Festival de Cannes : Lukas Dhont présente « Coward », film sur la guerre et l’art.
« Coward » narrе la rencontre entre Pierre et Francis, deux soldats belges chargés de remonter le moral des troupes en 1916. Lukas Dhont a été inspiré par une interaction lors d’une réunion politique en Belgique, où un jeune a levé la main en réponse à la question sur le combat pour son pays.
« Coward » (Lâche, en anglais) raconte une rencontre survenue en 1916. Elle met en scène Pierre et Francis, deux soldats chargés de remonter le moral des troupes de l’armée belge en organisant des spectacles alors que la Première Guerre mondiale fait rage.
Contrairement à de nombreux films sur la guerre de 14-18 qui se concentrent sur les batailles, les figures héroïques et la violence, Lukas Dhont explore ici la tendresse, l’intimité, le désir et interroge la définition de la virilité au cœur de l’horreur de la guerre.
« J’ai eu l’idée en découvrant des photos en noir et blanc d’hommes juste derrière le front qui avaient utilisé des caissons de munitions pour créer un podium, et qui montaient dessus en jupes confectionnées avec des sacs de sable », confie Lukas Dhont lors d’une interview sur La Première. « Ils avaient fabriqué des bijoux avec des munitions et réalisaient de petits spectacles devant les autres », ajoute le réalisateur.
Son film « Close » a remporté le Grand prix du jury en 2022, trois ans après avoir obtenu la Caméra d’Or pour son long-métrage « Girl ».
Pour réaliser « Coward », Lukas Dhont a filmé sur les lieux mêmes où des combats ont eu lieu en Flandre : « Je conduis presque chaque semaine dans les champs où ce conflit s’est déroulé. La Première Guerre mondiale fait donc partie de mon présent. Quand nous avons commencé à écrire le scénario, il était clair pour moi que je voulais tourner le film à cet endroit », précise le cinéaste.
Dans ce film, les acteurs incarnant les soldats chantent des morceaux interprétés à l’époque sur le champ de bataille, des chansons « retrouvées dans des journaux de soldats », explique Lukas Dhont. « C’était comme recréer de la vie. Pour moi, le film est un hommage à leur création. Ces paroles sont très mélancoliques, ce sont des paroles d’amour, mais également des paroles très brutales. Cela montre que l’art pouvait aussi parfois être un instrument de la brutalité », constate le réalisateur.
Comment aborder un film sur la Première Guerre mondiale sans tomber dans le documentaire ? Lukas Dhont admet qu’un long travail d’écriture a permis d’établir cet équilibre.
« Je crois que la clé réside dans le fait que nous avons situé le film dans le camp, juste derrière les tranchées, où les soldats doivent attendre avant de partir au combat. Cela permet de les représenter à un moment de leur existence où ils peuvent être autres pendant un instant, où ils peuvent s’occuper en créant ces spectacles », explique-t-il.
Ce choix de lieu, d’après Lukas Dhont, offre aux personnages la possibilité d’exprimer leur intériorité de façon plus émotive. « Nous voulions parler de la guerre, de l’art, de l’amour. Trouver cet équilibre prend effectivement du temps », conclut-il.
Lukas Dhont s’inspire également des récentes élections en Belgique : « Un politicien s’est rendu dans une école où les jeunes pouvaient lui poser des questions. Un jeune a demandé si le service militaire deviendrait à nouveau obligatoire ? Et le politicien a alors posé cette question : si la Belgique est attaquée, êtes-vous prêts à vous battre pour votre pays ? Tous les garçons ont répondu par l’affirmative en levant la main. Le garçon qui posait la question s’est senti obligé de lever la main aussi ».
Et Lukas Dhont de conclure à propos de son long-métrage : « C’est dommage de devoir dire que c’est un film actuel ».

