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AYRADE à la Bourse d’Alger : Entretien avec Mohamed Lamine Belbachir

En juin 2026, AYRADE ouvrira 20 % de son capital à la Bourse d’Alger, dans le cadre d’une introduction en Bourse visant à lever un milliard de dinars. Fondée en 2009 par Mohamed Lamine Belbachir, AYRADE revendique aujourd’hui plus de 10 000 clients, dont environ 3 700 actifs sur le Cloud.


Il y a dix-sept ans, **Mohamed Lamine Belbachir** fondait **AYRADE** à Alger avec pour objectif de démontrer que l’Algérie pouvait gérer ses propres infrastructures numériques, sans avoir à se fier aux grands acteurs étrangers du Cloud. En juin 2026, cette conviction se concrétise par une étape marquante : la première **introduction en Bourse** d’un opérateur algérien de Cloud souverain à **la Bourse d’Alger**, permettant l’ouverture de 20 % du capital entre le 1er et le 30 juin 2026.

Le chiffre d’affaires a été multiplié par plus de deux en un an, avec 3 700 clients actifs dans le secteur Cloud, deux datacenters opérationnels sur le sol national et un rendement escompté de 9,45 % à l’horizon du plan d’affaires… AYRADE n’est plus simplement une promesse, mais une réalité sur le plan industriel. Rencontre avec son fondateur, Directeur Général et Président du Conseil d’Administration, **Mohamed Lamine Belbachir**.

**Vous avez fondé AYRADE en 2009. À l’époque, le Cloud souverain n’était pas vraiment dans le vocabulaire des entrepreneurs algériens. D’où venait cette conviction ?**

Elle provenait d’un constat simple, mais avec des répercussions profondes. Les entreprises et **institutions algériennes** allaient, tôt ou tard, se tourner vers des infrastructures numériques. La question était donc de savoir qui allait les gérer et depuis où. Si personne ne mettait en place une alternative locale sérieuse, les données sensibles des banques, des administrations et des opérateurs d’énergie finiraient par être hébergées à l’étranger, sous des juridictions étrangères.

C’est une question de souveraineté, et pas uniquement de technologie. Notre ambition stratégique repose sur trois axes non négociables : héberger localement les données des opérateurs régulés et des administrations, assurer localement le contrôle des infrastructures critiques comme alternative crédible aux acteurs étrangers, et favoriser l’émergence d’un écosystème de compétences algériennes en Cloud, en IA et en cybersécurité souveraine. Dès le début, j’ai souhaité qu’**AYRADE** soit cette alternative.

**Concrètement, quels sont les métiers d’AYRADE aujourd’hui ?**

Nous couvrons l’intégralité de la chaîne de valeur des services numériques, depuis les infrastructures jusqu’aux applications métier, à travers quatre pôles d’activité. Le premier est **le Cloud souverain et l’hébergement** — hébergement web sécurisé, Cloud VPS, Cloud public et privé, Plan de Reprise d’Activité et Plan de Continuité d’Activité.

Nous faisons partie des premiers opérateurs algériens autorisés par l’ARPCE pour la fourniture de services Cloud, ce qui a été obtenu en 2024. Le deuxième pôle concerne nos **datacenters** — nous concevons, intégrons et exploitons deux infrastructures en Algérie, tant pour nos besoins que comme intégrateur pour des donneurs d’ordre nationaux.

Le troisième pôle est dédié à **la cybersécurité souveraine**, avec notre SOC, nos missions d’audit et notre produit exclusif ASA. Le quatrième pôle est consacré à la recherche et à l’innovation — intégration de l’IA dans la détection cyber, gouvernance des données, automatisation de la conformité réglementaire.

Enfin, le dernier pôle concerne **les applicatifs métier**, notamment via notre Digital Service Factory. Pour cela, nous collaborons avec un écosystème de partenaires technologiques de premier plan : **Microsoft**, **Huawei Cloud Algérie** avec qui nous avons signé un MoU, **Kaspersky**, Fortinet, Cloudflare, Dell Technologies, Cisco, VMware et d’autres.

**Aujourd’hui, AYRADE revendique plus de 10 000 clients, dont environ 3 700 actifs sur le Cloud. Comment avez-vous constitué cette base, secteur par secteur ?**

En évitant de devenir généralistes. Nous avons rapidement ciblé les secteurs où la donnée est essentielle — la banque, l’assurance, les télécommunications, l’énergie, la santé et l’administration publique. Ce sont des secteurs régulés qui ne peuvent pas se permettre de confier leurs systèmes à n’importe qui.

