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L’UE va approuver des centres pour migrants à l’étranger.

L’Union européenne a reporté à ce jeudi des discussions sur une réforme de sa politique migratoire, qui permettrait la création de centres pour migrants en dehors de son territoire. Environ 20 % des décisions de renvoi prises dans l’UE aboutissent réellement, et les partisans d’une ligne migratoire plus ferme considèrent ce chiffre comme l’illustration d’une Europe laxiste.

Des personnes dont la demande d’asile a été rejetée pourraient-elles être transférées vers des centres situés dans des pays tiers, tels que le Rwanda, l’Ouganda ou l’Ouzbékistan ? C’est ce qui est en discussion dans l’hémicycle de l’Union européenne (UE) à Bruxelles ce jeudi matin. En effet, l’UE a repoussé à ce jour des discussions concernant une réforme de sa politique migratoire, permettant la création de centres pour migrants en dehors de son territoire.

Ces « hubs de retour » sont fortement soutenus par plusieurs pays européens, dont le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne, qui ont déjà des plans sur l’emplacement et l’ouverture de ces centres, même sans feu vert de l’Europe. Parmi les options mises en avant figurent le Rwanda, l’Ouganda et l’Ouzbékistan.

Ce concept, proposé par la Commission européenne il y a plus d’un an, s’inscrit dans une série de mesures destinées à accroître significativement le nombre d’expulsions du territoire européen. Les États membres et le Parlement européen ont examiné la proposition avec rapidité et étaient proches d’un accord mercredi soir, mais ont choisi de différer les négociations à ce jeudi matin à cause d’un dernier point de blocage.

L’objectif est de « mieux contrôler »

Cette décision est jugée nécessaire car, actuellement, environ 20 % des décisions de renvoi prises dans l’UE sont effectivement exécutées. Cela est en grande partie dû aux difficultés rencontrées par les États européens pour renvoyer les personnes dans leur pays d’origine. Ce chiffre est utilisé par les partisans d’une politique migratoire plus stricte comme preuve d’une Europe laxiste, incapable de gérer efficacement les flux migratoires.

Face à cette pression, Bruxelles souhaite donc permettre aux États membres d’envoyer des individus dont la demande d’asile a été rejetée vers des centres en dehors de l’UE, ces fameux « hubs de retour ». La proposition comprend également des règles et des sanctions renforcées pour les migrants refusant de quitter l’UE, comme la confiscation de documents d’identité, des détentions et des interdictions d’entrée prolongées. Ces mesures suscitent l’enthousiasme des partis de droite au Parlement et d’une large majorité des États membres.

« Ces nouvelles règles nous permettront de mieux contrôler qui peut entrer dans l’UE, qui peut y rester et qui doit en partir », a défendu le commissaire européen chargé des questions migratoires, Magnus Brunner. En revanche, la gauche et les ONG s’opposent fermement à ces mesures, les considérant contraires au droit international. « Ces propositions risquent de précipiter davantage de personnes dans des situations précaires », a averti Olivia Sundberg Diez, d’Amnesty International, qualifiant ces mesures de « restrictives et draconiennes ».

Une idée qui n’est pas nouvelle

Proposer des hubs pour détenir des migrants avant ou après l’examen de leur demande d’asile n’est pas une idée récente. Elle a été testée par l’Italie en Albanie, sous l’initiative de la Première ministre Giorgia Meloni, mais ce centre est resté largement vide à cause de diverses contestations judiciaires, n’accueillant qu’environ 90 personnes en début d’année. Un accord avait aussi été conclu entre le Royaume-Uni et le Rwanda, mais Londres a rapidement renoncé au projet en raison de problèmes juridiques.

Les pays de l’UE intéressés par ces centres souhaitent donc éviter les mêmes obstacles. Cinq d’entre eux se réunissent régulièrement à Bruxelles pour discuter de différents modèles. Plusieurs sources ont indiqué à l’AFP qu’une liste d’une dizaine de pays potentiellement concernés avait déjà été établie. Un diplomate sous anonymat a déclaré que certains de ces pays avaient déjà été contactés. L’Allemagne, très impliquée sur ce dossier, a exprimé son souhait de conclure de premiers accords « d’ici la fin de l’année ». D’autres pays, tels que la France et l’Espagne, demeurent sceptiques quant à leur efficacité et se tiennent en retrait des discussions.

Parallèlement, l’UE explore d’autres moyens d’expulser des migrants. La semaine dernière, elle a annoncé avoir invité une délégation de responsables talibans à Bruxelles pour discuter du renvoi de migrants en Afghanistan, ce qui a également soulevé des protestations au sein de la gauche et des ONG.