Eurovision : quels sont les coûts et bénéfices réels pour le pays hôte ?
Plus de 170 millions de téléspectateurs suivent le concours à la télévision ou en ligne. Selon une étude citée par l’historien et spécialiste de l’Eurovision, Liverpool aurait généré plus de 60 millions d’euros de retombées économiques pour l’édition 2023 du Concours.
Plus de 170 millions de téléspectateurs regardent le concours à la télévision ou en ligne. Sur les réseaux sociaux, les contenus génèrent des milliards de vues. À ce niveau, il ne s’agit pas simplement d’un concours de chanson, mais d’un méga événement international, comparable à une grande compétition sportive ou à une Exposition universelle. Organiser un tel événement a un coût élevé.
La dépense est comprise entre 20 et 30 millions d’euros par édition. Turin a investi 22 millions en 2022, Liverpool 28 millions en 2023, et Malmö autant en 2024. L’année dernière, Bâle a dépassé ces montants en mettant sur la table un budget de 40 millions. Pour cette édition, Vienne, avec des finances déficitaires, a déboursé un peu plus de 22 millions grâce à ses infrastructures existantes.
Qui paie la facture de l’organisation du Concours Eurovision de la chanson ?
La prise en charge des coûts est assurée par un ensemble de contributeurs publics et privés :
- Tout d’abord, les pays participants. Chaque diffuseur national verse une contribution à l’Union européenne de radiotélévision, l’UER. Cette contribution dépend de la taille du marché audiovisuel : les petits pays s’acquittent d’environ 100.000 euros, tandis que les plus grands versent plus de 500.000 euros. Au total, ce montant représente près de 6 millions d’euros.
- Ensuite, le diffuseur hôte. La chaîne publique qui organise l’événement — comme la BBC à Liverpool ou la SSR en Suisse — prend généralement en charge la plus grosse part, souvent entre 10 et 20 millions d’euros. Elle est responsable de la production télévisuelle : réalisation, techniques, captation, retransmission.
- Troisième financeur : la ville hôte. Elle investit plusieurs millions pour les infrastructures d’accueil, les fan-zones, la logistique urbaine, les transports, et souvent une partie de la sécurité.
- Quatrième niveau : l’État ou la région. Il y a souvent une garantie publique complémentaire, surtout si le budget dépasse les prévisions ou si des investissements supplémentaires s’avèrent nécessaires.
- Enfin, les sponsors sont omniprésents : plateformes numériques, banques, entreprises du tourisme ou des réseaux sociaux. Les billets peuvent se vendre à plusieurs centaines d’euros. Les votes du public représentent également une source de revenus : chaque SMS ou appel contribue au financement du concours.
Une vitrine internationale qui rapporte gros
Cette dynamique économique explique pourquoi l’Eurovision a pris de l’ampleur depuis les années 1990. Dean Vuletic, historien et spécialiste de l’Eurovision, évoque une transformation en « méga événement« . Grâce à l’essor du sponsoring, du merchandising et du télévote, l’UER a construit une véritable industrie du divertissement.
Vuletic souligne un point essentiel : « Le gros avantage n’est pas financier« , mais il s’agit de la vitrine internationale que représente la ville hôte.
Durant plusieurs jours, une ville devient une vitrine mondiale, mettant en avant ses infrastructures, sa culture, son ambiance. Pour les pays organisateurs, l’enjeu principal réside souvent davantage dans l’image que dans le profit immédiat.
En 2015, par exemple, la victoire de Conchita Wurst a permis à l’Autriche de se repositionner comme un pays moderne et diversifié, au-delà de son image traditionnelle.
Pour autant, le risque financier existe pour le pays organisateur
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Eurovision n’est pas un gouffre financier.
Selon une étude citée par l’historien et spécialiste de l’Eurovision, Liverpool aurait enregistré plus de 60 millions d’euros de retombées économiques lors de l’édition 2023 du Concours. Hôtels, restaurants, transports, bars, locations Airbnb : pendant une semaine, l’économie locale est en plein essor.
Le constat est similaire à Turin : les autorités italiennes estiment que l’événement a généré jusqu’à 100 millions d’euros d’impact économique et médiatique.
Cependant, certains pays ont choisi de ne pas participer ou d’organiser l’événement en raison de contraintes budgétaires. Dean Vuletic rappelle que l’Irlande, victorieuse à plusieurs reprises dans les années 1990, a souffert des coûts d’organisation, au point que des plaisanteries évoquent le fait que certains pays enverraient délibérément de mauvaises chansons pour éviter de gagner… et donc de devoir payer l’édition suivante.
D’autres pays renoncent à participer pour des raisons financières : en 2024, la Bulgarie, le Monténégro et la Macédoine du Nord ont pris cette décision. Cependant, chaque année, un refrain revient souvent : « Money, money, money« .