Notre référence avec **Sonatrach**, datant de 2016, a servi de signal fort pour tout le marché. Lorsque le premier groupe industriel d’Algérie vous accorde sa confiance pour sécuriser ses systèmes d’information, les autres acteurs prennent note.

Nous avons ensuite procédé méthodiquement, en développant une offre intégrée qui couvre l’ensemble — du Cloud à la cybersécurité, en passant par nos propres datacenters. L’Algérie compte plus de 1,4 million d’entreprises actives, dont **95 % de TPE et PME** qui en sont encore aux premiers stades de leur adoption numérique. Le potentiel de growth devant nous est immense.

**Justement, vous exploitez deux datacenters sur le territoire national. Pourquoi ce choix d’investir dans des infrastructures physiques plutôt que de vous reposer sur des tiers ?**

Parce que la souveraineté ne peut pas être déléguée. Si nous hébergeons nos services dans des **datacenters** que nous ne contrôlons pas, nous n’érigeons qu’une partie de la chaîne. La résilience, la confidentialité, la conformité réglementaire – tout cela nécessite une maîtrise totale. Nos datacenters sont algériens, gérés par des équipes algériennes, sous la juridiction algérienne.

C’est ce qui nous différencie structurellement des revendeurs de Cloud étranger. Avec les fonds levés en Bourse, nous allons intensifier notre développement : 294 serveurs supplémentaires sont prévus de 2026 à 2028, accompagnés d’un renforcement significatif de notre infrastructure réseau.

**AYRADE a développé un produit de cybersécurité interne, l’ASA — Ayrade Security Appliance. Quelle importance cela a-t-il pour vous de disposer d’une brique technologique maison ?**

C’est une fierté, mais surtout une nécessité stratégique. Nous exploitons un **Security Operations Center**, le SOC, qui surveille en continu les systèmes de nos clients. Dans cette optique, dépendre d’un dispositif extérieur, conçu ailleurs, avec des mises à jour que nous ne contrôlons pas, serait incohérent.

L’ASA nous permet d’adapter notre réponse aux menaces spécifiques que nous détectons sur le territoire algérien. C’est aussi un élément de notre stratégie de R&D : nous investissons dans l’intégration de l’intelligence artificielle pour améliorer la détection des incidents. L’objectif est qu’**AYRADE** soit à l’avant-garde, pas seulement performante.

**Parlons des chiffres. Votre chiffre d’affaires est passé de 192 millions de dinars en 2024 à 416 millions en 2025 — une croissance de 117 %. Est-ce durable ?**

**La croissance de 2025** découle d’une double dynamique. D’un côté, l’accélération de la transformation numérique des entreprises et des institutions algériennes. De l’autre, la maturation de notre offre Cloud, qui commence à atteindre sa masse critique avec 3 700 clients actifs.

Notre marge EBITDA est passée de 29 % en 2024 à 26 % en 2025 — une légère baisse due à nos investissements, mais reste solide. Notre business plan, évalué par **KPMG Algérie** selon la méthode DCF, anticipe un chiffre d’affaires de 1,662 milliard de dinars en 2026 et de 4,568 milliards en 2031, avec une marge EBITDA qui devrait progressivement remonter à 33 % en 2031.

La valeur d’entreprise retenue est de **4 544 milliards de dinars**. Ces prévisions reposent sur des bases réelles — des contrats en cours, des investissements prévus, des marchés identifiés. Rien n’est acquis, mais les fondations sont solides.

**L’introduction en Bourse vise à lever un milliard de dinars. Comment ces fonds seront-ils utilisés, et comment l’opération est-elle organisée ?**

De manière très concrète. Le produit net estimé à **958 millions de dinars** sera réparti à hauteur de 593 millions en investissements directs — principalement pour l’acquisition et le renouvellement de 294 serveurs ainsi que le renforcement de l’infrastructure réseau. Les 366 millions restants financeront notre besoin en fonds de roulement pour accompagner les nouveaux projets.

Il n’y a aucune ambiguïté dans cette affectation. En ce qui concerne l’organisation de l’offre, elle se divise en trois tranches : 50 % sont réservés aux personnes physiques résidentes, avec un minimum de **10 actions par souscripteur**, 49,5 % aux personnes morales de droit algérien, et 0,5 % aux employés d’**AYRADE**.

