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Roland-Garros 2026 : Jodar après Nadal et Alcaraz… Espagnols, quand en paix ?

Rafael Jodar, âgé de 19 ans, a atteint les quarts de finale à Roland-Garros après avoir commencé l’année à la 165e place mondiale. Depuis 1994, il y a eu 21 victoires espagnoles à Roland-Garros.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Les plus jeunes lecteurs auront du mal à y croire. Pourtant, il fut un temps – béni – où les Espagnols gagnaient Roland-Garros presque autant que les Français, c’est-à-dire jamais. En fouillant dans les archives, on trouve Santana en 1961 et 1964, Gimeno en 1972, suivis de Noah en 1983, une performance à peine visible entre voisins dans le fond du tableau. Pourquoi cela a-t-il changé par la suite ? La raison reste floue. En revanche, on se rappelle bien du moment où tout a basculé : au début des années 1990, lorsque le tennis espagnol est entré dans une nouvelle ère.

Tout a commencé avec Sergi Bruguera, dont le regard semblait tout droit venu d’une mine d’Asturie, suivi par la comète Berasategui. Une domination qui s’installe silencieusement. Au début, on ne remarque rien, puis un matin, on réalise que jusqu’à l’espoir, tout semble perdu : les joueurs espagnols se succèdent les uns aux autres tels les têtes d’un hydre. Moya, Costa, Ferrero, Nadal, Alcaraz, et l’impression d’écouter un album de maître Gims : la première chanson est plaisante, mais ensuite, tout se ressemble.

21 victoires espagnoles depuis 1994

Nous pensions souffler cette année, avec Carlito contraint de s’arrêter pour soigner son poignet, mais voilà qu’un nouveau talent rare émerge d’une manade de Castille. Rafael Jodar, 19 ans, déjà quart de finaliste à Roland après avoir commencé l’année à la 165e place mondiale. À noter que ce jeune homme a pris de l’avance : plutôt que de précipiter son ascension sur le circuit dès 2025, il a choisi de se former aux États-Unis et a été élu « meilleur débutant de l’année » après une saison parfaite avec l’université de Virginie.

Ce parcours atypique a été décidé de concert avec son père. Impossible de le rater : ce professeur d’éducation physique gère la carrière de son fils, qu’il entraîne lui-même, et les intrus s’aventurant dans son espace sont vite écartés. Rafael Jodar senior – un sujet à discuter ultérieurement en raison de cette habitude espagnole de transmettre le même prénom de père en fils – est un homme qui fuit les médias et refuse toutes les interviews. Il est donc nécessaire de passer par d’anciens entraîneurs pour mieux cerner le jeune prodige :

« Il est comme le père des sœurs Williams mais uniquement dans le côté positif, » explique dans la presse espagnole le directeur du club madrilène qui a vu naître le duo. « Il est très méthodique, par exemple il aimait compter exactement le nombre de balles jouées par son fils à chaque entraînement, mais en même temps très respectueux des entraîneurs. Et l’école était fondamentale. S’il avait cours, il ne venait pas en tournoi, c’était non négociable pour ses parents. »

Un modèle familial s’appuyant sur l’exigence et le travail, semblable à la relation entre Toni et Rafa Nadal. Pourtant, le joueur Jodar s’en distancie, affirmant que « s’il a grandit avec les deux figures emblématiques que sont Rafa et Carlos [Alcaraz], il essaie de développer son propre style, avec son propre état d’esprit. » Son approche, à lui, est de frapper avec puissance ; c’est la tendance actuelle. « Il me fait penser à Sinner, » analyse Mats Wilander dans El Pais, « car il peut frapper aussi fort en coup droit qu’en revers et qu’il prend la balle très tôt. C’est lui qui dicte le rythme du point. »

Un duo qui fait penser à un autre Rafael

Peut-il, à plus ou moins long terme, atteindre les niveaux de numéro un mondial ? Lui préfère éluder la question – « C’est ma première année sur le Tour, tout est nouveau pour moi, je suis vraiment reconnaissant de jouer ces matchs contre des grands joueurs » – mais d’autres s’en chargent pour lui. Pablo Carreno-Busta, qu’il a battu au tour précédent, a partagé quelques réflexions intéressantes en tant que joueur expérimenté de 34 ans. Comme nous, il a remarqué l’endurance de Jodar, qui a déjà disputé deux matchs en cinq sets, ainsi que son goût pour le combat, même lorsqu’il est largement mené. À deux sets à rien contre lui, le jeune « Rafa » n’a montré aucune frustration avant de surprendre son compatriote, dont il connaît les faiblesses physiques pour s’entraîner avec lui régulièrement.

« Il faut souligner qu’il n’a pas abandonné et qu’il ne joue pas uniquement bien quand il est devant au score. Je ne sais pas s’il est actuellement capable de rivaliser avec Jannik ou Carlos, mais je ne vois pas ce qui pourrait l’en empêcher à l’avenir. Il n’a que 19 ans, c’est à peine sa première année sur le circuit et il possède un potentiel d’amélioration immense sur tous les aspects, ce qui est positif pour lui. Ensuite, chacun doit suivre son propre rythme, il n’est pas obligatoire de gagner un Grand Chelem à 19 ans. »

Que dire d’autre ? Le jeune homme est bien élevé, toujours reconnaissant envers son père ou son adversaire – « Pablo a fait une carrière légendaire, il a été un pilier du tennis espagnol » – son anglais est plus que correct grâce à son séjour aux États-Unis, où « il a appris à se débrouiller et à faire les choses par lui-même », et il semble vain de lui trouver des défauts. Certains ont tenté sur les réseaux sociaux de critiquer son comportement envers les ramasseurs de balles, mais à chaque fois, c’était une exagération.

On vous a parlé de Landaluce ?

Tout semble donc en place pour un nouveau règne ibérique à Roland-Garros dans quatre ou cinq ans, lorsque Alcaraz aura lancé une boîte de nuit écolo à Ibiza. Une réalité difficile à accepter pour les supporters français qui ne sont pas pressés de croiser à nouveau leurs pairs espagnols, qui retrouvent leur splendeur, comme un retour sur un terrain conquis, alors qu’ils aimeraient simplement leur dire : « D’accord Juanito, vous allez encore gagner Roland, mais connaissez-vous ce truc qui s’appelle les JO d’hiver où il faut faire des médailles à la fin ? »

Et comme si cela ne suffisait pas, sachez que Rafael Jodar est suivi de près par Martin Landaluce, deux ans son aîné et un potentiel perturbateur sur terre battue. Mais celui-ci, nous le garderons dans un coin de notre tête pour l’an prochain, quand nous prierons encore pour la santé d’Arthur Fils et la santé mentale de Moïse Kouamé, le dernier nouvel espoir de la patrie, sur le modèle de Yannick Noah.