France

Décès d’Huguette Bouchardeau, ancienne ministre et candidate à la présidentielle.

Huguette Bouchardeau, ancienne ministre et militante féministe, est morte lundi à l’âge de 90 ans, a annoncé jeudi le Parti socialiste. Née le 1er juin 1935 à Saint-Etienne (Loire), elle a été maire du petit village d’Aigues-Vives (Gard) de 1995 à 2001.


Elle a eu une carrière politique ancrée à gauche et marquée par le féminisme. L’ancienne ministre Huguette Bouchardeau, militante féministe et candidate à l’élection présidentielle de 1981, est décédée lundi à l’âge de 90 ans, comme l’a annoncé jeudi le Parti socialiste.

Celle qui plaisantait sur le « petit étonnement qu’ont les hommes à l’égard d’une femme qui réussit » est devenue en 1979 la première femme à diriger une organisation politique en France, le Parti socialiste unifié (PSU), aujourd’hui dissous.

## Militante féministe

Née le 1er juin 1935 à Saint-Etienne (Loire) dans une famille modeste, Huguette Bouchardeau est la seule enfant à avoir poursuivi des études. Elle commence à militer dans le syndicalisme étudiant en 1952, à 17 ans, et est élue secrétaire générale de l’Association générale des étudiants (AGE) de Lettres de Lyon en 1955. Devenue professeure agrégée de philosophie en 1961, elle enseigne au lycée Honoré d’Urfé à Saint-Etienne de 1961 à 1970, puis les sciences de l’éducation à l’Université de Lyon II de 1970 à 1983 où elle devient maîtresse de conférences.

Rapidement, son parcours allie engagement politique et militantisme féministe. Elle fonde l’un des premiers centres d’études féministes universitaires (le CLEF), puis publie son premier livre, *Pas d’histoire, les femmes*, en 1977, qui dénonce l’exclusion des femmes de la vie publique et analyse l’histoire des luttes féministes. Huguette Bouchardeau est également désignée responsable du secteur « femmes » au sein du bureau national du Parti socialiste unifié (PSU) à partir de 1975.

## Accent sur les luttes sociales

Sa carrière nationale prend son envol lorsqu’elle est nommée secrétaire nationale du PSU de 1979 à 1981, devenant ainsi une pionnière en France. Son style attire rapidement l’attention, elle revendique son appartenance à la gauche et met l’accent sur les luttes sociales.

Huguette Bouchardeau se présente à l’élection présidentielle de 1981, mais ne recueille que 1,10 % des suffrages, avant de soutenir François Mitterrand au second tour. Le 22 mars 1983, elle est nommée secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée de l’Environnement et du Cadre de vie (3e gouvernement Pierre Mauroy), portant la loi du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques – connue sous le nom de « loi Bouchardeau ». Elle prend ensuite la tête du ministère de l’Environnement en juillet 1984 (gouvernement Laurent Fabius).

## « Militante, féministe et écologiste »

Après trois années au pouvoir, elle déclare en février 1986 à l’AFP qu’elle reste profondément « militante, féministe et écologiste ». La victoire de la droite aux législatives un mois plus tard entraîne la première cohabitation de la Ve République, éloignant Huguette Bouchardeau et les socialistes du gouvernement. De cette période en tant que professionnelle de la politique, elle tire *Le ministère du possible* (1986) et imagine *Le Déjeuner* (1993) entre un homme politique de notoriété et une star féminine du journalisme.

Députée du Doubs (apparentée PS) entre 1986 et 1993, elle dénonce à plusieurs reprises la « vanité » du métier : « Au lieu de faire la loi, nous nous transformons en + VRP +, en lobbyistes de notre circonscription, et pour conserver notre poste, nous faisons passer l’intérêt local avant l’intérêt national », déplore-t-elle en quittant la vie publique.

## Maire d’un petit village du Gard

« Pendant vingt ans, ma vie fut si intimement liée au développement des actions féministes que je me trouvais, tour à tour, dans tous les statuts, tous les rôles à l’égard des livres qui se publiaient sur ce sujet », écrit-elle avec fierté quelques années plus tard.

Maire du petit village d’Aigues-Vives (Gard) de 1995 à 2001 et directrice de sa propre maison d’édition, Huguette Bouchardeau termine sa vie en se consacrant à l’écriture, une autre passion, publiant plusieurs biographies de grandes femmes de l’histoire comme Simone Weil, Elsa Triolet ou Simone de Beauvoir.