Visite de Trump en Chine : quêtete-t-il du gallium à Pékin ?
Le sujet des terres rares, et en particulier le gallium, sera abordé lors de la visite de Donald Trump en Chine de ce mercredi à vendredi. En décembre 2024, la Chine avait restreint les exportations de plusieurs métaux rares vers les États-Unis, dont le gallium, mais aussi le germanium, ou l’antimoine, en plein bras de fer tarifaire.
Le programme des discussions lors de la visite de Donald Trump en Chine, qui se déroulera de mercredi à vendredi, s’annonce chargé. La question des terres rares, notamment celle du gallium, sera sans aucun doute l’un des principaux sujets abordés entre le président américain et le dirigeant chinois Xi Jinping.
La Chine, qui détient la majorité des réserves mondiales de terres rares, domine non seulement l’extraction des minerais, mais a également établi un quasi-monopole sur le raffinage. Elle exerce ainsi un contrôle essentiel sur certains métaux stratégiques, comme le gallium, qui est utilisé dans les semi-conducteurs et figure dans la plupart des missiles et des bombes guidées.
Les Américains ont manifestement consommé une grande quantité de munitions durant leur campagne aérienne contre l’Iran, ce qui pourrait considérablement augmenter leur besoin en gallium pour reconstituer leurs stocks. « En quarante jours, près de 19.000 sorties et environ 24.000 frappes » ont été réalisées par les États-Unis et Israël sur l’Iran, souligne l’Ifri (Institut français des relations internationales) dans une étude récente sur la campagne Roaring Lion/Epic Fury.
D’après les données du Royal United Services Institute (Rusi), plus de 5.000 munitions de différents types ont été tirées durant les quatre premiers jours de guerre, puis 11.000 au bout de seize jours. « Du côté américain, pendant les quinze premiers jours, 46 % des missiles ATACMS et PrSM avaient été tirés [il en restait alors 380] tandis que 32 % des bombes GBU-57 Massive Ordnance Penetrator avaient été larguées [il en restait 17] », note l’Ifri dans son rapport.
« Un total de 850 Tomahawks a été tiré en quatre semaines de campagne aérienne, représentant un quart de l’inventaire total des États-Unis, indique l’étude. La production annuelle est de 600 missiles de croisière [le fabricant, Raytheon, a récemment conclu un accord avec le département de la Défense pour augmenter cette production à un millier de missiles par an] ». Cette situation pourrait laisser l’Amérique « démunie face à certains scénarios de crise ailleurs dans le monde », alerte l’Ifri, en particulier en cas d’invasion de Taïwan par la Chine.
Donald Trump devra-t-il donc solliciter davantage de gallium auprès de la Chine ? « Les Américains ont un enjeu majeur devant eux concernant leur capacité à accroître considérablement leur production de munitions en tout genre, particulièrement celle des missiles », souligne Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux et chercheur associé à l’Ifri. Ainsi, « les Américains, tout comme les Européens, dépendent du gallium chinois et, dans l’éventualité d’un conflit majeur, cela constituerait un énorme problème pour les États-Unis. »
Pékin est conscient de cette dynamique et pourrait utiliser les terres rares lors des négociations avec les deux dirigeants pour inciter Donald Trump à « alléger des droits de douane ou geler certains contrôles à l’exportation », écrit Ting Lu, économiste chez Nomura. En décembre 2024, la Chine avait restreint les exportations de plusieurs métaux rares vers les États-Unis, dont le gallium, le germanium et l’antimoine, dans le cadre d’un conflit tarifaire. Ces restrictions ont été levées en novembre dernier, alors que les relations entre les deux pays s’apaisaient.
Cependant, Stéphane Audrand modère son analyse. « D’une part, bien qu’il y ait eu une consommation significative de munitions par les États-Unis durant la campagne iranienne, l’état de leurs stocks demeure incertain, et il convient de se méfier des discours alarmistes qui circulent sur Internet, fréquemment énoncés par des démocrates cherchant à assombrir le tableau. De plus, les Américains font face à des défis industriels majeurs dans leur appareil de défense, tant en matière navale qu’aérienne, avec les coûts du F-35, sans rapport avec la Chine. Tout ne s’explique pas par la non-production de terres rares. Peut-être que l’administration Trump a même un intérêt à exagérer la question du gallium pour concentrer l’attention sur la Chine. »
Enfin, l’expert souligne que « bien que la Chine ait mis en place des politiques de contrôle sur ses exportations, elle ne peut pas non plus cesser du jour au lendemain de vendre du gallium aux États-Unis ou au reste du monde, alors qu’elle se trouve en position d’oligopole, d’autant plus que le gallium est un métal utilisé tant pour des applications militaires que civiles. Cela pourrait bloquer toute la machine économique mondiale, déjà touchée par le blocage du détroit d’Ormuz. »
La domination de la puissance asiatique dans le secteur des terres rares confère au président chinois un atout précieux pour obtenir des concessions de la part de Donald Trump, en attendant que les États-Unis reprennent l’exploitation et le raffinage du gallium. « C’est un métal coûteux à produire, ayant un impact environnemental considérable, et nécessitant des usines de raffinage difficiles à mettre en place, rappelle Stéphane Audrand. Des projets existent, aux États-Unis comme en Europe, mais récupérer une capacité de production autonome prendra entre 15 et 20 ans. »

