Belgique

Le crédit, un piège : le malheur se cache dans le prêt.

À Mons, Giorgia Pergolizzi anime des ateliers de prévention au surendettement dans la Haute École du Hainaut. D’ici fin 2026, les applications de paiement différé devraient être davantage encadrées et assimilées à des crédits à la consommation contrôlés par la Banque Nationale.


** »Achetez maintenant, payez plus tard »**

Les formes de crédit à la consommation, telles que les cartes de crédit, les réserves d’argent, les paiements fractionnés ou les applications de type « Buy Now, Pay Later », deviennent de plus en plus répandues et attirent un public en croissance, notamment parmi les jeunes.

À Mons, Giorgia Pergolizzi, animatrice d’ateliers de prévention au surendettement à la Haute École du Hainaut, dresse un constat inquiétant.

* »Nous vivons dans une société de surconsommation continue. Les jeunes sont constamment exposés à la publicité et à des stimuli. Même pour les adultes, il devient difficile de résister. »*

Pour beaucoup, l’épargne est mise de côté au profit d’une satisfaction immédiate ou du besoin de * »se faire plaisir »*. Cette logique est parfaitement exploitée par les nouvelles applications de paiement différé.

Milla, une étudiante, a fait l’expérience avec Klarna, qui propose d’acheter tout de suite et de payer trente jours après.

* »Au début, ça paraît génial. On se dit qu’on paiera plus tard. Mais les frais arrivent vite. C’est toujours comme ça que ça commence, »* raconte-t-elle.

La jeune femme admet avoir accumulé plusieurs centaines d’euros de dettes. * »Cette application, pour moi, c’est le démon ! »*, confie-t-elle avec honnêteté.

Le problème inquiète également les autorités. Au SPF Économie, il est reconnu que les services de paiement différé sont sous la surveillance des pouvoirs publics.

* »Beaucoup de jeunes utilisent ces produits sans réaliser qu’il s’agit en réalité d’une forme de crédit, »* explique un responsable du SPF. * »Lorsqu’ils omettent un remboursement, les pénalités peuvent rapidement les entraîner dans un cercle vicieux. »*

D’ici fin 2026, ces applications devraient être davantage régulées et considérées comme des crédits à la consommation contrôlés par la Banque Nationale.

** »Les achats compulsifs sont une conduite addictive. »**

Le surendettement ne touche pas uniquement les jeunes consommateurs. Derrière ces situations se cachent souvent des parcours de vie fragilisés, des accidents personnels ou des dépendances.

Nelly en est un exemple : bien que ses revenus mensuels soient proches de 4.000 euros, elle a connu des difficultés financières à cause des achats compulsifs.

* »Je voyais une publicité pour un nouvel appareil ménager et je me disais immédiatement qu’il me le fallait. »*

Les crédits à la consommation sont rapidement devenus une solution facile. D’abord quelques petits prêts, puis d’autres, jusqu’à l’effondrement. * »J’essayais de jongler avec les remboursements pour ne jamais dépasser trois mois de retard. Puis un jour, je n’ai plus su faire face. »*

La docteure Marilyne Dhenin, addictologue au Centre thérapeutique du Hainaut, souligne que ces comportements peuvent parfois relever d’une véritable pathologie. * »Les achats compulsifs sont une conduite addictive. Les personnes achètent pour soulager une tension, une anxiété, une souffrance émotionnelle. »*

Dans un environnement où le crédit est accessible partout, les conséquences peuvent être tragiques.

L’enquête révèle également certaines pratiques dans le secteur du crédit. En caméra cachée, un candidat obtient en une trentaine de minutes une carte crédit de 3.000 euros, malgré une situation financière déjà fragile.

Pour Anne Defossez, juriste spécialisée à l’ASBL Centre d’Appui-Médiation de Dettes à Bruxelles, l’analyse de solvabilité menée est largement insuffisante. * »Des situations comme ça, on en voit des milliers, »* affirme-t-elle.

**Lorsque les dettes deviennent impossibles à rembourser…**

Créée en 1999, la procédure judiciaire de règlement collectif de dettes permet aux personnes surendettées de repartir sur de nouvelles bases. Pendant cinq à sept ans, un médiateur gère leurs revenus afin de rembourser une partie des créanciers tout en garantissant un minimum vital.

* »C’est une deuxième chance, »* explique l’avocat Gerry Derreveaux, spécialiste de ces dossiers. * »Les gens arrivent ici après des années de galère, de saisies et de peur permanente. »*

Mais le système a ses limites.

* »Le règlement collectif de dettes règle souvent la dimension comptable du problème, mais pas forcément les causes profondes, »* souligne Anne Defossez.

Une personne dépendante aux achats peut retomber dans le surendettement après la procédure. C’est ce qui est arrivé à Nelly, fonctionnaire dans la cinquantaine. Après cinq ans sous règlement collectif de dettes, elle récupère finalement ses revenus mais replonge presque immédiatement dans les achats et les crédits. * »Je me suis dit : ça fait cinq ans que je fais attention, maintenant je vais me faire plaisir. »* Aujourd’hui, elle est à nouveau sous règlement collectif de dettes.

Derrière les chiffres, le surendettement raconte surtout des trajectoires humaines fragiles : des séparations, des maladies, des pertes d’emploi, des dépendances. Autant de réalités qui peuvent transformer un simple crédit en piège sans issue.

Dans une société où consommer est devenu un réflexe permanent, la frontière entre facilité financière et spirale de l’endettement semble plus étroite que jamais.