France

Enquête sur Édouard Philippe : détournement de fonds publics et harcèlement moral.

Édouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, est visé par une enquête du Parquet national financier pour des accusations de détournement de fonds publics, harcèlement moral et prise illégale d’intérêt. La plainte de « Judith », directrice générale adjointe de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole de septembre 2020 à avril 2023, a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire après son dépôt en septembre 2023.

Édouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, fait face à une enquête du Parquet national financier alors qu’il se présente pour l’élection présidentielle de 2027.

Il est accusé de détournement de fonds publics, de harcèlement moral et de prise illégale d’intérêt. 20 Minutes examine les détails de la plainte portée contre lui.

Qui est la plaignante ?

La plaignante, surnommée « Judith » (prénom modifié), a été directrice générale adjointe de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole de septembre 2020 à avril 2023. Elle a d’abord déposé une plainte en septembre 2023, ce qui a conduit le PNF à ouvrir une enquête préliminaire et à effectuer des perquisitions en avril 2024. Une deuxième plainte a été déposée en juin 2025 avec constitution de partie civile.

Dans sa plainte, elle déclare avoir été « témoin de pratiques et manœuvres particulièrement graves et manifestement illégales, de la part d’élus de la communauté urbaine », incluant Édouard Philippe. Ses « alertes internes n’ont pas permis de faire stopper les pratiques douteuses et ont été à l’origine de comportement et propos harcelants de la part de sa hiérarchie », soutient-elle.

En janvier 2025, « Judith » a obtenu le statut de lanceuse d’alerte, un statut contesté par Édouard Philippe. Elle avait sollicité ce statut en mars 2023 auprès du défenseur des droits en raison de la « dégradation de ses conditions de travail et du harcèlement moral » qu’elle affirmait avoir subi après avoir lancé ses alertes. Son contrat n’a pas été renouvelé par la suite.

Diplômée de l’ENA en 2004, « Judith » a occupé plusieurs postes de cadre dirigeant dans les secteurs public et privé.

Qu’est-ce que la Cité numérique, au cœur de la plainte ?

La Cité numérique est un tiers-lieu dédié à l’émergence de projets innovants. « Judith » explique que ce dossier lui a été rapidement attribué comme priorité, mais elle a noté dès le début « une opacité dans la gestion de l’association » LH French Tech, chargée de sa gestion. Elle a déclaré avoir reçu des « réponses très vagues sur les dépenses », se voyant reprocher « des velléités d’ingérence ».

À la fin de 2021, après plusieurs relances, elle a finalement reçu des chiffres, découvrant un « très faible niveau d’activité » de la Cité ainsi que des « montants de salaire et charges de personnels exorbitants ».

Qui sont les personnes visées par la plainte ?

La plainte, déposée par Me Jérôme Karsenti au nom de « Judith », cible Édouard Philippe, président de la communauté urbaine, Stéphanie de Bazelaire, adjointe au maire en charge de l’innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine. Elle évoque des faits de harcèlement moral, favoritisme, détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt et concussion.

La plainte demande que la justice examine « si un pacte a été conclu » entre Édouard Philippe et Stéphanie de Bazelaire, qui était sur sa liste lors des élections municipales de 2020 et présidente bénévole de LH French Tech, « caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en échange de la gestion de la Cité numérique ».

Sur quoi portent les soupçons ?

Les soupçons concernent une convention d’objectifs pluriannuelle pour l’animation de la Cité numérique, signée en juillet 2020. LH French Tech a été désignée suite à un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine, dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). L’association, unique candidate, devait percevoir 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour réaliser ses projets.

Selon la plainte, LH French Tech a été fondée en avril 2020 par la colistière d’Édouard Philippe uniquement pour répondre à ce projet. Un rapport d’audit d’EY remis à la communauté urbaine en 2020 indiquait clairement que le choix du SIEG présentait des « risques non négligeables de requalification en marché ou en concession », selon la plainte.

Le tribunal judiciaire du Havre a prononcé la liquidation de LH French Tech en avril 2023, mais selon Me Karsenti, « il ne ressort pas des éléments du dossier que cette liquidation aurait été motivée par autre chose que le risque pénal et pécuniaire encouru, au vu de la chronologie ».

Qu’a décidé la justice ?

Le doyen des juges d’instruction a saisi le PNF le 3 mars dernier, entraînant la clôture de l’enquête préliminaire, ainsi que des réquisitions de ce parquet, le 7 mai, pour qu’un juge d’instruction se charge de l’enquête.

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« Une fois qu’une plainte avec constitution de partie civile est déposée, l’action publique est mise en mouvement et le parquet n’a pas d’autre choix que de solliciter l’ouverture de l’information judiciaire », précise une source judiciaire.