Belgique

Trump, droits de douane : l’Europe durcit l’accord commercial avec Washington.

Chaque année, près de 1700 milliards d’euros d’échange commerciaux traversent l’atlantique entre l’Europe et les Etats-Unis. Le règlement expirera automatiquement le 31 décembre 2029, après le mandat de Donald Trump, sauf décision politique explicite pour le prolonger.


L’enjeu était considérable : chaque année, près de 1700 milliards d’euros de commerce s’échangent entre l’Europe et les États-Unis. Depuis presque un an, les entreprises européennes évoluent dans l’incertitude, ignorant les règles douanières applicables.

Le 27 juillet dernier, sur le terrain de golf de Trump à Turnberry, en Écosse, les deux dirigeants ont annoncé ce que le président américain qualifiait de « plus grand accord jamais conclu ». Le principe était clair : suppression des droits de douane européens sur les produits industriels américains et certains produits agricoles, en contrepartie d’un plafonnement à 15 % des droits de douane américains sur la majorité des exportations européennes.

Beaucoup en Europe ont cependant eu l’impression que la Commission avait trop cédé, sans obtenir de garanties suffisantes face à une administration américaine jugée imprévisible. Pour tenter de remédier à cela, pendant des mois, les États membres et les eurodéputés ont cherché à renforcer le texte avant son entrée en vigueur.

La version finale reflète exclusivement les préoccupations européennes.

Le compromis conclu conserve l’équilibre général de l’accord de Turnberry, tout en y ajoutant plusieurs garde-fous exigés par le Parlement européen.

Les premières concessions obtenues stipulent que les avantages accordés aux produits américains ne seront pas permanents. Le règlement expirera automatiquement le 31 décembre 2029, après le mandat de Donald Trump, sauf décision politique explicite de le prolonger.

De plus, la Commission pourra suspendre l’accord avant fin 2026 si Washington continue d’appliquer des droits de douane supérieurs à 15 % sur certains produits stratégiques, notamment les dérivés de l’acier.

L’Union européenne pourra également rétablir rapidement des droits de douane si les importations américaines déstabilisent brusquement certains secteurs européens.

« Nous avons désormais un filet de sécurité », résume Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen. Selon lui, il était impossible de signer un chèque en blanc dans un contexte où « la politique commerciale américaine reste totalement instable et imprévisible ».

Le député allemand admet néanmoins que le Parlement a dû abaisser certaines de ses ambitions pour obtenir un accord. Citant les Rolling Stones, il note : « You can’t always get what you want… but if you try sometimes, you get what you need ». En d’autres termes, on ne peut pas toujours obtenir ce que l’on veut, mais si on essaie, on finit par obtenir ce dont on a besoin.

Dans l’hémicycle, la droite conservatrice, le PPE, les libéraux et la plupart des sociaux-démocrates semblent s’accorder. En revanche, à gauche et chez les écologistes, l’accord est mal perçu. Le groupe de la Gauche au Parlement européen dénonce « une capitulation politique face aux méthodes de chantage d’un président américain imprévisible ». Même scepticisme de la part de l’eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont : « Que vaut un accord avec cette administration américaine ? », rappelle-t-elle, en soulignant que Trump a déjà menacé à plusieurs reprises d’imposer de nouveaux droits de douane malgré les engagements pris à Turnberry.

Derrière ce compromis, personne ne se fait vraiment d’illusions : les tensions commerciales avec Washington ne vont pas disparaître. D’autres conflits, d’autres ultimatums et de nouvelles menaces tarifaires sont à prévoir.

Pour autant, les partisans de l’accord estiment que l’objectif était ailleurs : éviter une guerre commerciale tout en montrant que l’Europe n’est plus prête à accepter n’importe quelles conditions.

Le message a été entendu par les entreprises. La Fédération des Entreprises de Belgique salue une approche « pragmatique », permettant de redonner un peu de visibilité aux entreprises européennes, tout en rappelant que l’accord demeure « conditionnel et réversible ».

Cette analyse est partagée par Elvire Fabry, directrice du programme « Commerce et Sécurité économique » de l’Institut Jacques Delors. Selon elle, le texte marque une évolution significative. Pour la première fois, la Commission dispose d’outils concrets pour suspendre rapidement l’accord si les États-Unis ne respectent pas leurs engagements. « L’Europe montre qu’elle veut maintenir le dialogue, mais qu’elle est aussi prête à exercer une pression sur Washington si nécessaire », explique-t-elle.

Ce texte ne marque sans doute pas la fin des turbulences commerciales entre Bruxelles et Washington, mais il dessine une ligne européenne plus claire : continuer à commercer avec les États-Unis, oui, mais sans renoncer à ses moyens de pression ni à sa capacité de riposte.