Cancers : La pauvreté augmente l’exposition à des formes graves.
Selon une étude publiée ce jeudi, les Français les plus modestes ont des risques nettement supérieurs de développer des cancers de mauvais pronostic. Entre 2013 et 2020, les hommes appartenant aux 10 % les plus modestes avaient un risque 2,2 fois plus élevé que ceux des 10 % les plus aisés d’en développer un.
C’est une corrélation qui démontre une fois de plus que les inégalités sociales impactent fortement la santé. Selon une étude publiée ce jeudi, les Français les plus modestes présentent des risques nettement plus élevés de développer des cancers de mauvais pronostic.
« Longtemps, on a pensé que le cancer était une maladie touchant indistinctement l’ensemble de la population », mais des études plus récentes montrent « un lien extrêmement fort avec la situation des individus, notamment sociodémographique », indique Thomas Wanecq, directeur de la Drees, le service statistique des ministères sociaux.
Une étude avec une approche nouvelle
La Drees s’appuie sur cette étude pour confirmer que le cancer, première cause de mortalité en France avec plus de 160 000 décès chaque année, affecte plus sévèrement certaines strates de la population, comme le soulignent d’autres recherches. L’originalité de ce travail réside dans sa mise en lumière des inégalités sociales d’incidence et de gravité à l’échelle individuelle, prenant en compte les différentes localisations des tumeurs. Sa force, selon les chercheurs, provient également de la combinaison de données de remboursement de l’Assurance maladie avec celles d’un échantillon démographique permanent de l’Insee, entre 2013 et 2020.
En examinant les organes touchés, on constate que certains cancers sont plus fréquents chez les personnes les plus modestes, tandis que d’autres touchent davantage les plus aisés. Par exemple, le cancer du poumon affecte beaucoup plus souvent les individus modestes. Entre 2013 et 2020, les hommes appartenant aux 10 % les plus modestes avaient un risque 2,2 fois plus élevé d’en développer un par rapport à ceux des 10 % les plus aisés. En revanche, les cancers du sein et de la prostate sont plus courants parmi les Françaises et Français les plus riches.
Le tabagisme, un facteur de risque majeur
Parmi les hypothèses avancées par les chercheurs, on retrouve des écarts d’exposition à des facteurs de risque, tels que le tabagisme pour le cancer du poumon, ou l’utilisation antérieure de certaines pilules contraceptives et un âge plus tardif à la grossesse pour le cancer du sein, ainsi que des différences dans le accès au dépistage, notamment pour la prostate.
Cependant, les plus modestes développent plus fréquemment des cancers auxquels sont associées des chances de survie réduites (avec un risque 1,7 fois plus élevé de cancer de mauvais pronostic pour les 10 % les plus modestes par rapport aux 10 % les plus aisés) et subissent des formes plus agressives.
« Ces résultats mettent en évidence que les inégalités sociales face au cancer se construisent à plusieurs étapes : l’exposition aux facteurs de risque, le recours au dépistage et la précocité du diagnostic », conclut la Drees, tout en soulignant l’importance de la prévention. Ses travaux reposent néanmoins sur des données antérieures à la mise en place d’initiatives de l’Assurance maladie visant les publics ayant moins accès aux dépistages.

