Walid Tritar, président de la Fitt : « Le All inclusive n’est plus un choix »
Le modèle « all inclusive » est devenu une nécessité commerciale imposée par le marché international, et il n’est plus réellement un choix pour les hôteliers tunisiens. Contrairement à certaines idées répandues, le « all inclusive » n’a jamais pénalisé l’économie tunisienne.

Bien que le « all inclusive » ait longtemps été pointé du doigt comme un frein au tourisme tunisien, il constitue néanmoins un fondement du modèle hôtelier national.
Pour Walid Tritar, président de la Fédération Interprofessionnelle du Tourisme Tunisien (Fitt), cette formule répond principalement aux attentes du marché international et aux réalités économiques du secteur.
Il aborde les idées reçues entourant ce modèle, ses limites, ainsi que les conditions nécessaires pour faire évoluer l’offre touristique tunisienne vers une plus grande qualité et valeur ajoutée.
La Presse—Le « all inclusive » est-il réellement bénéfique pour l’économie tunisienne ?
Il est primordial de replacer les choses dans leur contexte. De nombreuses idées reçues et informations erronées circulent autour du concept de « all inclusive » en Tunisie. La question laisse entendre que cette formule ne serait pas avantageuse pour le tourisme tunisien, partant du principe que le client ne quitte jamais son hôtel et ne consomme rien en dehors du montant déjà versé pour son séjour. Cette vision est, toutefois, réductrice. Pour analyser le « all inclusive » sous l’angle de la gestion hôtelière, il convient de considérer certaines variables clés en matière de gestion.
Premièrement, cette formule est aujourd’hui une nécessité commerciale dictée par le marché international. Nos principaux concurrents, notamment l’Égypte, la Turquie et la Bulgarie, proposent des packages touristiques similaires. Le client européen souhaitant des vacances dans le bassin méditerranéen compare avant tout des offres équivalentes, souvent pour un budget similaire.
La distinction se fait essentiellement sur le transport aérien et sur la compétitivité de l’offre globale. Dans ce contexte, le « all inclusive » n’est plus véritablement un choix pour les hôteliers tunisiens, mais une obligation dictée par le marché. Il convient de rappeler que la Tunisie a très tôt opté pour le tourisme de masse.
Au cours de la période d’essor du tourisme tunisien dans les années 70, les pays méditerranéens faisaient face à une concurrence intense, notamment sur le segment ‘Soleil et plage’, particulièrement avec l’Espagne, la Grèce, le Maroc et la Turquie. Cette orientation n’était pas problématique en soi ; elle avait été choisie comme levier rapide et efficace pour le développement économique et social, avec des retombées visibles en devises et en emplois.
Elle visait à positionner la Tunisie sur la carte du tourisme méditerranéen. Pour un hôtelier, le « all inclusive » peut être résumé ainsi : c’est une garantie de revenus supplémentaires, car le client paie à l’avance une part significative de ses dépenses. Ce modèle permet donc à l’hôtelier de mieux anticiper son chiffre d’affaires et de mieux gérer ses charges directes, contrairement aux autres formules (logement et petit-déjeuner, demi-pension) qui reposent davantage sur des hypothèses de consommation et des dépenses variables du client durant son séjour. Personnellement, au cours de ma carrière, j’ai géré un hôtel fonctionnant en demi-pension.
Cependant, face aux exigences de rentabilité, aux attentes des tour-opérateurs et à l’évolution des demandes de la clientèle, nous avons progressivement adopté le modèle du « all inclusive ». L’objectif principal était économique. En outre, en matière de demi-pension, il est essentiel de se poser une question : si le client quitte son hôtel, lui sera-t-il réellement possible de dépenser son argent dans des lieux attrayants à l’extérieur ?
Dispose-t-on, dans certaines régions touristiques, d’une offre d’animation réelle, de restaurants de qualité proposant des spécialités culinaires variées, d’activités de loisirs ou para-touristiques ? Il est vrai que ces infrastructures sont insuffisamment développées dans plusieurs zones du pays. L’animation touristique hors des établissements reste souvent quasi inexistante. Dans ces conditions, il s’avère difficile d’imposer un modèle basé sur la demi-pension ou le logement et petit-déjeuner.
Il faut également préciser que la destination souffre d’un manque de marques solides en matière de restauration et d’animation, capables de rassurer les voyageurs. Même les plus grands hôtels balnéaires du pays ont finalement opté pour le « all inclusive ». Cela démontre bien qu’il s’agit d’une stratégie réfléchie et non d’un choix improvisé. Il est aussi crucial de rappeler que cette formule favorise le développement de l’économie nationale, notamment en matière d’emploi et de maintien de l’activité touristique.
À l’opposé de certaines idées reçues, le « all inclusive » n’a jamais nui à l’économie tunisienne. Lorsque la Tunisie développera davantage ses infrastructures d’animation, modernisera son offre de loisirs et adaptera certaines lois concernant l’investissement touristique, il sera alors possible d’adopter un regard plus critique sur ce modèle.
Le modèle “all inclusive” nuit-il actuellement à la qualité du tourisme tunisien ?
De nombreuses critiques du « all inclusive » reposent également sur une mécompréhension du concept. Il est essentiel de noter qu’il n’existe pas qu’un seul modèle de « all inclusive » en Tunisie. La qualité varie considérablement d’un établissement à l’autre. Certains hôtels offrent un « all inclusive » très basique, tandis que d’autres « ultra all inclusive » ou « 24h all inclusive » proposent des prestations haut de gamme incluant des restaurants à la carte, des animations variées, des services premium et une expérience client plus raffinée.
Dans certains établissements, les boissons sont servies dans des gobelets jetables, tandis que dans d’autres, tout est pensé pour garantir un service de qualité supérieure. Le problème ne réside pas dans le concept lui-même, mais dans la manière dont il est mis en œuvre. En Tunisie, plusieurs chaînes hôtelières sont reconnues pour l’excellence de leurs prestations et ont prouvé qu’il était tout à fait possible de concilier « all inclusive » et qualité de service.
Plus un hôtel investit dans le confort et la propreté des hébergements, la qualité de la restauration, de l’animation et de l’expérience client, plus son produit devient attractif. L’hôtelier a donc le choix : soit proposer un « all inclusive » à bas coût axé uniquement sur le volume, soit développer un produit qualitatif capable de fidéliser une clientèle plus exigeante et valoriser l’image de la destination tunisienne.
Il est d’ailleurs important de souligner que le « all inclusive » ne se limite pas à la nourriture et aux boissons. C’est un concept global qui englobe l’ensemble de l’expérience touristique : hébergement, restauration, bien-être, loisirs, animation, services et confort. Et cette expérience diffère grandement d’un hôtel à l’autre.
Un dernier message pour clarifier la notion de “all inclusive”…
Il est crucial que le client, et notamment tunisien, lise attentivement le contenu de l’offre qu’il achète. Tous les « all inclusive » ne se valent pas. Avant de réserver, il est essentiel de vérifier précisément ce qui est inclus dans la formule, tels que la qualité de la restauration, les équipements, les activités d’animation, les prestations de la piscine, le confort des chambres ou encore les services annexes proposés par l’hôtel.
L’élément fondamental est donc de bien consulter le descriptif du produit touristique et de comprendre qu’un « all inclusive » peut être très différent d’un établissement à l’autre.

