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PSG – Arsenal : Arteta, le gentil qui ne se calme pas ?

Mikel Arteta a déclaré lors d’un événement privé que « samedi soir, nous serons champions d’Europe ». Christophe Jallet a observé une transformation comportementale chez Arteta, notant une évolution dans sa personnalité qui est devenue plus pragmatique et moins flamboyante.


Le titre de champion d’Angleterre aurait-il déjà troublé Mikel Arteta ? Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ces derniers jours, le coach espagnol d’Arsenal, micro en main lors d’un événement privé, a déclaré à son auditoire que « samedi soir, nous serons champions d’Europe ». Cette assurance a été mal perçue par certaines personnes au sein du club et certains supporters, inquiets que cela n’augmente l’appétit féroce des Parisiens, alors qu’Arsenal affronte une équipe du PSG, championne d’Europe en titre, souvent qualifiée de meilleure équipe du monde actuellement.

Les critiques viennent surtout des adversaires d’Arsenal qui tirent à boulets rouges sur les Cannoniers et leur entraîneur, qui, en deux saisons, sont devenus l’exact opposé de ce qu’ils étaient lorsque Mikel Arteta a pris les rênes du club en 2019. Le journaliste du *Guardian*, Barney Ronay, a déclaré : « Mikel Arteta a le don d’exaspérer les supporters avec ses tactiques basées sur la maîtrise, ses déclarations insipides et ses apparitions frénétiques sur le bord de la touche. »

Docteur Mikel et Mister Arteta

Ancien adjoint de Pep Guardiola, l’ancien milieu de terrain du PSG était le modèle du coach moderne, jovial et animé d’une philosophie de jeu offensive, ce qui le rendait attachant aux yeux des amateurs de beau jeu. Cela, c’était avant. Avant que son équipe ne subisse des défaites humiliantes, échouant chaque saison à rivaliser avec les équipes de pointe de la Premier League, comme Liverpool et Manchester City, devenant ainsi une sorte de loser magnifique, cible de moqueries outre-Manche.

Aujourd’hui, fini le grand sourire en conférence de presse, et place à un homme plus renfermé, plus dur et plus sec. En résumé, moins sympathique. Il se montre même parfois de mauvaise foi, comme lorsqu’il a déclaré que le PSG était avantagé par rapport à son équipe en jouant dans un championnat moins compétitif, alors que ses joueurs affrontent chaque semaine les meilleures équipes du monde et qu’ils ont dû se battre jusqu’à l’avant-dernière journée pour décrocher le titre face à City. Il a oublié de mentionner que le PSG a enchaîné deux saisons complètes sans réelle trêve estivale, après avoir atteint la finale de la Coupe du monde des clubs, compétition à laquelle Arsenal n’a pas participé.

S’endurcir pour ne plus être le loser magnifique

Christophe Jallet, consultant pour Canal + et commentateur de nombreux matchs d’Arsenal, voit dans cette transformation comportementale un reflet de l’évolution philosophique et sportive d’Arteta. « Il y a une évolution flagrante dans sa personnalité qui impacte aussi le sportif. Au début, son équipe proposait un beau jeu, dans l’ADN espagnol, avec beaucoup de possession et de projections. On a l’impression qu’il a compris, petit à petit, que pour gagner, être performant et espérer remporter la Premier League, il fallait être plus pragmatique et avoir une défense solide. »

Bien qu’il ait toujours été surexcité sur son banc de touche, « là on atteint des sommets », poursuit l’ancien latéral parisien. « Au point que cela en devient fatigant. Lors du match retour à Madrid en demi-finale contre l’Atlético, il était quasiment à un mètre des latéraux espagnols pour les touches, il sautait partout, il pénétrait sur le terrain. Parfois, on a envie de lui dire ‘calme-toi, s’il te plaît’. Cela vient probablement de la frustration des dernières années, après avoir terminé second derrière City et en étant perçu comme un loser malgré les moyens financiers considérables mis à sa disposition. Cela fait ressortir chez lui un stress, une nervosité. »

« Un peu plus de maîtrise de soi, ce n’est pas plus mal »

Denis Troch, ancien coach du PSG reconverti dans le coaching mental, comprend bien ce que traverse l’entraîneur des Gunners. Il se souvient qu’il avait commencé en promettant d’être « un entraîneur cool », mais qu’il a rapidement basculé dans une approche plus dure. « Après un an ou deux, en réalisant ce qu’est ce métier, la pression qu’il y a, j’ai compris que ce n’était pas la bonne approche ! J’ai ainsi dû devenir plus difficile, même à un point tel qu’on m’a surnommé Caucescu. » Ce n’est qu’en rejoignant Arthur Jorge au PSG qu’il a fait son introspection et a choisi un juste milieu, un équilibre.

« C’est à ce moment-là que j’ai compris qui j’étais et que j’ai pu avancer comme je le souhaitais, j’étais en paix avec moi-même », détaille-t-il. « Ce n’est pas impossible qu’Arteta en soit à ce stade de sa réflexion. Il est peut-être plus distant, moins ouvert aujourd’hui, mais cela ne signifie pas que cela sera toujours le cas. Devenir le coach que l’on souhaite nécessite du temps et un apprentissage. »

Véritable kangourou survolté sur son banc de touche, Arteta vit ses matchs avec une passion dévorante, un peu à l’image de Luis Enrique, qu’il croisera à quelques mètres de lui samedi.

Une surexcitation pas toujours bénéfique

« Je ne suis ni à sa place ni dans son corps pour ressentir ce qu’il traverse, mais parfois un peu plus de maîtrise de soi, ce n’est pas plus mal », avance Jallet. « Cela donne l’impression qu’il n’est plus en contrôle. La plupart du temps, quand on est joueur et proche du banc, avoir un coach trop expressif, c’est fatigant. On attend avec impatience la mi-temps pour changer de côté. »

Le football est un monde fou, « il est donc nécessaire de se protéger, soi-même et son groupe, et de sécuriser l’environnement qui nous entoure », explique Denis Troch. « Comment y parvenir ? Ça peut être en évitant les questions déplaisantes, en se montrant plus fermé ou en attaquant l’adversaire », ajoute-t-il.

Bien qu’il agace certains observateurs, Arteta doit probablement trouver la sérénité, lui qui a mis fin à vingt-deux ans de disette pour Arsenal en Premier League et qui est perçu comme un héros par les supporters des Gunners. C’est le cas de Ridler Tshibangu, créateur de contenu et supporter des Gunners depuis toujours. « Il a compris ce qu’il fallait faire pour gagner, quitte à utiliser tous les moyens nécessaires. Il défend toujours son équipe, c’est un vrai patron. Grâce à lui, nous sommes champions d’Angleterre et ne sommes plus considérés comme des mauviettes. Nous savons désormais comment devenir champions. C’est tout ce qui compte. » Il est à espérer que les Parisiens parviendront à lui remettre les pieds sur terre et à apaiser ses ardeurs.