Arnaques en hausse : les plateformes contrôlent-elles les cagnottes de solidarité ?
Jean Messiha a restitué l’argent de la cagnotte après la polémique sur le non-versement aux familles des deux agents pénitentiaires abattus le 14 mai 2024. Les avocats des deux veuves ont annoncé que l’argent récolté leur avait bien été versé, déplorant le délai dans la restitution en raison de la médiatisation de l’affaire.
Il a finalement restitué les fonds après l’éclatement de la polémique en milieu de semaine. Suite à la mort des deux agents pénitentiaires tués le 14 mai 2024 lors de l’évasion de Mohamed Amra au péage d’Incarville (Eure), Jean Messiha avait lancé une cagnotte en hommage aux défunts, promettant que l’ensemble des dons serait « intégralement reversé aux familles des victimes. » Cependant, les deux veuves n’avaient jamais reçu cet argent et ont porté plainte contre le polémiste d’extrême droite pour abus de confiance, l’accusant d’avoir encaissé les 42.000 euros collectés.
En défense, Jean Messiha affirme que la plateforme GoFundMe a « commis une grave erreur », ce qui a conduit « alors que je n’ai jamais été bénéficiaire de cette cagnotte ni demandé à l’être, à virer les fonds sur mon compte. » Jeudi, les avocats des deux veuves ont finalement annoncé que les fonds récoltés avaient bien été versés. « Il est regrettable qu’il ait fallu attendre que M. Messiha soit mis en cause pénalement et publiquement, en raison de la médiatisation de cette affaire, pour qu’enfin, il procède à la restitution des dons recueillis, déplore Maître Matthieu Chirez. Cela n’en est que plus cynique, et n’affecte en rien la réalité de l’infraction pénale dénoncée. Il devra répondre de ses actes. »
Cette situation soulève des questions sur le contrôle des cagnottes solidaires, qui se multiplient sur les plateformes pour aider des familles d’enfants malades, soutenir les victimes de la guerre en Ukraine ou financer des obsèques. Derrière ces belles intentions, on trouve parfois des escroqueries, de plus en plus perfectionnées grâce à l’intelligence artificielle. Laurent Falzoï, directeur général du Pot Commun, reconnaît que « c’est un vrai sujet qui nous concentre au quotidien. » Selon lui, ces arnaques sont « assez rares » sur la plateforme, « même si le risque zéro n’existe pas. »
Pour les détecter, les équipes du Pot Commun examinent chaque cagnotte mise en ligne à l’aide d’un algorithme qui analyse une cinquantaine de critères. « Un système de scoring va nous permettre d’évaluer le risque de chaque cagnotte, détaille Laurent Falzoï. Et si on passe sous un certain seuil, notre service conformité va mener une enquête plus poussée et demander des éléments complémentaires à l’instigateur ou au bénéficiaire de la cagnotte. »
Le processus est similaire chez Leetchi, le leader des cagnottes en ligne en France. « Dès la création de la cagnotte, un contrôle automatique va se mettre en place pour vérifier l’identité de la personne et détecter des comportements suspects », souligne Amandine Plas, directrice marketing. En cas de forte suspicion de fraude, une dizaine d’employés contactent alors le créateur et le bénéficiaire de la cagnotte pour leur demander des justificatifs. « On reçoit également des signalements de la part de notre communauté et dans ce cas, l’argent est temporairement bloqué le temps de faire toutes les vérifications. »
Il s’agit aussi de s’assurer que le bénéficiaire est bien informé de la démarche et a donné son accord. En septembre 2024, lors de l’ouverture du procès des viols de Mazan, Nabila avait lancé une cagnotte pour Gisèle Pélicot. En quelques heures, près de 40.000 euros avaient été collectés avant que la cagnotte ne soit fermée, la victime ayant indiqué qu’elle ne souhaitait pas cet argent. « Dans ce cas, on clôture la cagnotte et on rembourse les donateurs », précise Amandine Plas. Laurent Falzoï appelle également à la vigilance des internautes : « Avant de donner, il faut déjà bien se renseigner sur le bénéficiaire de la cagnotte et sur le pourquoi on donne. »
Sur La cagnotte des proches, la démarche de contrôle est encore plus rigoureuse. « Mais parce qu’on est un plus petit acteur aussi », assure Anne-Sophie Roturier, sa fondatrice. Spécialisée dans l’accompagnement des familles touchées par la maladie, le deuil ou le handicap, la plateforme appelle les créateurs de cagnottes dans les 24 heures suivant leur mise en ligne. « Cela nous permet tout de suite de détecter les arnaques », indique-t-elle, évoquant un cas où un père prétendait récolter de l’argent pour son bébé hospitalisé à Dijon. « Il était incapable de répondre à mes questions, donc on a tout de suite flairé l’arnaque », raconte Anne-Sophie Roturier.
Pour s’assurer que les fonds récoltés sont utilisés de manière appropriée, les équipes de La Cagnotte des proches versent souvent directement l’argent aux prestataires. « Aux pompes funèbres par exemple pour des obsèques, ou au vendeur si c’est pour l’achat d’un fauteuil roulant, précise la dirigeante. Cela permet de sécuriser les fonds, et c’est aussi un soulagement pour certaines familles qui ne veulent pas gérer ces virements d’argent. » Contrairement aux escrocs, qui, eux, savent très bien s’y prendre.

