Cannes 2026 : « Un certain regard » présente « Congo boy » et « Ben’imana »
Le cinéma africain a été peu présent cette année, mais a néanmoins fait l’effet d’une parenthèse dans la section « Un certain regard » avec la projection du long métrage « Ben’Imana » de Marie-Clémentine Dusabejambo et de « Congo Boy » de Rafiki Fariala. « Congo Boy », présenté au Festival de Cannes 2026, suit Robert, un adolescent congolais réfugié vivant à Bangui, en République centrafricaine, qui doit s’occuper seul de ses quatre frères et sœurs après l’emprisonnement de ses parents.
Le cinéma africain, bien que moins représenté cette année par rapport aux précédentes éditions, a néanmoins marqué les esprits dans la section « Un certain regard » avec la projection des longs métrages « Ben’Imana » de Marie-Clémentine Dusabejambo et de « Congo Boy » de Rafiki Fariala, qui se distinguent par des registres différents.
Le second long métrage évoqué transporte le spectateur dans un Rwanda dévasté par le génocide des Tutsis. En 2012, des tribunaux populaires sont établis pour rendre justice et favoriser la réconciliation. Véranda, survivante, est persuadée de l’importance de ces procès. Malgré des pressions, elle organise des discussions entre les victimes et les familles des bourreaux. Cependant, l’annonce de la grossesse inattendue de sa fille la force à confronter ses propres contradictions ainsi que les aspects sombres de son passé.
Lorsque le personnel se mêle profondément aux enjeux politiques et collectifs, l’œuvre devient complexe, engagée et délicate. La réalisatrice crée ici un premier film solide, s’appuyant sur une mémoire collective douloureuse et le passé sanglant de la nation, tout en développant un récit de vie féminine centré sur une mère dont la lutte se situe au bord de l’abîme. En tant que mère protectrice, confrontée à des contradictions profondes, le film trace un parcours difficile voire épuisant.
La force du film repose sur une introspection personnelle qui questionne les valeurs, une éducation perçue comme intouchable, ainsi qu’un savoir-vivre hérité de la terreur et perpétué par les ancêtres. Une fois la survie acquise, est-ce que tout est figé ? Dans « Ben’Imana », le génocide et ses conséquences écrasent la sphère intime et familiale. C’est une œuvre essentielle, signée par la première réalisatrice rwandaise sélectionnée au festival de Cannes, Marie-Clémentine Dusabejambo, qui a déjà réalisé plusieurs courts métrages engagés.
Dans la même section « Un certain regard » du Festival de Cannes 2026, « Congo Boy » de Rafiki Fariala s’impose comme l’une des révélations africaines de cette édition.
Le film allie chronique sociale, quête identitaire et la musique comme outil de résistance. L’élément musical donne une voix à la guerre et au thème délicat de l’exil.
Après son documentaire remarqué « Nous, étudiants ! », présenté à la Berlinale en 2022, Fariala signe ici son premier long métrage de fiction. Inspiré de sa propre expérience, « Congo Boy » suit Robert, un adolescent congolais réfugié vivant à Bangui, en République centrafricaine. Lorsque ses parents sont emprisonnés, il doit s’occuper de ses quatre frères et sœurs tout en poursuivant son rêve de faire de la musique.
Le film se déroule dans une ville marquée par des tensions politiques et la violence des milices. Il donne corps à un climat répressif, filme la pauvreté et ses ravages, mais sans misérabilisme. Le héros, Robert, apparaît comme débrouillard et créatif. Les rues deviennent des scènes musicales où le rap règne en maître.
L’œuvre s’inscrit dans un registre peu fréquent de nos jours, mêlant tragédie africaine et musicalité. C’est également l’histoire d’un exil qui se déroule sur le continent africain, et non en Occident ou en Europe. Le « Congo Boy » ne fuit pas vers l’Europe : il survit dans un autre pays africain, abordant ainsi l’exil d’un point de vue africain, rarement exposé ailleurs.

