Belgique

L’Enquête nationale 2026 : Les Engagés renforcent le MR, le PTB affaiblit le PS

Le MR passe de 28 % des voix en Wallonie en 2024 à 20 % aujourd’hui, ce qui représente une chute identique à Bruxelles. Le potentiel du PS atteint 38 % en Wallonie, tandis qu’à Bruxelles, le PTB occupe la première place avec 39 % de potentiel.

Transferts de voix entre partis

L’un des éléments aussi déterminants que la cote d’un parti est son historique électoral. Lorsqu’un électeur répond à un sondage, on lui demande pour qui il voterait si des élections avaient lieu demain, ainsi que pour quel parti il avait voté lors des dernières élections. Cela permet d’observer les fluctuations dans l’électorat. Concernant les indécis, qui représentent 12 % en Wallonie et 10 % à Bruxelles, on leur demande également quel parti pourrait les séduire. Cela nous donne une image dynamique de l’électorat, montrant ses mouvements et le potentiel de chaque parti.

Vases communicants entre le MR, Les Engagés et la gauche radicale

Quel est alors le mouvement le plus significatif révélé par notre sondage ? Il s’agit clairement de la chute importante du MR, qui est passé de 28 % des voix en Wallonie en 2024 à 20 % aujourd’hui. La baisse est similaire à Bruxelles. Un tiers de l’électorat a disparu, atteignant ainsi le seuil d’alerte. Où se dirigent donc ces électeurs ? Majoritairement vers Les Engagés. 12 % des électeurs du MR aux dernières élections affirment qu’ils voteraient aujourd’hui pour Les Engagés. Il s’agit d’un véritable transfert de voix. Une proportion similaire d’ex-votants du MR se déclare indécise aujourd’hui, et 6 % des électeurs libéraux envisagent de voter pour le PTB. Ainsi, deux mouvements se dessinent : le MR perd significativement des électeurs vers le centre droit et, dans une moindre mesure, vers la gauche radicale. C’est cette orientation vers la droite du parti et l’élargissement vers l’électorat populaire qui sont questionnés dans ce sondage.

Des Engagés plus libéraux

Les Engagés enregistrent une légère baisse dans notre sondage, ce qui confère à ce parti centriste une position stable au sein des alliances bleues. Ils perdent d’abord des électeurs qui deviennent indécis, puis au profit du PS, ainsi qu’un peu vers le PTB et le MR. Toutefois, l’afflux d’électeurs libéraux compense une large part de ces pertes, signifiant ainsi que le parti s’ancre progressivement au centre droit. Ce dimanche, le président des Engagés a plaidé pour un « libéralisme du sens« . Nous assistons donc à une lutte entre Les Engagés et le MR pour le soutien des électeurs de droite, et cela n’est pas près de s’achever. En effet, en examinant le potentiel des partis – en ajoutant à leur score les indécis qui disent avoir une préférence pour eux –, Les Engagés affichent un potentiel supérieur à celui du MR. Cette rivalité pourrait compliquer les relations entre les deux partenaires.

Lutte des gauches entre le PS et le PTB

Quant à la gauche, quel est le dynamisme constaté ? D’où provient le succès du PS et du PTB ? Nous assistons à une compétition entre les partis de gauche. Le PTB récupère une part significative de ses voix du PS, tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Il en découle un phénomène de pompage des voix au sein même de la gauche, mais le PTB bénéficie également de votes blancs, ainsi que de voix du MR et un peu des Engagés.

Le PS, pour sa part, constitue une faible source de voix pour le PTB. Son succès dans notre sondage se nourrit principalement d’électeurs qui avaient voté blanc en 2024, ainsi que d’une part d’électeurs originaires des Engagés et du MR. Autrement dit, le PS perd des voix à gauche, mais se renforce grâce aux indécis et aux votes du centre droit et de la droite. Cette évolution doit être prise en compte par la direction du PS : son électorat se recentre. Le potentiel du PS – soit son score plus les indécis qui ont une préférence pour les socialistes – atteint 38 % en Wallonie, ce qui en fait le parti avec le potentiel le plus élevé. À Bruxelles, en revanche, le PTB occupe cette première place avec un potentiel de 39 %. La rivalité entre les gauches est donc loin d’être achevée.

Ecolo et Défi en mode survie

En Wallonie et à Bruxelles, les Verts continuent de reculer, enregistrant des scores historiquement bas. Ecolo perd des voix principalement au profit des Engagés, du PS, du PTB et également vers les indécis. Le nouveau duo présidentiel n’a pas encore eu l’opportunité de s’imposer. Le potentiel du parti est de 19 % en Wallonie, mais cela représente de loin le plus petit potentiel derrière celui du MR. La même tendance s’observe à Bruxelles où le potentiel des Verts est inférieur à celui de DéFI qui, malgré des scores très faibles dans le sondage, parvient tout de même à un potentiel de 22 %.

Ces nombreuses migrations électorales témoignent d’une instabilité dans l’électorat du sud du pays. Cela indique que les importants mouvements électoraux observés en juin 2024, ayant conduit à la victoire du MR et des Engagés, ne sont pas derrière nous. Sur les deux flancs, droit et gauche, la recomposition est encore en cours. Il est donc impératif de rester prudent : rien n’est figé, le paysage politique francophone est fébrile. De nombreux changements sont à prévoir d’ici les élections, et une campagne électorale peut, comme on le sait, bouleverser la situation.