Belgique

« Fifa Ricotta témoigne au procès Falzone, la miraculeuse rescapée »

Fifa Ricotta se présente à la Cour, munie d’une béquille et explique qu’elle a subi plusieurs interventions chirurgicales et qu’elle ressent des douleurs persistantes aux jambes quatre ans après les faits. Antonino Falzone, le passager, s’adresse à elle et lui exprime ses excuses pour ne pas être resté à ses côtés après l’accident, mais elle lui répond que ce pardon lui est impossible.


Fifa Ricotta se présente devant le tribunal avec une béquille. Cheveux gris et veste jaune canari, elle affiche un sourire étonnant malgré la gravité des événements. « Je suis la dame », déclare-t-elle, ajoutant : « Mais je m’appelle Crocefissa Ricotta. » Effectivement, les accusés ne prononcent jamais son nom, se référant à elle comme « la dame qui était sur la console centrale ».

Dans son témoignage, elle décrit en détail toutes les opérations chirurgicales endurées après son accident, puis se concentre sur les répercussions sur sa vie actuelle. Quatre ans après les faits, elle souffre de douleurs persistantes aux jambes et a dû faire installer un monte-escalier pour accéder à l’étage de sa maison, n’étant plus capable de monter des marches. « Ça, c’est mon parcours médical ; mais mon parcours de vie, c’est autre chose. Avec cet accident, j’ai tout perdu. J’ai travaillé pendant presque 35 ans dans la location de costumes de gilles ; je voyais des gens, c’était amusant, des liens se créaient, c’étaient des amis. J’ai tout perdu. Maintenant, je me retrouve à la maison à faire des mots croisés. Je n’ai plus aucune convivialité avec personne. »

Elle poursuit en mentionnant que, malheureusement, « c’est grâce à M. Imperiale que je suis ici, devant vous. »

Fifa Ricotta est entourée durant son témoignage par une conseillère de l’aide aux victimes. Elle déclare : « Cette étiquette d’handicapée, je ne la veux pas, je ne l’accepte pas. » Elle parle de sa dépendance aux autres pour se déplacer, se souciant même d’impacter la vie de sa sœur qui l’aide souvent. « Je ne peux pas non plus lui gâcher la vie […] Parfois, je me demande ce que je fais sur cette terre […] Finalement, j’aurais pu finir comme les autres. »

Elle partage également son agacement face aux regards des autres sur ses cicatrices. Elle ressent une pression sous-jacente lorsque des personnes lui demandent : « Tu n’as eu que ça comme blessure ? » Fifa rétorque avec émotion : « Je n’ai pas demandé ça […] je n’ai pas demandé ça ! » Néanmoins, elle fait rire l’audience avec sa bonne humeur en évoquant ses compétences en couture. « Je connaissais toutes les tailles de gilles par cœur. Il n’était pas question qu’ils dépassent les trois chiffres », plaisante-t-elle. La présidente du tribunal renchérira, demandant : « Vous faisiez Weight Watchers ? » et elle répond : « Oui, et les femmes me remerciaient ! »

Son ton change lorsqu’elle se souvient de Salvatore Imperiale, l’autre victime qui a traversé le pare-brise avant elle. « Moi, ce que je voudrais », hésite-t-elle, « c’est dur à dire, mais c’est grâce à monsieur Imperiale, qui était beaucoup plus grand que moi, que je suis ici devant vous. Je ne me rappelle de rien, mais avec les vidéos, j’ai compris qu’il m’a amortie. Je suis triste de ça. Moi, j’ai mes séquelles. Mais lui, il n’est plus là. » Ce témoignage marquera la reconnaissance de la famille Imperiale par la voix de leur avocat, Me Gelay.

Fifa conclut son témoignage en remerciant le service d’aide aux victimes pour leur soutien tout au long du procès. « Elles sont spéciales, elles voient les gens qui sont énervés, qui ont envie de réagir, mais elles viennent nous apaiser parce qu’on ne peut pas intervenir. »

Le respect qui émane de Fifa impressionne son avocat, Me Mayence, qui la décrit comme « une femme admirable ». Il souligne l’importance de reconnaître la souffrance des victimes et la manière dont elles parviennent encore à s’adresser à celui qui a détruit leur vie. « Elle a expliqué très clairement qu’elle était en prison, enfermée dans son corps, alors que lui pouvait continuer à vivre. Quand il (Antonino Falzone) se lève pour lui présenter un pardon qui paraît peu sincère, elle lui répond qu’elle ne peut pas pardonner une chose qu’il ne regrette pas vraiment. »

Cet après-midi, des témoignages de la famille de Frédéric D’Andrea, un autre gille, s’annoncent tout aussi poignants.