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Guerre en Ukraine : Zelensky s’adresse à Poutine face à l’essoufflement russe

Volodymyr Zelensky a pris la plume ce jeudi pour s’adresser directement à Vladimir Poutine, affirmant qu’il est « prêt à un cessez-le-feu » et propose une « rencontre » avec son homologue russe. Selon les données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), l’Ukraine a repris aux Russes quelque 282 km2 en mai.

« Lettre ouverte au Président de la Fédération de Russie ». Volodymyr Zelensky a écrit ce jeudi un message à Vladimir Poutine. Dans un texte partagé sur le site de la présidence ukrainienne et sur ses réseaux sociaux, le président annonce qu’il est « prêt à un cessez-le-feu » et propose une « rencontre » avec le dirigeant russe. « L’Ukraine propose de mettre fin à cette guerre via un contact direct entre vous et nous », précise-t-il, mentionnant des lieux tels que la Suisse, la Turquie et des pays du monde arabe.

« Beaucoup n’ont pas cru que l’Ukraine pourrait tenir aussi longtemps. Vous n’y avez pas cru. Et ceux qui vous conseillaient n’y ont pas cru non plus. C’était une erreur », ajoute le président ukrainien, qui emploie un vocabulaire franc à l’égard de Poutine, mentionnant sa « sécurité », son « existence » et l’usure de son pouvoir. Cette lettre s’inscrit dans la continuité de la stratégie de Volodymyr Zelensky et illustre également un « retournement de narratif », comme l’analyse Ulrich Bounat, analyste en géopolitique et chercheur associé chez Eurocreative.

Pourquoi Volodymyr Zelensky s’adresse-t-il directement à Vladimir Poutine ?

Le fait que cette lettre soit adressée directement à Vladimir Poutine semble logique, car cette guerre est de son fait. C’est lui qui a décidé de l’engager et c’est lui qui pourrait décider de l’arrêter. Pour Zelensky, cela montre d’une part une volonté d’engager un dialogue entre chefs d’État pour mettre un terme à ce conflit, ce qui reflète la centralisation du pouvoir du côté russe. D’autre part, cela traduit une volonté de communication.

Quel message Zelensky souhaite-t-il transmettre ?

Depuis le début, il cherche à démontrer, notamment auprès des États-Unis, qu’il est disposé à un cessez-le-feu et que la guerre ne mène à rien du côté russe. Il souhaite se présenter comme un homme de dialogue. Toutefois, d’autres éléments de cette lettre révèlent les ravages que le conflit cause en Russie. Cela s’inscrit dans le retournement de narratif observé ces dernières semaines.

Longtemps, les Russes et un peu la Maison-Blanche ont suggéré que l’Ukraine ne pourrait jamais gagner cette guerre et qu’il valait mieux capituler plutôt que de continuer à perdre du terrain. Cependant, ces dernières semaines, avec la multiplication des frappes de drones en profondeur, le narratif change : c’est désormais la Russie qui semble incapable de gagner, d’où l’idée qu’il serait préférable de stopper les hostilités maintenant, au risque de se retrouver dans une impasse.

Le ton de la lettre est assez direct. N’est-ce pas risqué de s’adresser ainsi à Poutine ?

Cette lettre ouverte s’adresse aussi à l’opinion mondiale. Zelensky cherche à montrer que Vladimir Poutine n’est pas aussi puissant qu’il le prétend, qu’il a essuyé de nombreux revers et que son autorité, après vingt-six ans de pouvoir, est en déclin.

À travers cette lettre, le président ukrainien vise aussi à remobiliser les pays occidentaux, notamment les Européens. Il adopte une stratégie de négociation où il sent qu’une opportunité se présente et tente de l’exploiter, en incitant ses alliés à dialoguer avec Vladimir Poutine.

D’après les données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), l’Ukraine a récupéré 282 km² aux Russes en mai. Ce contexte militaire peut-il favoriser la reprise de négociations ?

On observe un réveil de l’intérêt des Européens. Des discussions sont en cours pour désigner un émissaire, ce qui montre qu’à Londres, Paris ou Berlin, on envisage la possibilité d’un dialogue avec Vladimir Poutine. Ces gains territoriaux, bien qu’en grande partie symboliques, démontrent que la Russie s’est essoufflée dans son offensive estivale. Zelensky tente de tirer parti de ce changement de narratif et de cet affaiblissement russe pour tenter d’ouvrir des négociations. Néanmoins, personne ne peut prédire comment la situation évoluera dans six mois.

Mais Vladimir Poutine souhaitera-t-il discuter ?

C’est la véritable question. La réponse partielle à la lettre qu’il a adressée jeudi ne semble pas aller dans ce sens, du moins pas avant d’avoir conquis l’ensemble du Donbass. Cela paraît être son objectif minimal pour pouvoir déclarer une victoire. Les modalités de discussion semblent toujours bloquées à Moscou.

Je pense que la position de Poutine ne changera pas, au moins jusqu’à la fin de l’été. Le président russe va probablement chercher à prendre un maximum de terrain, puis l’automne sera crucial pour déterminer l’issue de la guerre. Si la Russie n’a pas avancé, voire a reculé, cela pourrait pousser Vladimir Poutine à faire un choix entre une escalade, avec une mobilisation, ou une désescalade, peut-être avec un accord de cessez-le-feu.