BMW introduit une sanction inédite en cas de non-branchement des hybrides.
BMW envisage de restreindre les performances de ses hybrides rechargeables si leurs propriétaires ne branchent pas assez souvent leurs voitures. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire allemand Die Zeit, le président du conseil de surveillance du groupe, Nicolas Peter, a proposé que les propriétaires de véhicules hybrides rechargeables qui ne branchent pas régulièrement leur voiture soient… punis.
BMW envisage de limiter les performances de ses véhicules hybrides rechargeables si leurs propriétaires ne rechargent pas suffisamment souvent leurs voitures. Cette initiative semble avant tout motivée par des considérations financières, plutôt que par des raisons écologiques.
Traditionnellement, les contrats peuvent contenir des clauses contraignantes, comme des pénalités en cas de résiliation anticipée d’un leasing ou des garanties annulées en cas de non-respect des conditions. Cependant, BMW semble sur le point d’introduire un niveau supplémentaire de contrôle.
Dans une interview avec l’hebdomadaire allemand Die Zeit, Nicolas Peter, président du conseil de surveillance du groupe, a suggéré que les propriétaires de véhicules hybrides rechargeables qui ne rechargent pas régulièrement leur voiture soient… sanctionnés. Punir ses propres clients, une idée pour le moins inédite.
La mesure envisagée consisterait à réduire la puissance du moteur si la batterie n’est pas rechargée suffisamment fréquemment. Les responsables à Munich affirment que cela est techniquement réalisable. Cela signifie concrètement qu’une voiture, pour laquelle un propriétaire a signé un bon de commande à un prix élevé, pourrait un jour démarrer avec une puissance réduite simplement parce que le conducteur n’a pas trouvé de borne de recharge lors de son trajet précédent.
Il s’agit d’une forme de contrôle à distance du comportement des conducteurs que peu d’observateurs auraient pu anticiper. Il ne s’agit pas simplement de limiter une puissance pour ensuite la proposer à la vente via une mise à jour payante, comme le font déjà de nombreux fabricants, tels que Porsche et Audi. Il s’agit plutôt de diminuer la puissance d’un véhicule déjà commandé et payé à un prix élevé par le client.
Cette approche n’est pas comparable à celle des PHEV de Stellantis, qui subissent une perte de puissance lorsque la batterie atteint un certain seuil. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une volonté de limiter la puissance, mais d’une contrainte technique, laquelle est d’ailleurs rarement communiquée par le constructeur.
Pour comprendre la posture de BMW, il faut prendre en compte la réglementation européenne. Depuis 2022, tous les véhicules neufs vendus en Europe doivent être équipés d’un système d’enregistrement de la consommation réelle, connu sous l’acronyme OBFCM (pour « On-Board Fuel Consumption Monitoring »). Dans le cas des hybrides rechargeables, ce système mesure également le pourcentage de kilomètres parcourus en mode électrique.
Ces données sont ensuite utilisées pour le calcul des crédits carbone attribués au constructeur. Si les PHEV roulent principalement en mode thermique, comme l’a révélé l’émission Cash Investigation sur le marché européen, les économies théoriques d’émissions disparaissent et BMW peut être confronté à des pénalités financières.
Pour illustrer l’enjeu, en 2025, les hybrides rechargeables représentaient 8,1 % des ventes mondiales de BMW, et 8 % au premier trimestre 2026 selon les données fournies par le constructeur. Ce segment a un impact direct sur la moyenne des émissions de CO2 du groupe, donc sur les amendes potentielles si Bruxelles estime que les économies d’émissions affichées lors de l’homologation ne se traduisent pas sur la route.
En d’autres termes, la proposition de Nicolas Peter ne vise pas principalement à améliorer l’expérience de conduite ou à réduire l’empreinte carbone des clients, mais plutôt à protéger les résultats du groupe face à des régulateurs qui examinent de plus en plus ce que les PHEV réalisent réellement sur la route, plutôt que ce qui est indiqué sur une fiche technique.
Pour mettre en place ce système de « sanctions », il est nécessaire de surveiller. Cela implique de contrôler quand le véhicule est rechargé, la durée et la fréquence des recharges. Un tel dispositif nécessiterait une collecte de données supplémentaire, alors que ces voitures collectent déjà des informations sur les trajets, les vitesses, les comportements de conduite et la géolocalisation.
La question de l’accès à ces données, et des conditions entourant cet accès, n’est pas anodine. Plusieurs constructeurs ont été observés vendant les données de leurs clients, parfois sans leur consentement et pour des sommes dérisoires. Ajouter une couche de surveillance liée à la recharge ne fera qu’alourdir un dossier déjà complexe.
Un enjeu fondamental est également en jeu : le rapport de force entre un constructeur et ses clients. L’achat ou la location d’un véhicule implique normalement un droit d’usage. L’idée qu’un constructeur puisse modifier les performances d’un véhicule à distance, en fonction de comportements jugés insuffisants, change radicalement la nature même de ce contrat.
Il convient de noter que cette proposition reste pour l’instant une initiative personnelle de Nicolas Peter et n’a pas été confirmée comme étant une politique officielle du directoire, ni comme une fonctionnalité en cours de développement. Aucune date, aucun modèle ou marché cible n’ont été communiqués par le constructeur.

