Patrimoine en lumière : La cage de Sidi Bousaid, œuvre d’art identitaire.
Vers 1850, un artisan tunisien nommé Saïd Samouda aurait donné naissance à la célèbre cage décorative de Sidi Bousaïd, qui est devenue un symbole poétique de Tunisie. Aujourd’hui encore, les cages de Sidi Bousaïd, réalisées principalement en fer forgé ou en métal travaillé à la main, attirent les regards des visiteurs et des amoureux du village.

Vers 1850, dans les ruelles animées de la médina de Tunis, un artisan nommé Saïd Samouda aurait créé un objet qui allait traverser les générations et devenir l’un des symboles les plus poétiques de Tunisie : la célèbre cage décorative de Sidi Bousaïd.
La Presse —À cette époque, les ateliers artisanaux rythmaient la vie de la médina. Les artisans sculptaient le bois, le cuivre et le fer avec une précision issue d’un savoir-faire ancien. Saïd Samouda, passionné par les formes élégantes de l’architecture tunisienne, transforma un simple objet utilitaire en une véritable œuvre d’art décorative.
Au départ, ces cages abritaient principalement des canaris dont le chant animait les matins des maisons tunisiennes. Suspendues dans les patios ou près des fenêtres ouvertes sur les jardins, elles faisaient partie intégrante du quotidien familial. Mais avec le temps, leur beauté délicate attira l’attention des visiteurs, des artistes et des amoureux de Sidi Bousaïd. Peu à peu, la cage dépassa sa fonction initiale pour devenir un symbole de raffinement et de douceur méditerranéens.
Dans les années qui suivirent, les descendants et élèves de Saïd Samouda continuèrent cet artisanat en préservant les couleurs blanc et bleu, devenues l’identité visuelle du village. Chaque cage était réalisée avec soin, parfois durant plusieurs jours, afin de reproduire les détails fins qui font encore aujourd’hui leur charme unique.
Elle se distingue non seulement par son élégance, mais aussi par la finesse de sa fabrication. Principalement réalisée en fer forgé ou en métal travaillé à la main, elle reflète un savoir-faire artisanal transmis de génération en génération. Les artisans façonnent avec précision de minces tiges métalliques pour créer des courbes délicates et des motifs raffinés, avant de les peindre dans le bleu emblématique du village, parfois associé au blanc éclatant des façades.
Sa forme est tout aussi remarquable. La cage adopte souvent une silhouette arrondie ou légèrement allongée, surmontée d’un dôme inspiré de l’architecture orientale et andalouse. Ses barreaux fins et harmonieux lui confèrent une impression de légèreté, tandis que les détails décoratifs — arabesques, motifs floraux ou petits ornements — renforcent son charme poétique. Suspendue aux murs blancs des ruelles de Sidi Bousaïd, elle semble flotter au gré du vent et contribue à l’atmosphère artistique et romantique du village.
La renommée de la cage de Sidi Bousaïd a fini par franchir les frontières tunisiennes. Exportée vers plusieurs pays et admirée par des visiteurs venus du monde entier, elle est devenue l’un des objets artisanaux tunisiens les plus célèbres à l’international. Dans certaines maisons, hôtels ou galeries d’art à l’étranger, ces cages évoquent immédiatement l’élégance méditerranéenne et l’âme des ruelles blanches de Sidi Bousaïd. Elles portent avec elles une image chaleureuse et artistique de la Tunisie.
Ce chef-d’œuvre possède également une forte dimension émotionnelle. Même vide, elle semble conserver la mémoire des chants d’oiseaux, des anciennes maisons tunisiennes et des moments simples partagés en famille. Accrochée à une façade blanche ou suspendue dans une ruelle fleurie, elle offre au village une atmosphère presque intemporelle, comme si chaque cage racontait silencieusement une histoire ancienne.
Aujourd’hui encore, en parcourant les hauteurs de Sidi Bousaïd, le regard s’arrête naturellement sur ces cages délicates qui dansent avec la lumière et le vent marin. Elles sont devenues bien plus qu’un simple objet décoratif : un fragment vivant de la mémoire tunisienne, un hommage au talent des artisans et à la beauté d’un patrimoine que le temps n’a jamais réussi à effacer.
