Paolo Falzone : l’avocat cherche à établir son intention de tuer.
Maître Discepoli a indiqué qu’il connaissait une des victimes, ayant fréquenté l’école de l’Étincelle à Maurage avec elle. Selon l’expert, la voiture mesure 1,87 mètre de large, tandis que la foule occupait 11 mètres de large.
Le regard déterminé dirigé vers les jurés, Maître Discepoli commence sa plaidoirie en évoquant ses origines dans la région du Centre. « Je crois que peu d’entre vous sont originaires de la région. Vous ne connaissez sans doute pas l’école de l’Étincelle, à Maurage. Moi, je la connais : je l’ai fréquentée. J’ai découvert qu’une des victimes était dans cette école avec moi, en secondaire. J’aurais pu connaître quelqu’un parmi ces innocents venus faire la fête. Des gens qui ont, un jour, croisé la maudite route de celui que je défends aujourd’hui. J’aurais pu me retrouver à plaider de l’autre côté. »
Il poursuit en revenant sur le lendemain du drame, et sur le moment où il prend contact avec la famille de Paolo Falzone. « Je rentre au bureau, et plusieurs messages m’attendent sur mon répondeur, dont celui d’une maman qui me demande d’intervenir pour son fils. Elle me dit : ‘Il a tué des gens, pouvez-vous nous aider ?' ».
« Nos grands-parents se sont battus pour que l’on ne soit pas considéré comme des ‘macaronis’. Je ne peux pas accepter qu’un comportement comme le sien entache la mémoire de nos parents. »
Pourquoi avoir choisi de défendre ce que certains considèrent comme l’indéfendable ? L’avocat s’exprime à ce sujet : « La toge que je porte m’oblige à défendre quelqu’un qui allait se retrouver seul. Je suis là pour parler à sa place, parce qu’il n’a pas les mots. Dès qu’il s’exprime, il est à côté de la plaque. Mon rôle est d’empêcher que la haine s’invite à l’audience et de faire en sorte qu’un juge reste un juge. »
Regardant les parties civiles, puis se tournant vers l’accusé, il évoque également ses origines italiennes : « Nos grands-parents se sont battus pour que l’on ne soit pas considéré comme des ‘macaronis’. Je ne peux pas accepter qu’un comportement comme le sien entache la mémoire de nos parents. Je n’accepte pas ce qu’il a fait le 20 mars. Personne ne peut l’accepter. »
Toujours en s’adressant aux jurés, appelant à leur compréhension, il rappelle l’enjeu central de leur décision : « La question n’est pas de savoir si vous êtes là pour pardonner. Non. Votre tâche est de juger, mais pas n’importe comment. »
Il souligne la portée de leur verdict dans un procès d’assises : « Il n’y a pas d’appel. Votre responsabilité est de rendre une décision définitive. »
« On prétend connaître tous ses faits et gestes. On veut même lui faire dire qu’il aurait reproduit ce qu’il a vu dans un jeu vidéo auquel il jouait enfant. Vous ne pouvez pas juger sur cette base. »
Il retourne ensuite sur les arguments des parties civiles : « Sur vingt heures de plaidoiries, je n’ai entendu que des certitudes. On prétend connaître tous ses faits et gestes. On veut même lui faire dire qu’il aurait reproduit ce qu’il a vu dans un jeu vidéo auquel il jouait enfant. Vous ne pouvez pas juger sur cette base. Je vous demande de réfléchir et de ne pas adhérer sans réserve aux arguments qui vous ont été présentés. »
Pour la défense, la question se veut claire : déterminer si Paolo Falzone avait l’intention de tuer. « Vous devrez vous poser la question pour chaque cas : s’agit-il d’une tentative de meurtre, oui ou non ? Lors de l’expertise, l’expert n’a pas pu déterminer avec précision la trajectoire du véhicule. L’avocat général a dit : ‘Je prends tout le monde’. Mais vous devez vous prononcer individuellement pour chaque victime. »
« La voiture mesure 1,87 mètre de large, hors rétroviseurs. Or, selon l’expert, la foule occupait 11 mètres de large. »
Il fait remarquer que certaines personnes présentes ne figurent pas dans le questionnaire soumis aux jurés (un questionnaire de plus de 200 questions auxquels ils devront répondre pour juger de la culpabilité de l’accusé) : « Qu’est-ce qui justifie la présence de chaque victime dans ce dossier ? »
S’appuyant sur des éléments techniques, il précise : « La voiture mesure 1,87 mètre de large, hors rétroviseurs. Or, selon l’expert, la foule occupait 11 mètres de large. Peut-on alors affirmer qu’il a voulu tuer tout le monde, y compris ceux qui étaient physiquement hors d’atteinte ? On a aussi dit qu’il avait préparé son arme, qu’il l’avait même nettoyée. C’est aller un peu vite. On ne vous demande pas de décider s’il a voulu tuer tout le monde, mais de juger chaque situation individuellement. »
Toujours avec le regard fixé sur les jurés, il insiste sur l’importance de leur jugement : « La question n’est pas de savoir si vous êtes là pour pardonner. Non. Votre tâche est de juger, mais pas n’importe comment. »
Il aborde ensuite le sujet de l’homicide volontaire. « Paolo Falzone a-t-il voulu tuer intentionnellement Gilles Frédéric D’Andrea ? »
Selon lui, l’état de son client le jour des faits doit être pris en compte : « Il a vécu un ‘effet tunnel’, un état de sidération auquel je crois. Et je vous le dis : il n’a pas réaccéléré. Plusieurs témoins le confirment. »
Il demande aux jurés de s’interroger sur les conditions de visibilité depuis le véhicule. Selon le rapport d’expertise et la reconstitution, « il était impossible de voir correctement, le pare-brise ayant été endommagé dès les premiers chocs avec des victimes. »
Il conteste aussi l’hypothèse d’une visibilité à travers un impact dans le pare-brise : « Vous le voyez ? On ne distingue presque rien à travers un si petit trou. »
Les airbags se seraient également déclenchés, toujours selon l’expertise. « À-t-il réellement pu voir Frédéric D’Andrea ? », répète-t-il en incitant les jurés à examiner les documents de reconstitution.
Il met aussi l’accent sur l’incertitude concernant la position de la victime sur le pare-brise : « Regardez ces photos. Il existe plusieurs versions de son emplacement. Laquelle retenir ? Vous pouvez choisir entre celles qui sont favorables ou défavorables à l’accusé. »
« Il a pris une décision rapide, mais peut-être pas la bonne. Je vous demande de vous poser les bonnes questions sur les incertitudes qui persistent. »
Une photo de Paolo Falzone, le visage ensanglanté, est également montrée à l’audience : « Lui-même se trouvait dans un état qui ne favorisait pas une bonne vision. »
L’audience est ensuite suspendue. Dans l’après-midi, la parole sera donnée à Maître Guttadauria, avocat du passager, qui plaidera l’état de sidération dans lequel se trouvait son client pour justifier son absence d’intervention auprès des victimes percutées par le véhicule.

