Patrimoine en lumière : redécouvrez la Villa du Zodiac abandonnée
Entre Tunis et Hammamet, un bâtiment situé sur une colline de Bou Argoub est connu sous plusieurs noms : « le Palais Mussolini », « Dar Mussolini » ou « la Villa du Zodiac ». La villa a été construite en 1935 pour une riche famille italienne installée dans la région, sans lien direct avec Benito Mussolini.
Entre Tunis et Hammamet, un bâtiment intrigue depuis des générations les automobilistes qui empruntent l’autoroute traversant le Cap Bon. Erigée sur une colline de Bou Argoub, cette immense demeure circulaire surgit soudainement au milieu des terres agricoles, comme sortie d’un autre temps.
Les habitants de la région la désignent par plusieurs noms : « le Palais Mussolini », « Dar Mussolini » ou encore « la Villa du Zodiac ». Derrière ses murs silencieux se cache une histoire nourrie à la fois par des faits historiques et des récits populaires.
Selon les anciens de Bou Argoub, cette demeure aurait appartenue à une personnalité italienne influente durant la période coloniale. Certains avancent même que Benito Mussolini y aurait séjourné, ce qui explique longtemps l’appellation du palais. Cependant, des recherches historiques révèlent que la villa a été construite en 1935 pour une riche famille italienne de la région, sans lien direct avec le dirigeant italien.
L’architecture du palais est l’un de ses aspects les plus captivants. Édifié dans un style moderniste influencé par l’Italie des années 1930, le bâtiment présente une forme circulaire inhabituelle en Tunisie, dominée par une vaste coupole centrale. Cette structure remplissait autrefois les fonctions de point lumineux et de ventilation naturelle. Les façades, dotées d’ouvertures régulières parfois en arc, laissent entrer la lumière dans les espaces intérieurs, créant un jeu d’ombres et de lumière encore visible malgré l’abandon.
À l’intérieur, la conception s’articule autour d’un noyau central, offrant une impression d’harmonie et de fluidité. Les pièces s’enchaînent autour de cet axe, traduisant une architecture pensée pour le mouvement et la symétrie. Malgré la dégradation, certains détails de finition témoignent encore de l’attention portée à la construction initiale.
Les mosaïques, en particulier, laissent une empreinte marquante. À l’intérieur, les signes du zodiaque semblent encore raconter une histoire ancienne : lions, scorpions, balances et poissons figés dans la pierre, comme si le temps s’était arrêté parmi ces symboles énigmatiques. Ces décorations, malgré l’usure, dégagent une beauté mélancolique qui fascine et attriste à la fois.
Au fil des décennies, l’abandon a enveloppé le lieu d’un silence pesant. Les jardins se sont évanouis, les murs se sont fissurés, et le vent parcourt aujourd’hui les pièces désertes pour rappeler ce qui a été perdu. Dans cet espace figé, la villa est devenue un refuge pour des personnes en difficulté, donnant un nouvel aspect poignant à cet endroit, entre survie et oubli.
Aujourd’hui, beaucoup perçoivent le palais de Bou Argoub comme une précieuse perle gâchée. Son état actuel suscite une tristesse collective, comme si une mémoire tout entière était suspendue. Pourtant, malgré sa dégradation, la demeure conserve une aura particulière, presque émotive, qui continue d’impacter ceux qui la contemplent depuis la route.
Pour plusieurs habitants de la région, cette villa mérite une seconde chance. L’idée d’une restauration revient fréquemment dans les discussions, telle une lueur d’espoir : transformer ce lieu en centre culturel, en espace d’exposition ou en musée du Cap Bon pourrait non seulement sauver ce patrimoine, mais aussi lui redonner une âme. Et peut-être qu’un jour, le palais cessera d’être une ruine silencieuse pour redevenir un lieu vibrant, habité par la mémoire, la culture et la lumière.

