Esport à l’école : Les familles se battent pour limiter l’exposition aux écrans ?
En mars, l’Assemblée a voté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Le 20 mai, l’Elysée a annoncé que la France accueillera la Coupe du monde d’e-sport 2026 à Paris du 6 juillet au 23 août 2026.
Les experts s’accordent à dénoncer la nocivité de la surexposition aux écrans, et en mars, l’Assemblée nationale a voté l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de quinze ans. Cependant, la cellule d’investigation de Radio France révèle qu’une stratégie nationale d’esport en milieu scolaire a été adoptée le 8 avril, à l’issue d’une concertation ministérielle.
Des séances d’entraînement et des compétitions de jeux vidéo en ligne seront mises en place dans les écoles à partir de la rentrée 2026. Bien que le ministère relativise la portée de ce dispositif, en indiquant qu’il ne concernera qu’un nombre restreint d’élèves, une pétition a été lancée par le collectif Cose, qui lutte contre les addictions aux écrans, demandant le retrait de ce projet. Ce collectif considère que cela constitue une proposition « en décalage total avec le rôle de l’école ».
Concernant les compétiteurs de haut niveau, le ministère de l’Éducation a déclaré à 20 Minutes que ce n’est pas « une intégration de l’esport aux parcours scolaires de l’ensemble des élèves, mais d’un accompagnement ciblé de jeunes compétiteurs de haut niveau ». Il précise que ce dispositif ne concernerait que quelques dizaines d’élèves.
Il s’agit, selon le ministère, d’adapter leur emploi du temps pour leur permettre de suivre un cursus scolaire complet sans manquer de cours, tout en représentant la France lors des compétitions internationales. Ce serait une généralisation du dispositif Educ Esport, déjà en place dans l’académie de Versailles, qui propose des ateliers en dehors des heures de cours, sur la base du volontariat.
Anne-Lise Ducanda, médecin spécialiste du développement de l’enfant, s’est dite sidérée par cette « décision de stratégie nationale esport » prise sans concertation. Elle a remarqué que de nombreux parents sont dépassés et appellent à l’aide dans ses consultations. Elle évoque le cas d’un enfant de neuf ans qui frappe sa mère la nuit pour obtenir le droit de jouer à nouveau aux jeux vidéo.
Cette professionnelle, qui tient une consultation spécialisée sur l’exposition aux écrans près de Bordeaux, s’interroge sur le message envoyé aux familles qui essaient de limiter le temps de jeu vidéo de leurs enfants. Elle craint que cela ne complique encore « les échanges à l’intérieur de la famille ».
Le docteur Ducanda souligne que les jeux vidéo ne sont pas une activité comme les autres, en rappelant que le modèle économique des entreprises du numérique repose sur la captation d’attention. Elle constate que de nombreux adolescents décrochent scolairement car ils jouent tard dans la nuit. « Les enseignants nous alertent également sur des enfants qui ne se concentrent plus », ajoute-t-elle.
Elle note aussi que cette activité contribue à une sédentarité accrue chez les enfants et adolescents, qui, selon le dernier rapport de l’ANSES, passent en moyenne plus de 4h30 par jour devant les écrans et consacrent moins de 20 minutes par jour à une activité physique non sportive.
Le partenariat entre des entreprises privées et l’État pour ce parcours esport soulève également des interrogations. Bien que la filière semble économiquement prometteuse (le chiffre d’affaires de l’e-sport en France était de 141 millions d’euros en 2023 selon France Info) et que la France compte des entreprises majeures comme Ubisoft, la médecin se demande « combien de jeunes vont réellement vivre du jeu vidéo? ». Elle fait un parallèle avec le football professionnel, qui fait rêver de nombreux enfants mais qui ne mène que peu d’entre eux à une carrière professionnelle.
Dans un rapport sur la gouvernance de l’e-sport daté de mai 2024, le ministère de l’Éducation présente des exemples d’intégration de cours d’esport en Suède et au Danemark. Par ailleurs, l’Élysée a annoncé le mercredi 20 mai que la France sera le pays hôte de la Coupe du monde d’e-sport 2026 à Paris, du 6 juillet au 23 août 2026. Le communiqué précise qu’il s’agira de « la première édition organisée hors d’Arabie saoudite depuis la création du championnat. »

