Les comédies tunisiennes et égyptiennes : Rire pour ne pas pleurer.
De nombreuses comédies légères basées sur l’humour et le rire de situation ont été, ou sont encore, à l’affiche avec des succès mitigés auprès du public et des critiques. « Bershama » qui réunit Hicham Maged, Riham Abdel Ghafour et Bassem Samra n’est pas resté longtemps à l’affiche même en Egypte, car les producteurs ont préféré le retirer et le mettre sur une plateforme payante.
De nombreuses comédies légères, tant tunisiennes qu’égyptiennes, basées sur l’humour et le rire de situation, ont été, ou sont toujours, à l’affiche, rencontrant des succès mitigés auprès du public et des critiques. Ces longs métrages sont parfois critiqués pour leur impact négatif sur le secteur du cinéma. L’équilibre entre la richesse artistique et le risque de banalisation demeure précaire.
La Presse — Présenté comme le film de l’Aïd al-fitr, « La9cha melsmè » réussit à maintenir sa position depuis plusieurs semaines et se défend bien face aux grands succès internationaux. Bien que les chiffres du box-office ne soient pas rendus publics, il est connu qu’il a dominé les entrées lors de sa première période, comme en témoignent les salles pleines et les commentaires des internautes.
Il en va de même pour « Sahbek rajel 2 », sorti il y a quelques mois, qui est resté plusieurs semaines en salles. Les écrans ont également diffusé des comédies égyptiennes telles que « Gawaza wela ganaza », qui a rencontré un grand succès avec la star Nelly Karim. On note aussi « In ghab El Qott », mélange d’humour et de crime, mettant en vedette des acteurs très en vue ces derniers temps, Asser Yassin et Asma Galal.
Le film « Bershama », qui regroupe Hicham Maged, Riham Abdel Ghafour et Bassem Samra, n’est pas resté longtemps à l’affiche, même en Égypte, les producteurs ayant choisi de le retirer pour le diffuser sur une plateforme payante. Néanmoins, il a réalisé des recettes records, dépassant un million de billets vendus dans son pays d’origine. Actuellement, on peut encore voir dans certaines salles tunisiennes « El kalam aalaeeh », une comédie sociale mettant en vedette de jeunes talents tels qu’Aya Samaha et Jihene Chamachergui.
À l’inverse, des œuvres plus « sérieuses », même primées dans de grands festivals étrangers, ont été retirées relativement rapidement. Bien que des spécialistes aient loué leur qualité, le public semble désirer autre chose : la satisfaction immédiate du divertissement. D’après les entrées, il paraît que la majorité des spectateurs recherche de la légèreté. Pour certains, le cinéma, avec toute sa sophistication artistique et technique, se résume à une activité récréative. Aller au cinéma devient alors une évasion pour éviter de faire un grand effort intellectuel.

C’est une échappatoire lorsque la vie quotidienne est constamment chargée de stress et de contraintes. Peut-on vraiment leur reprocher si le rire a un effet physiologique pour diminuer la fatigue ? La distraction n’est-elle pas un droit, voire une nécessité ? Faut-il mieux respecter leur choix, plutôt que de les mépriser en voyant les longues files d’attente devant les projections de films comiques ?
De plus, un autre grand avantage des longs métrages comiques est que ces moments de distraction se partagent généralement en famille, ce qui explique la popularité de ce genre. Il est également important de souligner que producteurs, réalisateurs, acteurs et autres collaborateurs voient en cela un levier pour l’industrie cinématographique dans son ensemble. Les films comiques sont souvent plus rentables que les films d’auteur, et ce succès commercial aidera progressivement à financer d’autres productions plus ambitieuses ou jugées « risquées ».
Cependant, un problème majeur se pose : la production de longs métrages comiques est relativement récente chez nous. Bien que ces films aient favorisé la réconciliation entre le public et les salles obscures, dans quelle mesure ce même public est-il ouvert aux autres genres et prêt à accueillir des films plus « soutenus » avec le même enthousiasme ?
L’ironie, une arme redoutable
La comédie est-elle nécessairement synonyme de superficialité ? La réponse est non. Avant même l’avènement du cinéma, de grands chefs-d’œuvre littéraires ont utilisé l’ironie pour dénoncer l’indicible de leurs époques. « Kitab al-Bukhalâ » (Livre des avares) écrit par Al Jahedh au 9e siècle en est un parfait exemple dans la littérature arabe ancienne.
En littérature française, on pourrait mentionner Rabelais et Érasme au 16e siècle, et même Voltaire un siècle plus tard. Le cinéma a perpétué, depuis son invention, cette tradition de dénoncer les maux par l’humour noir. On pense notamment à « Modern Times », une œuvre intemporelle de Charlie Chaplin qui critique l’impact de l’industrialisation sur les conditions de vie et de travail. En ce qui concerne le cinéma égyptien, des films célèbres semblent au premier abord destinés à faire rire, alors qu’ils constituent en réalité des satires sociales et politiques.

Adel Imam et Ahmad Helmy sont parmi les maîtres du genre. On ne peut ignorer l’influence de « El irhab wel kabeb » et « X large » de Cherif Arafa, « Boboos » de Wael Ihsan et d’autres productions où le comique s’entremêle avec la critique. Le film « Berchama » de Khaled Diab, sorti récemment, aborde apparemment les fraudes dans les concours, son titre signifiant « antisèche ». Il traite également d’autres thèmes marquants tels que les faibles pensions de retraite, le despotisme politique, l’abus de pouvoir et les mariages forcés.
Parmi les films tunisiens ayant excellé dans le registre satirique, « Rebelote » de Kais Chekir, sorti en 2020 avec Karim Gharbi, Jaâfar Guesmi et Bassem Hamraoui, représente un salafiste, un homme d’affaires et un syndicaliste à l’aube de la Révolution. C’est donc un genre qui attire un large public, qui suscite l’intérêt et qui véhicule des idées et des réflexions de manière plus effective que les œuvres plus « posées ». Toutefois, il semble que ce qui est reproché à certains films comiques récents est un manque de créativité.
Nous ne sommes plus à l’époque du burlesque. Les spectateurs d’aujourd’hui sont avertis et comparent avec de grands succès internationaux. Les attentes sont donc de plus en plus élevées. Il est essentiel de fournir un effort sur les aspects narratifs, visuels et sonores. Savoir surprendre par des quiproquos, des jeux de mots et des insinuations habilement dissimulées fait toute la différence entre un film et un autre. Les films peu profonds existent, lorsqu’ils manquent de profondeur psychologique, que le thème est banal et que le scénario est prévisible. Mais cela n’est pas l’exclusivité du genre comique.
Un film d’action, d’horreur ou même historique peut également être perçu comme superficiel s’il ne parvient pas à convaincre et à satisfaire les attentes du public et des spécialistes. Il vaut mieux ne pas condamner les films comiques dans leur ensemble, ni se laisser influencer par certaines idées reçues, surtout avant de regarder le film en question. Derrière le « drôle », se cache souvent un « trop dur ou absurde ». Rappelons qu’il est souvent par le rire que nous supportons la réalité ou que nous la dénonçons.