Cette opération est accompagnée par **Tell Markets SPA** en tant que promoteur et intermédiaire en opérations de Bourse, avec **Algérie Clearing** pour la domiciliation des titres. Il est également important de mentionner un avantage fiscal considérable : sous réserve d’évolution législative, les produits et plus-values de cession des actions cotées bénéficieront d’une exonération de l’IRG et de l’IBS pendant cinq ans à partir du 1er janvier 2024.

**Pourquoi la Bourse d’Alger, et pourquoi maintenant ?**

Parce que le moment est propice et que cela a du sens sur le fond. **Le marché algérien** des services numériques est en pleine phase de structuration rapide, soutenu par **la stratégie nationale Algérie Numérique 2030** qui établit cinq axes stratégiques, dont un dédié aux centres de données et services Cloud. Le marché devrait tripler d’ici 2030. Dans ce cadre, ouvrir notre capital au public algérien est tout à fait cohérent.

Nous ne cherchons pas à attirer des investisseurs étrangers pour financer une infrastructure nationale. Nous invitons les Algériens à devenir actionnaires de leur propre souveraineté numérique. C’est un message porteur tant sur le plan politique qu’économique. Le calendrier est précis : **visa COSOB** obtenu le 15 avril 2026, conférence de presse d’annonce le 27 avril, souscription du 1er au 30 juin, suivie de l’inscription et de la cotation à la SGBV après clôture.

**Vous êtes titulaire d’un MBA de Paris Dauphine-PSL et préparez actuellement un DBA à l’International Management School Geneva. Cette double formation académique change-t-elle votre approche de direction d’AYRADE ?**

Elle m’oblige à prendre du recul sur ce que je bâtis. Un DBA implique une recherche doctorale appliquée aux réalités du management, ce qui suppose de formaliser ce qui fonctionne, de comprendre pourquoi et d’identifier les angles morts.

Dans une entreprise en forte croissance, ce recul est précieux. Cependant, au fond, ce qui guide mes décisions reste la vision initiale : faire d’**AYRADE** un acteur de niveau international, opéré depuis l’Algérie et au service de l’Algérie.

**Où sera AYRADE dans cinq ans ?**

Le premier opérateur de **Cloud souverain d’Algérie** — un statut que nous revendiquons déjà — avec une infrastructure significativement augmentée, un portefeuille clients élargi aux PME, et un rôle central dans l’écosystème numérique national. Nous souhaitons également contribuer à faire émerger de véritables compétences algériennes en Cloud, en IA et en cybersécurité.

Notre ambition n’est pas strictement commerciale. Si, dans cinq ans, le marché du Cloud algérien a réellement triplé comme prévu, nous voulons être au cœur de cette dynamique, et non un acteur parmi tant d’autres.

**À propos d’AYRADE**

Fondée en 2009 par **Mohamed Lamine Belbachir**, **AYRADE** est le premier opérateur algérien de Cloud souverain à entrer en Bourse. Basée à Mohammadia, Alger, la société conçoit, exploite et sécurise des infrastructures numériques entièrement localisées sur le territoire national, comprenant deux datacenters opérationnels, une offre Cloud complète (VPS, Cloud public et privé, PRA/PCA) et une division cybersécurité dotée d’un Security Operations Center et d’un produit propriétaire, l’Ayrade Security Appliance.

Avec plus de 10 000 clients, dont environ 3 700 actifs dans le secteur Cloud, **AYRADE** opère dans les secteurs les plus exigeants : banque et assurance, télécommunications, énergie, santé et administration publique.

Détentrice de **l’autorisation générale Cloud** délivrée par l’ARPCE en 2024 et certifiée **ISO 9001:2015**, la société compte une équipe de plus de 100 collaborateurs. En juin 2026, **AYRADE** ouvrira 20 % de son capital à la Bourse d’Alger (SGBV), dans le cadre d’une opération approuvée par la COSOB (N° 2026/02 — 15 avril 2026).

La période de souscription se déroulera du 1er au 30 juin 2026 à **la Bourse d’Alger (SGBV)**. Prix de l’action : 800 DZD. Pour toute information complémentaire : ipo.ayrade.com — Notice d’information COSOB N° 2026/02 du 15 avril 2026. **Le visa de la COSOB** ne constitue pas une recommandation d’investissement. Un investissement en valeurs mobilières comporte des risques et la valeur de l’investissement peut évoluer à la hausse comme à la baisse.