Réchauffement climatique : les villes belges prêtes à la surchauffe ?
Les villes belges ne sont pas prêtes pour la surchauffe, car elles sont toutes conçues pour le climat du passé, principalement le froid. D’ici 2060, le nombre de jours de canicule devrait être multiplié par trois, voire par quatre dans certaines villes belges.
« Nos villes belges ne sont pas prêtes à cette surchauffe » affirme Jacques Teller, soulignant que « elles sont toutes conçues pour le climat du passé, principalement le froid. » En effet, nos villes ont considérablement augmenté leur taux de minéralisation au fil des siècles, surtout depuis la révolution industrielle, avec la construction de routes, de surfaces asphaltées et de bâtiments, ce qui a entraîné une prédominance de l’asphalte et du béton. Ce modèle devient désormais défavorable en raison du changement climatique.
**Îlots de chaleur urbains**
Les villes sont de plus en plus vulnérables en raison de l’augmentation des températures, un phénomène bien établi : les îlots de chaleur urbains. Les villes belges ne font pas exception. « C’est dû au fait que les matériaux de la ville absorbent la chaleur, en particulier le béton et l’asphalte. Par ailleurs, le rayonnement solaire est captif en ville, ce qui augmente à la fois la température de surface et celle de l’air, » explique Jacques Teller.
Conséquence de ces îlots de chaleur : en milieu urbain, la température peut être de trois à quatre degrés supérieure à celle des zones rurales. La nuit, la différence peut aller jusqu’à dix degrés en raison de la chaleur accumulée par des matériaux comme le béton. D’ici 2060, le nombre de jours de canicule devrait tripler ou quadrupler dans certaines villes belges, notamment à Liège et Hasselt. La population exposée aux vagues de chaleur augmentera également, particulièrement à Charleroi et Liège, qui sont des zones densément peuplées.
Un lien évident, selon Jacques Teller : « plus la ville est grande en termes de population et de densité, plus elle sera exposée à l’îlot de chaleur. »
**Végétaliser pour rafraîchir**
Pour s’adapter, les villes devront changer de visage afin de se rafraîchir lors des épisodes de chaleur. « Pour rafraîchir nos villes, le principal moyen dont nous disposons est de ramener de la végétation dans les espaces les plus exposés aux îlots de chaleur. Il faut intégrer cette végétation dans les zones fortement minéralisées (asphalte et béton) pour apporter fraîcheur aux bâtiments, à proximité immédiate de ceux exposés aux îlots de chaleur, » explique le professeur d’urbanisme.
La végétalisation sera une étape nécessaire pour les villes car « les températures de surface peuvent être réduites de cinq à six degrés, et la température de l’air de deux à trois degrés, » affirme-t-il. Planter des végétaux et des arbres tout en désimperméabilisant les sols est bénéfique tant pour lutter contre les îlots de chaleur que pour mieux gérer les eaux lors des pluies de plus en plus intenses à l’avenir. Jacques Teller évoque alors des « co-bénéfices. »
**Ne pas oublier le bâti**
Étant donné que les villes sont par nature très urbanisées avec de nombreux bâtiments, il faudra également se concentrer sur la construction. Jacques Teller insiste : « Il faudra installer des systèmes de protection, des volets externes sur les bâtiments afin d’éviter que la chaleur pénètre à l’intérieur, ventiler correctement et s’assurer de mettre en place une ventilation transversale. »
Cela implique une isolation des bâtiments contre la chaleur, et non plus seulement contre le froid, comme c’est la norme en Belgique depuis des années. Pour le professeur d’urbanisme, il est clair qu’il faut « réfléchir à nos bâtiments et à l’adaptation de nos bâtiments existants face aux vagues de chaleur. »
**L’adaptation est en marche**
D’ici 2050, près de 70 % de la population mondiale devrait vivre en ville ou dans des zones urbanisées, selon les Nations Unies. La Belgique est déjà l’un des pays les plus urbanisés et les plus densément peuplés au monde. Cela rend-il impossible la transformation et l’adaptation de nos villes ? Jacques Teller reste optimiste : « Je ne pense pas que ce soit irréalisable […] Quand on regarde au niveau international, plusieurs villes ont déjà mis en œuvre des mesures. Je pense à Paris ou Barcelone qui ont adopté des initiatives en matière de verdurisation, de désimperméabilisation, et de rafraîchissement urbain. »
Des villes en Belgique ont aussi commencé leur mutation vers un modèle plus résilient. « Je pense que la ville de Gand est aujourd’hui à la pointe de l’adaptation au changement climatique avec son schéma de trame verte. La ville de Liège fait également des efforts via son plan Canopée, » précise le professeur.
Adapter nos villes au climat de demain nécessitera une transformation de l’espace public, un processus qui demandera souvent plusieurs années. C’est un défi urgent pour de nombreuses zones urbaines face à un climat qui se réchauffe plus rapidement que prévu, alors que la population belge est censée continuer à croître d’ici 2060. L’objectif demeure la réduction des émissions de CO2.

