Youssef Aïdi interpelle le gouvernement sur le pouvoir d’achat.
Youssef Aïdi, président du Groupe socialiste à la Chambre des conseillers, a souligné que l’évaluation d’une loi de Finances ne peut pas se réduire à un exercice de comptabilité macroéconomique. Il a également précisé que la réussite d’un budget public se mesure à la qualité de vie qu’il permet et non aux taux qu’il affiche.
Il existe, dans les marchés populaires marocains, une réalité que nul tableau de bord budgétaire ne peut refléter. C’est cette réalité que Youssef Aïdi, président du Groupe socialiste— Opposition ittihadie à la Chambre des conseillers, a mise en lumière lors de la séance des questions orales sur l’exécution de la loi de Finances 2026.
Mardi 12 mai, face au ministre délégué chargé du Budget, Aïdi a lancé le débat avec une clarté qui contraste avec la rhétorique habituelle des chiffres : évaluer une loi de Finances ne doit pas se limiter à un exercice de comptabilité macroéconomique. Ce qui prime, en fin de compte, c’est l’impact réel des politiques publiques sur la vie quotidienne des Marocains, sur leurs courses matinales, sur leur capacité à traverser le mois.
Le tableau qu’il brosse décrit une société sous pression. Les familles marocaines se heurtent, presque jour après jour, à de nouvelles augmentations : légumes, carburants, produits de consommation courante, autant de dépenses inévitables qui rognent les budgets ménagers et suscitent une inquiétude sociale croissante. Cette tension, indique-t-il, se renforce à l’approche des festivités religieuses, période où les charges s’accumulent et où les choix les plus douloureux se font sentir.
Avec une précision particulière, le parlementaire a examiné la situation du marché des ovins à l’approche de l’Aïd Al-Adha, ce moment de l’année où le succès d’une économie inclusive se mesure à la capacité de chaque foyer à accomplir un rite séculaire. Les chiffres officiels signalent une offre adéquate et des aides aux éleveurs. Pourtant, sur les marchés, les prix demeurent inaccessibles pour une large partie de la population.
Cet écart entre les annonces et la réalité, Youssef Aïdi l’a désigné sans détour : ce n’est pas le fruit du hasard, mais le reflet d’une politique qui se félicite des indicateurs sans tenir compte de ceux qui en subissent les conséquences.
« Une bonne saison agricole ne fait pas le récit de la réussite si les citoyens n’en ressentent pas les effets », a déclaré en substance le chef de file du Groupe socialiste. Des prévisions de croissance prometteuses, un taux d’exécution budgétaire satisfaisant, tout cela est vrai, mais cela reste insuffisant si cette dynamique ne se traduit pas par des emplois stables, des services publics de qualité et des perspectives concrètes pour la jeunesse.
C’est précisément ce contraste que met en avant Aïdi : la faiblesse de l’impact social des dépenses publiques, dans un contexte où le chômage demeure structurellement élevé et où plusieurs programmes de développement territorial peinent à produire des effets tangibles sur les territoires les plus vulnérables.
Le parlementaire a également mentionné le retard pris dans le traitement de dossiers cruciaux touchant à l’éducation et à la santé, deux piliers dont l’état conditionne, plus que tout autre indicateur, la confiance ou la méfiance des citoyens envers leurs institutions. Il a notamment soulevé la question des avancements professionnels, bloqués depuis plusieurs années pour de nombreux agents de la fonction publique, sans qu’aucune perspective claire de résolution ne soit apportée.
Youssef Aïdi a aussi voulu rappeler une évidence que le vocabulaire technocratique tend parfois à occulter : la réussite d’un budget public se mesure, en définitive, à la qualité de vie qu’il permet. Non pas aux taux qu’il présente, mais aux vies qu’il améliore. Non pas aux colonnes qu’il équilibre, mais aux attentes qu’il satisfait.
C’est à cet impératif de résultats concrets — et non de performances abstraites — que le gouvernement est désormais appelé à répondre.

