants en disponibilité maladie

C’était l’une des particularités du statut des enseignants titulaires. Tout au long de leur carrière, ils pouvaient accumuler des jours de congé maladie et constituer une « réserve ». Chaque année de service donnait droit à 15 jours de maladie supplémentaires, avec un maximum de 182 jours.

Lorsqu’un enseignant tombait malade, il pouvait activer cette réserve pour continuer à être payé à 100 % durant son absence. Une fois cette réserve épuisée, sa rémunération diminuait par paliers : 80 % du salaire durant la première année de maladie, 70 % la deuxième, puis 60 %. En revanche, l’enseignant temporaire ne bénéficiait pas de ces paliers ; une fois sa réserve épuisée, son contrat était suspendu et il passait à la mutuelle.

Désormais, une fois que l’enseignant épuise sa réserve de jours de congé maladie, il percevra 60 % de son salaire, sans paliers. Le gouvernement espère ainsi économiser 120 millions d’euros. Des exceptions restent prévues pour certaines maladies.

#### Les absences d’un jour sans certificat désormais limitées

Les absences injustifiées d’un jour sont désormais limitées à 3 par an. Auparavant, les enseignants pouvaient s’absenter un jour sans certificat, sans aucune limite. Le gouvernement de la FWB renforce ainsi cette réglementation pour l’harmoniser presque avec le reste du secteur public et le secteur privé, où le nombre d’absences d’un jour sans certificat est fixé à deux par an.

### Des mesures budgétaires qui visent les écoles et les familles

#### Repas et fournitures scolaires gratuits à charge des écoles

Le décret-programme supprime les budgets alloués à la distribution gratuite de repas dans les établissements accueillant un public précarisé, ce que l’on appelle l’enseignement différencié. Cela coûtait environ 21 millions à la FWB et bénéficiait à 55 000 élèves, soit environ 50 % des enfants de l’enseignement différencié.

Sur ces 21 millions économisés, 14 millions seront tout de même attribués à l’enseignement différencié pour permettre à ces établissements de financer eux-mêmes des repas chauds gratuits. Cependant, ces écoles expriment d’importantes inquiétudes, car leur budget complémentaire est réduit de moitié, rendant plus difficile l’achat de matériel spécifique ou l’engagement de personnel externe comme des logopèdes. Globalement, ces établissements disposeront de moins de ressources tout en devant financer eux-mêmes les repas.

Simultanément, le budget pour la gratuité des fournitures scolaires est révisé à la baisse, passant de 24 à 11 millions par an. Néanmoins, plus d’élèves seront concernés, puisque cette gratuité s’étendra à tous les élèves de maternelle et de primaire de la FWB d’ici 2027.

#### L’enseignement supérieur plus cher

Un autre changement très contesté est l’augmentation des frais de minerval pour l’enseignement supérieur universitaire et les hautes écoles, qui passeront de 835 à 1194 euros. Toutefois, cela variera selon les revenus des étudiants et de leurs familles. La Fédération Wallonie-Bruxelles met en place un minerval progressif avec quatre paliers : boursier, modeste, intermédiaire et prix plein.

Les étudiants boursiers ne débourseront rien, tandis que ceux considérés comme modestes et intermédiaires bénéficieront d’une aide pour payer le minerval. Les étudiants modestes devront « seulement » s’acquitter de 384 euros, tandis que les intermédiaires paieront 835 euros. La majorité des étudiants (58 %) devront payer le tarif plein de 1194 €. Cette mesure aura un impact significatif, en particulier dans les hautes écoles, où le minerval était souvent bien en dessous de 835 euros.

### Une enveloppe pour aider les élèves en décrochage et une augmentation salariale

À côté des économies, Valérie Glatigny a souligné que des investissements étaient déjà prévus : 25 millions d’euros seront alloués pour personnaliser l’accompagnement des élèves en primaire et en première secondaire afin de renforcer leur maîtrise des compétences de base.

Lors de sa conférence de presse, la ministre Glatigny a également annoncé une augmentation salariale de 2,5 % en 2027 pour les jeunes enseignants formés non plus en 3, mais en 4 ans. Elle a également mentionné la revalorisation salariale des directions.