Belgique

Masculinisme : 75 % des jeunes francophones en ont entendu parler.

En septembre dernier, une enquête de la RTBF a révélé qu’un adolescent de 15 ans inscrivant sur TikTok tombait sur des contenus masculinistes après seulement 40 minutes. Selon les résultats d’une consultation menée par le Forum des jeunes, trois quarts des jeunes interrogés ont déjà entendu parler de masculinisme, mais deux jeunes sur trois estiment que ces discours sont contraires à leurs valeurs, les mettent en colère ou leur font peur.


En septembre dernier, l’enquête de la RTBF révélait qu’un adolescent de 15 ans, récemment inscrit sur TikTok et intéressé par la musculation, était tombé sur des contenus masculinistes après seulement 40 minutes. Le masculinisme, un courant qui considère que le féminisme, qui milite pour l’égalité des sexes, va trop loin et affirme la « supériorité » des hommes sur les femmes, a été au centre des préoccupations. À la fin de cette enquête, nous vous avons parlé du lancement d’une grande consultation menée par le Forum des jeunes sur le sujet. Voici les résultats qui seront débattus au sein du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

### Trois quarts des jeunes interrogés ont déjà entendu parler de masculinisme

Les jeunes ont-ils entendu parler du masculinisme ? Oui, pour trois quarts d’entre eux, mais cela ne signifie pas qu’ils sachent le définir. « Quand on les interroge sur ce qu’ils comprennent concrètement par ce terme, les définitions varient énormément », explique Louise Lebichot, secrétaire générale du Forum des jeunes.

« Des jeunes mettent le masculinisme et le féminisme sur le même pied. C’est assez interpellant », souligne Louise Lebichot. « Il est important de déconstruire cette idée, car cela voudrait dire que les hommes ont perdu des droits ou ne disposent pas de suffisamment de droits. Ils devraient donc agir pour en récupérer ou en avoir davantage. Ce n’est évidemment pas l’équivalent du féminisme. Le masculinisme prône une domination, tandis que le féminisme demande l’égalité entre tous les genres. » Une analyse partagée par Geneviève Fraisse, directrice de recherche émérite au CNRS en France, qui affirme dans le journal Le Monde que le masculinisme « se pose, à tort, en miroir du féminisme ».

### Deux tiers indiquent que le masculinisme est contraire à leurs valeurs, les met en colère ou leur fait peur

« Connaître ne veut pas dire qu’ils adhèrent aux idées », analyse Louise Lebichot, car deux jeunes sur trois affirment que ces discours sont contraires à leurs valeurs, leur font peur ou même les mettent en danger. En revanche, « nous avons une petite minorité de jeunes, que notre enquête a pu sonder, qui disent vraiment adhérer à ces contenus », précise-t-elle. En effet, 1,2 % se déclarent totalement en accord avec ces idées, et 1,4 % des jeunes sondés apprécient les visions et conseils des contenus masculinistes.

« Mais ce qui est vraiment intéressant », selon la secrétaire générale, « c’est que nous observons plutôt des jeunes dans une zone de flou, qui disent qu’ils trouvent certains discours intéressants, bien que parfois ces derniers aillent trop loin. »

Lors d’une animation réalisée dans une classe de rhétorique à l’école du Sacré-Cœur de Nivelles par le Forum des jeunes, certains élèves exprimaient leur inquiétude : ce qui est dangereux, c’est lorsque ces discours deviennent extrêmes. Martin dit : « J’ai déjà vu pas mal de vidéos dans mon fil Instagram ou ailleurs, mais on ne s’en rend pas spécialement compte. Ce n’est pas innocent, mais ce n’est pas direct non plus. Et petit à petit, cela devient de plus en plus direct. »

> Ça parle de sport, de voitures, et de comment gagner de l’argent.

Ce constat est partagé par les résultats de la consultation. « Ce que nous remarquons, c’est que les jeunes ne cherchent pas spécialement ces contenus, mais qu’ils y sont confrontés de manière insidieuse », explique la secrétaire générale du Forum des jeunes. « Dès le départ, on ne se rend pas toujours compte de leur aspect problématique. Ça parle de sport, ça parle de voitures, ça parle de comment gagner de l’argent. Mais tout cela contribue à créer un narratif visant à la domination des hommes sur les femmes. Nous savons donc que les jeunes y sont très fortement exposés. »

### 65% des jeunes trouvent ces contenus sur les réseaux sociaux

TikTok, Instagram, YouTube… les réseaux sociaux sont les principales sources où les jeunes rencontrent des discours masculinistes : 65 %. « Les réseaux sociaux ont cette force de pouvoir amplificateur pour des discours masculinistes », analyse Louise Lebichot.

Cette amplification crée un « rabbit hole » où l’utilisateur se retrouve piégé dans une bulle algorithmique pouvant mener à des discours de plus en plus radicaux. Une enquête du média Ouest-France a également démontré ce phénomène concernant le masculinisme, mais aussi en ce qui concerne d’autres discours incitant au suicide, à l’anorexie et aux contenus pédocriminels.

### L’enquête Ocam et la responsabilité des plateformes

Le dernier rapport de l’Ocam, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace en Belgique, a mentionné l’existence de mouvements « nihilistes ». Une dizaine de dossiers ont été ouverts en 2025 en lien avec ces idéologies anarchistes cherchant à établir une société où seul le plus fort l’emporte. Parmi ces dossiers se trouve l’idéologie ‘incel’, un groupe masculiniste composé d’hommes célibataires qui se considèrent rejetés par les femmes, qu’ils tiennent pour responsables de leur situation.

Pour Gert Vercauteren, directeur de l’Ocam, cité par Belga, les fournisseurs d’accès à Internet ont des responsabilités à assumer. Cela a également été souligné par la commission d’enquête des parlementaires français.

C’est l’une des solutions proposées par le Forum des jeunes. « Il faut responsabiliser les plateformes, » plaide Louise Lebichot. « Comment régule-t-on les réseaux sociaux ? Car peu importe le nombre de sensibilisations et d’éducations que nous mettons en place, tant que nous ne traiterons pas le problème à la source, ces contenus continueront d’exister sur ces différentes plateformes. Les jeunes expriment un besoin d’agir. »

Selon la secrétaire générale, une condition essentielle est que « la politique prenne ce sujet au sérieux, sans le considérer comme quelque chose d’éloigné et de marginal. » En effet, il y a déjà des conséquences très concrètes. « Quand nous échangeons avec des animateurs d’une maison de jeunes, par exemple, ils constatent que ces discours sont vraiment omniprésents dans leurs activités et qu’ils ont déjà un impact concret sur le comportement des jeunes aujourd’hui. Ces discours affectent leur vision du monde, leur manière de concevoir leurs relations et leurs interactions avec les autres et en groupe. »

Les résultats de la consultation du Forum sont maintenant entre les mains des parlementaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui doivent désormais en prendre connaissance.