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En carte : Les gazoducs les plus dangereux à travers le monde

Le projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 » vise à relier les réserves de gaz naturel russes du nord de la Sibérie à la Chine. En 2023, TC Energy a annoncé la fin de la construction du gazoduc Coastal GasLink, long de 670 kilomètres.

Autrefois infrastructures industrielles discrètes, les gazoducs ont en moins de trente ans acquis une importance stratégique et sensible dans la géopolitique mondiale. Alors que le président russe Vladimir Poutine était accueilli mercredi à Pékin par son homologue Xi Jinping, il n’a pas pu obtenir la signature de ce dernier sur le projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 », vital pour Moscou. Ce projet vise à connecter les principales réserves de gaz naturel russes situées au nord de la Sibérie à la Chine, offrant ainsi une nouvelle voie pour les hydrocarbures russes, désormais rejetés par l’Europe suite à l’invasion de l’Ukraine. Toutefois, sa mise en œuvre prend du retard. Malgré les déclarations des deux dirigeants affirmant avoir réalisé des « progrès » cette semaine, Vladimir Poutine est rentré à Moscou sans résultats concrets.

De la mer Baltique à l’Asie centrale en passant par les Amériques, notre carte retrace les gazoducs les plus significatifs au monde, qui ont parfois bouleversé la diplomatie internationale.

Nord Stream, ou la rupture entre la Russie et l’Europe

Destinés à relier les réserves sibériennes de la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, les gazoducs Nord Stream 1 et 2 devaient symboliser l’interdépendance économique entre Moscou et les pays de l’Union européenne. Cependant, ces infrastructures ont rapidement pris une connotation politique.

En février 2022, juste avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Berlin a suspendu l’autorisation de Nord Stream 2, alors achevé. Puis, en septembre de la même année, des explosions sous-marines ont partiellement détruit les deux infrastructures. Cet acte de sabotage a marqué la fin de trente ans de diplomatie énergétique entre l’Allemagne et la Russie, entraînant l’Europe dans une recherche d’alternatives énergétiques.

Sabotage déjoué sur le Balkan Stream en Serbie

Le Balkan Stream prolonge TurkStream, qui traverse la mer Noire, en transportant le gaz russe vers la Serbie et la Hongrie. Le 5 avril 2026, des sacs à dos contenant des explosifs ont été découverts à proximité du tracé du gazoduc en Serbie. Le pays est fortement dépendant du gaz russe, qui représente la majorité de ses approvisionnements à un prix bien inférieur au tarif du marché en Europe. Candidat à l’adhésion à l’Union européenne, la Serbie est l’un des rares pays du continent à ne pas avoir instauré de sanctions contre la Russie après son invasion de l’Ukraine.

Les gazoducs Bratstvo et Soyouz et la « guerre du gaz »

Le principal axe de transport de gaz entre la Russie et l’Europe traverse les plaines ukrainiennes grâce aux réseaux soviétiques Bratstvo et Soyouz. L’histoire de ces pipelines est marquée par des crises répétées. En 2006 et 2009, en raison de différends tarifaires et de tensions politiques entre Moscou et Kiev, le géant russe Gazprom a soudainement coupé les approvisionnements. En plein hiver, des millions de foyers dans les Balkans et en Europe centrale se sont retrouvés sans chauffage. Cette « guerre du gaz » a agi comme un catalyseur, menant à des projets soutenus par la Russie, comme Nord Stream au nord et TurkStream au sud, visant à contourner l’Ukraine.

Le Transmed, nouveau poumon de l’Europe post-Ukraine

Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022 et l’arrêt progressif des importations de gaz russe vers l’Europe, le gazoduc Transmed est devenu une bouée de sauvetage stratégique pour les pays européens. Rome a signé des accords majeurs avec Alger pour optimiser son exploitation. L’Algérie est désormais le premier fournisseur de gaz de la péninsule italienne, représentant plus de 30 % de ses besoins. Néanmoins, la gestion du gazoduc est complexe. La Tunisie, qui héberge 370 kilomètres de ce gazoduc, perçoit une redevance équivalente à 5,25 % du volume de gaz transitant.

Dans un contexte de hausse des prix mondiaux, cette taxe sur le transit s’avère essentielle pour les finances publiques de Tunis. Certains dans le pays plaident pour une augmentation des droits de passage, mais Alger s’y oppose. Par ailleurs, l’Algérie et l’Italie espèrent voir aboutir le projet GALSI, un gazoduc qui relierait le littoral algérien à la Sardaigne, en contournant la Tunisie. Bien que ce projet prenne du temps à se concrétiser, sa simple mention sert d’instrument de pression diplomatique dans les négociations entre Alger, Tunis et Rome.

La contestation environnementale et autochtone en Amérique

Si les gazoducs provoquent des conflits territoriaux en Eurasie, le débat en Amérique du Nord est différent et se concentre sur l’urgence climatique et les droits des peuples autochtones. En 2020, au Canada, le chantier du gazoduc Coastal GasLink, situé dans l’ouest du pays, a engendré un vaste conflit social. Des manifestations ont eu lieu pendant plusieurs semaines dans plusieurs régions. Des représentants autochtones de Colombie-Britannique ont bloqué le projet, arguant qu’il traversait leurs terres ancestrales et soulevant des inquiétudes quant aux impacts environnementaux. En 2023, le promoteur TC Energy a annoncé l’arrêt de la construction de ce gazoduc controversé, qui s’étend sur 670 kilomètres.

Aux États-Unis, d’importants projets tels que l’Atlantic Coast Pipeline ont été abandonnés sous la pression juridique et des mouvements écologistes militants.