France

Procès Yoda : Félix Bingui réagit aux « ragots » sur son contrôle

Félix Bingui, âgé de 36 ans et né à Alès, est jugé ce vendredi devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent. En 2023, 49 personnes ont été tuées à Marseille dans des narcocides attribués à la guerre entre le clan des Yoda et la DZ Mafia.


Félix Bingui fixe intensément la présidente à travers la vitre du box. Devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, sous une chaleur écrasante, le chef présumé du clan Yoda joue avec un élastique entre ses doigts tout en répondant aux questions de la présidente ce vendredi. Agé de 36 ans et originaire d’Alès, il est jugé, avec les 19 autres coprévenus, pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent.

Surnommé « Le Chat », « F » ou encore « Féfé », il est décrit par les enquêteurs comme le chef d’un puissant réseau de narcotrafic, contrôlant plusieurs points de vente à Marseille entre 2021 et 2023, dont le très lucratif four de « La Fontaine » situé dans la cité de la Paternelle (14e arrondissement). Son rôle est qualifié « d’incontestable » comme donneur d’ordres, recevant l’argent, réglant les conflits et gérant les membres de son équipe, selon le dossier d’instruction. « On m’a toujours fait passer pour quelqu’un que je ne suis pas, se défend-il, vêtu d’un polo en maille clair. Je ne sais pas pourquoi les gens disent qu’ils ont peur de moi. » Il ajoute : « Je n’ai jamais été quelqu’un de violent. »

Félix Bingui inspirait-il la peur auprès de son entourage ? Dans plusieurs enregistrements, cités par la présidente, des femmes gravitant autour de la bande évoquent des coups de pression ainsi que des liens de subordination, voire de « soumission », entre lui et certains coprévenus. Certains sont même désignés comme ses « chiens-chiens », le suivant lors de voyages au Maroc, à Dubaï ou en Thaïlande. « Ce sont des phrases dites pour rabaisser, défend le prévenu. Où est la soumission ? On est dans des maisons, on fait des activités, on mange ensemble, c’est tout. » Le trentenaire suggère une forme de « respect lié à l’âge ».

« Toutes les femmes dans ce dossier aussi… Elles parlent », s’agace Félix Bingui, qualifié de « tueur », de « patron » ou encore d’organisateur de « go-fast » en Espagne dans des conversations impliquant ces femmes. Dans le dossier, la coprévenue Camille Chelo, veuve d’Omar Benchiha, l’un des cadres présumés du clan Yoda assassiné à Salou en mai 2023, profère des accusations virulentes à son encontre, l’accusant d’avoir provoqué indirectement la mort de son mari en le « prenant sous son aile ».

« Ce ne sont pas les premières personnes qui parlent de moi et pas les dernières », déclare l’homme, la mâchoire plus contractée. Tout au long de la journée, il conteste les « rumeurs » de la rue, les « ragots » circulant sur les réseaux sociaux, le nommant « chef de tel ou tel truc ». « Je ne peux pas contrôler toutes les personnes qui parlent sur moi », répète-t-il d’un ton presque fataliste.

Comme la veille, lors de l’interrogatoire de Mohamed Hussein Saleh, bras droit présumé, la présidente s’intéresse longuement à ses déplacements et à son style de vie ostentatoire. « Des hôtels de luxe à Marseille, des vols pour de nombreuses destinations, des véhicules, une moto… Comment vous faites ? », s’enquiert-elle. Il parle d’économies et de gains aux jeux. « J’ai fait beaucoup de prison dans ma vie, j’avais envie de profiter », répond-il. En 2017, il est condamné à quatre ans pour son implication dans un trafic de drogue mené par la bande des Carmes (2e arrondissement), puis reçoit deux ans et demi en 2019 pour possession d’armes.

En 2023, 49 personnes ont été tuées à Marseille dans des narchomicides liés à la guerre entre le clan des Yoda et la DZ Mafia, cette dernière sortant renforcée de l’affrontement. Un conflit dont Félix Bingui déclare avoir entendu parler « sur les réseaux sociaux », affirmant « ne jamais avoir mis un pied » dans la cité de La Paternelle. Il assure n’avoir jamais craint pour sa vie, ni tenté de fuir, même lorsque les règlements de compte se multipliaient.

« Je ne suis jamais parti de France pour me réfugier dans un pays par peur. Je suis tout simplement resté chez moi », conteste-t-il, précisant avoir déménagé en Espagne puis à Dubaï avant de poser ses valises au Maroc, d’où il a été extradé en 2025. Cependant, lorsqu’il voyait le panneau d’entrée de Marseille lors de ses multiples séjours, il reconnaît s’être souvent répété une phrase. « Elle me fout l’angoisse, cette ville. »