Sport

Roland-Garros 2026 : Diane Parry joue-t-elle un tennis pas assez efficace ?

Diane Parry, qui a commencé à jouer au tennis à 4 ans, a été façonnée par ses entraîneurs au TCBB entre 4 et 11 ans. Son père, Joël, a expliqué qu’elle avait changé de style de jeu à l’âge de 12/13 ans, devenant amoureuse du beau jeu et préférant un revers à une main.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Diane Parry semble travailler à dissiper le malentendu qui s’est installé entre elle et le public depuis longtemps. Cela fait dix ans que son nom résonne et quatre ans depuis son premier exploit dans le grand monde, ici même à Roland. La tenante du titre a été éliminée sur le court Châtrier avec un jeu à la fois esthétique et difficilement classifiable. Un style plaisant, mais tellement décalé du reste du circuit qu’on a parfois eu l’impression que la jeune Française évoluait dans un autre siècle pour triompher au tennis.

Elle n’aurait pas fait ses armes aux côtés de Federer, un coup dur pour beaucoup d’apprentis tennismen qui ont bataillé avec leurs entraîneurs pour obtenir un revers à une main : « Elle a changé à 12/13 ans, nous avait confié son père, Joël. Elle est amoureuse du beau jeu et un revers à une main, c’est plus joli à regarder qu’un revers à deux mains ».

« Diane, elle aime jouer joli »

Ses entraîneurs au TCBB n’étaient pas tous enchantés par cette idée, pour le dire poliment. Certains percevaient cela comme une obsession esthétique qui pourrait nuire à son jeu, mais ils n’avaient d’autre choix que de s’adapter. « Depuis toute petite, elle aimait les « chops » à une main, les échanges de toucher, les volées sans tenir la deuxième main, se remémore Cécile Palicot, qui l’a entraînée de 4 à 11 ans. Il n’y avait pas consensus car elle était petite, mais elle persistait souvent. Avec moi, c’est la joueuse qui décide comment elle souhaite jouer ».

Parry a donc choisi de s’éloigner de la monotonie d’un circuit féminin dont le style est de plus en plus uniforme : « Pan » en coup droit, « pan » en revers, « pan » au service, « pan » à trois mètres de la ligne de fond, etc. Un style facile à maîtriser, même si cela implique parfois de blesser un ramasseur de balle : l’adage dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Diane, en revanche, s’efforce de réfléchir à toutes ses options : « Est-ce que je recouvre mon revers ou pas ? Et si je chopais plutôt ? Pourquoi ne pas tenter un amorti ? Non, je vais me décaler pour un coup droit ». La vie est souvent plus complexe pour les esprits les plus brillants, qui cherchent à allier beauté et efficacité.

« Diane elle aime jouer joli, nous confiait un de ses anciens entraîneurs, Gonzalo Lopez Sanchis. En Espagne, on dit que si tu veux voir quelque chose de joli, tu vas au théâtre. Elle doit apprendre à cuisiner, à utiliser son arsenal, à savoir quand slicer, prendre des risques, renvoyer la balle de l’autre côté. Parfois, elle se sent frustrée. Mais elle a les compétences pour troubler ses adversaires. »

Ces propos, bien que quelque peu anciens, résonnaient lors de son dernier match contre Anisimova. Dans un premier set où elle a presque tout maîtrisé, face à une Américaine déconcertée par des variations incessantes – le fameux principe de ne jamais jouer deux fois la même balle pour l’adversaire – puis une phase de crispation quand le match s’est durci : la jeune femme de 23 ans a commencé à hésiter sur sa stratégie, omettant de jouer son revers, et voyant ses « chops » dépasser de quelques centimètres. Les regrets étaient palpables, jusqu’à un super tie-break complètement dominé par l’Américaine, qui a eu des difficultés avec son coup droit et presque tout le reste.

« L’erreur que Diane commettait auparavant, c’est qu’elle se laissait influencer par des sensations négatives, analyse son entraîneur, Julie Coin, auprès de nos confrères de l’Equipe. Elle essaie désormais de passer outre, de trouver des solutions pour gagner les points, peu importe la manière. Parfois, il faut composer avec des journées moins bonnes et s’adapter sur le moment. C’est ce qu’elle fait ».

Un jeu encore en construction ?

On peut imaginer combien cela peut être difficile pour elle, comme ce jour où elle a dû fouiller dans le grenier pour retrouver son revers à deux mains lors des retours de service, face à la réalité d’une limite tactique insoluble : contre des adversaires qui frappent plus fort que jamais, un retour bloqué à une main promet un échange difficile dès le deuxième coup de raquette. Toutefois, elle n’abuse de cette technique que très modérément : « Cela dépend un peu du style de service que je reçois, et aussi de mon ressenti du jour, justifie-t-elle. Comme ce n’est pas encore figé, je m’adapte et je modifie ma technique selon mes adversaires ».

La future numéro 1 française après le tournoi s’exprime clairement : son jeu n’est pas encore défini, ce qui est indispensable à un certain niveau, notamment dans le top 20, pour prétendre à un avenir radieux. Et même si l’on pense parfois à ces coups désespérés en bout de course de Tsonga, qui exprimaient à la fois son charme et ses limites, un revers trop fragile dans les moments cruciaux, il serait injuste de charger Parry de ce fardeau.

Pourquoi lui reprocher de vouloir reproduire l’excellence à la française telle qu’elle est perçue depuis toujours ? « Elle possède un jeu atypique, c’est certain, mais je ne comprends pas pourquoi elle ne pourrait pas atteindre le sommet avec ce style, tant que son physique suit et qu’elle continue à travailler aussi dur », assure Cécile Palicot, qui ne regrette absolument pas de l’avoir encouragée à modifier son revers durant son adolescence. « C’était son choix, donc c’était la bonne solution ». Encore quelques victoires à Roland, et la conviction s’installera.