L’intelligence artificielle et les nouvelles technologies pour déficients visuels
Anaïs Badot teste des lunettes dotées de petites caméras et reliées à une intelligence artificielle qui lui décrivent son environnement. La canne révolutionnaire, reliée au téléphone, est dotée d’un GPS qui annonce le nom des rues aux croisements et coûte 2600 euros.
« Nous sommes dans un espace de bureaux qui semble avoir été aménagé pour un événement. Il y a des tables dont certaines recouvertes de nappes. Il y a des gens qui discutent. Cela suggère une conférence ou une rencontre ». Ces mots proviennent des écouteurs discrets intégrés aux lunettes connectées portées par Anaïs Badot.
Quasi aveugle de naissance, elle teste ces lunettes pour la première fois. Equipées de petites caméras et reliées à une intelligence artificielle, elles lui décrivent son environnement. « C’est très prometteur », s’enthousiasme Anaïs. « Cela va par exemple me permettre de lire le menu dans un restaurant sans avoir à demander à quelqu’un de le faire pour moi. Est-ce que ça pourra lire les dates de péremption des produits chez moi ? Si je me perds quelque part, cela pourra sans doute m’orienter en analysant l’environnement autour de moi. En tout cas, il faut continuer à les développer. J’y crois ! » Jérôme, qui a commencé à perdre la vue à l’adolescence, a également testé les lunettes : « On pouvait déjà lire des documents avec notre smartphone. Mais avec les lunettes, ce qui est génial, c’est qu’on a les mains libres. Il ne faut rien manipuler. »
Sylvie Degrelle, responsable de la communication pour la Ligue Braille, souligne que les personnes souffrant de déficit visuel sont souvent victimes du vol de leur smartphone lorsqu’elles l’utilisent dans la rue. Ces lunettes se commandent par la voix et sont connectées en Bluetooth à un téléphone qui peut être placé dans un sac ou une poche.
Une canne révolutionnaire
Sur le terrain, la démonstration d’une canne innovante a eu lieu. Reliée à un téléphone et équipée d’un GPS, elle annonce le nom des rues aux intersections. Cette fonctionnalité permet à l’utilisateur d’indiquer sa destination avant de commencer le guidage. À son extrémité, un détecteur d’obstacles fonctionne comme les caméras de recul des voitures : plus on se rapproche d’un obstacle, plus le signal sonore s’accélère. Malou De Sutter, ergothérapeute à la Ligue Braille, suit attentivement l’évolution de ces nouvelles technologies au service des personnes déficientes visuelles : « De plus en plus, on parvient maintenant à combiner différentes nouvelles technologies. Cela permet à ces personnes d’avoir une vie comme les autres. »
« Les aides ne sont pas faciles à obtenir »
« Cuisson de légumes, 180 degrés Celsius, 30 minutes ». Voilà ce que propose un air-fryer parlant ! D’autres appareils comme les fours à micro-ondes, les balances de cuisine et les plaques de cuisson sont également dotés d’une fonction vocale. Toutefois, ces appareils coûtent plus cher que les modèles standards. « Il faut compter entre 50 et 100 euros pour un four à micro-ondes basique », explique Adeline Fischer, responsable du service d’accompagnement wallon de la Ligue Braille. « Avec la fonction vocale, le prix varie entre 350 et 500 euros. Avec l’Aviq en Wallonie, EasyCare à Bruxelles et les mutuelles, il existe des aides partielles pour la partie vocale des équipements. Un fonds ne couvre pas l’achat d’un air-fryer mais peut éventuellement aider à couvrir la différence de prix engendrée par la fonction vocale. » Cependant, ces aides ne sont pas systématiques et sont examinées au cas par cas sur présentation d’un dossier. En ce qui concerne la canne, son prix est élevé : 2600 euros, avec une intervention des organismes subventionneurs de 600 euros. Quant aux lunettes connectées, elles coûtent 500 euros. « Nous sommes en permanence en discussion avec les autorités pour améliorer la prise en charge d’une partie du coût de ces objets du quotidien qui améliorent le confort de vie et l’autonomie des personnes atteintes de déficience visuelle », conclut Adeline Fischer.

