Festival de Cannes 2026 : Javier Bardem ne pourrait pas figurer au palmarès.
L’Etre aimé de Rodrigo Sorogoyen est présenté en compétition au Festival de Cannes et sortira en salle simultanément. Javier Bardem, qui incarne un réalisateur tyrannique, déclare que le respect est essentiel sur un tournage et qu’il a croisé des réalisateurs toxiques dans sa carrière, mais jamais à ce point-là.
Un grand acteur dans un grand film, c’est un vrai régal, et c’est précisément ce que propose L’Etre aimé, réalisé par Rodrigo Sorogoyen, qui est présenté aujourd’hui en compétition au Festival de Cannes avant sa sortie en salles. Le cinéaste de As Bestas confie à Javier Bardem le rôle d’un réalisateur autoritaire cherchant à renouer avec sa fille actrice trentenaire, interprétée par la brillante Victoria Luengo.
Les relations entre le père autoritaire et la jeune femme, qui a appris à vivre sans lui, ne sont pas simples. Leur conflit familial se manifeste sur le plateau lors d’une scène de tournage. Rodrigo Sorogoyen filme l’acteur de près avec de très gros plans qui mettent en lumière sa performance remarquable. Ce film ne devrait pas être loin des premières places du Palmarès et l’acteur pourrait bien remporter un prix d’interprétation. Javier Bardem, souriant et modeste, a répondu aux questions de 20 Minutes.
En quoi le film vous a-t-il touché ?
Il rend hommage aux professionnels du cinéma et à leur travail, souvent mal compris. Rodrigo a voulu montrer qu’il s’agit d’un métier comme un autre, avec ses difficultés et ses abus de pouvoir. Je ne parle pas de mon personnage, mais de son entourage, qui en souffre. Il est le produit d’une génération de créateurs qui se croyaient tout permis, à qui tout était toléré sous prétexte de leur supposé génie. Je reconnais que des cinéastes comme Stanley Kubrick ou Alfred Hitchcock ont donné de mauvais exemples sur leurs plateaux, mais malgré mon admiration pour leur travail, je considère que leur comportement était inacceptable. Cela ne passerait plus aujourd’hui.
Avez-vous déjà côtoyé des cinéastes de ce genre ?
J’ai rencontré des réalisateurs toxiques dans ma carrière, mais jamais à ce point-là. Je quitterais immédiatement un tournage si j’entendais un cinéaste traiter son équipe de manière aussi irrespectueuse. J’ai mûri au fil des ans et j’ai compris qu’il n’y a aucune raison d’accepter ce genre de comportements souvent liés à la masculinité. Je n’ai jamais vu de réalisatrice adopter une telle conduite.
Quelle est la chose la plus importante sur un tournage ?
Le respect. Je ne crois pas qu’on obtienne le meilleur des gens en leur criant dessus ou en les maltraitant. Un climat harmonieux mène à de meilleurs résultats. En tant qu’acteur, je me sens plus à l’aise pour exprimer mes émotions dans un environnement bienveillant. Lorsqu’on me fait preuve d’empathie, j’ai envie de donner davantage, de m’investir plus. Je suis convaincu que cela s’applique dans toutes les professions.
Est-il vraiment aussi difficile de collaborer, sur un plateau, avec quelqu’un qui vous est proche ?
Si vous faites référence à ma femme, Penélope Cruz, nous avons tourné ensemble à plusieurs reprises sans que cela ne pose le moindre problème. Nous nous connaissons bien et avons un profond respect professionnel l’un pour l’autre. Je pense que notre complicité enrichit nos performances car nous savons précisément ce dont l’autre a besoin pour donner le meilleur de lui-même. La situation est très différente pour le personnage du cinéaste que j’incarne. Il ressent le besoin de rattraper le temps perdu avec sa fille, ce qui le pousse à franchir des limites pour imposer son autorité, comme si elle était encore une enfant.

Vous imaginez-vous être récompensé par le jury samedi soir ?
Je suis déjà heureux que le film soit sélectionné à Cannes. Mon souhait est surtout qu’il parvienne à toucher le plus large public possible. Je ne veux pas me concentrer sur le palmarès, mais j’avoue que j’aimerais que Rodrigo soit récompensé. C’est un grand cinéaste qui n’a pas besoin de maltraiter son entourage pour réaliser de beaux films.

