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Guerre au Moyen-Orient : la paix toujours insaisissable 80 jours après

L’armée iranienne a averti ce mardi 19 mai qu’elle « ouvrira de nouveaux fronts » si les États-Unis reprennent leurs attaques contre l’Iran. Plus de 2700 personnes ont été exécutées lors de l’année 2025, le chiffre le plus élevé depuis 1981, soit une hausse de 78% en une année.


L’armée iranienne a déclaré ce mardi 19 mai qu’elle « ouvrira de nouveaux fronts » si les États-Unis reprennent leurs attaques contre l’Iran. Quelques heures plus tôt, Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social avoir suspendu une attaque prévue contre l’Iran afin de favoriser les négociations. Il a ajouté avoir donné ordre à l’armée américaine de rester prête à engager une « attaque à grande échelle ».

Plus tard dans la journée, le président américain a précisé qu’il semblait y avoir « de très grandes chances qu’ils puissent parvenir à quelque chose. Si nous pouvons y arriver sans les bombarder violemment, je serai très content ». Ce n’est pas la première fois que Donald Trump émet des commentaires déconcertants et parfois contradictoires dans le cadre des frappes conjointes menées par les États-Unis et Israël.

L’Iran a envoyé une nouvelle proposition à Washington par l’intermédiaire du Pakistan, qui joue le rôle d’intermédiaire dans les négociations. Selon les médias d’État iraniens, cette proposition viserait à mettre fin aux hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban, à retirer les forces américaines des zones proches de l’Iran et à obtenir des réparations pour les destructions causées par la guerre. Téhéran réclamerait également la levée des sanctions, le déblocage des fonds gelés et la fin du blocus maritime, d’après l’agence de presse de la république islamique IRNA. Reuters indique que cette proposition ressemble à la précédente, qualifiée par Donald Trump de « torchon ».

Depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis le 8 avril, après presque 40 jours de frappes, des négociations sont en cours pour tenter de parvenir à un accord. Cependant, seulement une session de discussions entre des représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, et s’est soldée par un échec. En coulisses, la diplomatie, notamment la médiation du Pakistan, s’efforce d’avancer, mais les positions des deux parties demeurent très éloignées, notamment concernant le contrôle du nucléaire et de la situation dans le détroit d’Ormuz.

« On est dans une impasse militaire », a commenté l’expert français en stratégie militaire, Guillaume Ancel, lors de l’émission Les Clés sur La Première. « Les Iraniens ne peuvent pas imposer l’ouverture du détroit d’Ormuz. Ils savent juste le fermer. Et les Américains ne peuvent pas imposer l’ouverture, mais ils savent très bien fermer le détroit d’Ormuz. Les deux ont bloqué le système en sachant que les conséquences économiques ne sont pas viables à terme. Et par conséquent, il faut qu’ils trouvent une solution. C’est exactement ce qu’ils sont en train de faire. »

Pour Donald Trump, le coût politique est considérable, doublé d’un coût économique, car cela fait monter le prix du pétrole, et son électorat est furieux.

« Et pendant ce temps », poursuit Ancel, « ils font pression sur la négociation en jouant à la guerre. Mais on remarque que d’un côté comme de l’autre, c’est très limité en termes d’opérations militaires. On tire quelques missiles, on poursuit un bateau, une vedette rapide iranienne, mais on ne va surtout pas plus loin, on ne reprend pas la guerre. »

Selon Guillaume Ancel, l’impasse coûte cher aux États-Unis « en termes de déploiement opérationnel », avec 50 000 soldats actuellement présents dans la région. « Et surtout, pour Donald Trump, le coût politique est considérable, doublé d’un coût économique, parce que tout ça, bien sûr, fait monter le prix du pétrole […] et son électorat est furieux. Bien que les Américains ne dépendent pas de l’importation de pétrole de la région du Golfe, comme c’est un marché global, le blocage du détroit d’Ormuz fait monter les prix, y compris aux États-Unis. »

Le prix à payer est également énorme pour l’Iran : le pays est complètement déstabilisé par la campagne de bombardement menée par les États-Unis et Israël, et le régime des gardiens de la révolution est au bord du gouffre. La population, quant à elle, souffre et est soumise à un régime dictatorial.

« Le rapport au temps est très différent entre Washington et Téhéran. Le temps d’une démocratie n’est pas le temps d’une dictature », explique Jonathan Piron, historien et spécialiste du Moyen-Orient.

Les deux parties ont intérêt à conclure rapidement un accord, mais à quelles conditions ? « Il y a un dialogue de sourds, puisque les deux acteurs ne parlent pas le même langage, n’ont pas les mêmes exigences », constate l’historien. « Pour les États-Unis et Trump, il y a l’impératif de la dégradation économique, mais aussi des élections de mi-mandat qui approchent . Ces élections se tiendront en novembre. »

« Pour le régime iranien, qui est une dictature, on n’est pas dans cette même temporalité, puisque le régime défend simplement ses intérêts, et donc sa survie. Et on l’a vu par le passé, il n’hésite pas à utiliser l’arme de la répression. Cette temporalité est différente parce que l’Iran estime avoir des éléments inédits pour contraindre les États-Unis. Et il est prêt à maintenir cette pression, même au détriment de la population, mais pour défendre le système. »

Le régime iranien est effectivement prêt à sacrifier sa population, comme le montre le dernier rapport annuel d’Amnesty International sur la peine de mort. Plus de 2 700 personnes ont été exécutées en 2025, le chiffre le plus élevé depuis 1981, soit une hausse de 78 % en un an. Cette augmentation est principalement due au fait que les autorités iraniennes ont exécuté en 2025 au moins 2 159 personnes, représentant près de 80 % du total mondial, soit deux fois plus que le nombre d’exécutions iraniennes de 2024 (972).

Les Clés : USA – Iran, un accord est-il possible ? Le 18 mai 2026 sur La Première et en podcast sur Auvio.