Les infections à l’hantavirus ne sont pas causées par le vaccin Pfizer Covid.
Depuis le mois d’avril, l’histoire des passagers du Hondius s’est invitée dans l’actualité en raison du décès d’un Néerlandais à bord et de la découverte de plusieurs cas d’hantavirus parmi les participants à la croisière partie d’Argentine. Une liste publiée par Pfizer à la demande de la FDA en 2021 mentionne « l’infection pulmonaire à hantavirus » dans un rapport daté du 30 avril 2021, identifié comme « confidentiel ».
Depuis avril, l’histoire des passagers du Hondius fait la une de l’actualité. Suite au décès d’un Néerlandais à bord et à la découverte de plusieurs cas d’hantavirus parmi les personnes participant à la croisière en Argentine, le virus, transmis par les rongeurs et sa souche « Andes », suscite une attention particulière.
Le 8 mai 2026, une utilisatrice d’Instagram a diffusé une vidéo où elle se filme, accompagnée d’un texte en anglais : « The Hantavirus is listed as a Pfizer c-vid shot side effect in their own documents », traduit en français par « Le hantavirus est répertorié comme effet secondaire du vaccin Pfizer contre la Covid-19 dans leurs propres documents ». Dans cette vidéo, en quelques secondes, apparaît la page 38 d’un document où le mot « hantavirus » est entouré de rouge. Cette vidéo a été visionnée plus de 2,8 millions de fois.
Une autre publication Instagram reprend diverses théories sur la résurgence récente de l’hantavirus. Cette vidéo, vue plus de 40 millions de fois, montre également le visuel et la mention « hantavirus » après une recherche Google sur les effets secondaires du vaccin Covid de Pfizer.
Sur le réseau social X, une utilisatrice a partagé cette vidéo avec une capture d’écran similaire, ajoutant en français : « Et c’est là qu’on apprend que l’infection pulmonaire Hantavirus apparaît dans le document Pfizer 5.3.6 sur les effets secondaires des vaccins Covid ???? ????. On nous prendrait pas pour des cons ? ». Cette publication a atteint plus de 58.000 vues.
Nous avons retrouvé le document évoquant l’infection pulmonaire à hantavirus, accessible en ligne. Il s’agit d’un rapport de Pfizer destiné à la FDA, datant du 30 avril 2021, à l’époque identifié comme « confidentiel ». La mention de l’hantavirus se trouve à la page 33 du PDF, dans une annexe de neuf pages intitulée : « Liste des effets indésirables présentant un intérêt particulier ». Cette partie recense, à la demande de la FDA, les signalements d’événements indésirables survenus après le lancement des campagnes de vaccination anti-Covid-19 dans environ soixante pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Selon le rapport, « jusqu’au 28 février 2021, 42.086 signalements ont été enregistrés », principalement relatifs à des maux de tête, de la fièvre ou une fatigue générale.
La méthodologie du document précise en page 5 que ces données proviennent de signalements d’événements indésirables « indépendamment de l’évaluation de la causalité » avec le vaccin. Cela implique que ces signalements ne sont pas nécessairement liés à l’injection, étant potentiellement dus à des maladies sous-jacentes ou à d’autres facteurs tels que des antécédents médicaux ou la prise d’autres médicaments.
Jean-Michel Dogné, professeur et directeur du département de pharmacie à l’Université de Namur, ainsi qu’expert auprès de l’Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé en Belgique, explique que le document en question n’est pas une liste d’effets indésirables prouvés du vaccin, mais une annexe réglementaire contenant des événements médicaux d’intérêt particulier surveillés durant le développement et le suivi post-autorisation.
Concernant l’hantavirus, l’expert précise que sa mention dans le document correspond à une catégorie d’événement médical enregistré dans le cadre d’une surveillance, sans lien nécessaire avec la vaccination. Il souligne également que la liste des événements médicaux, bien qu’ample, ne démontre pas une causalité. Ce type de document est utilisé pour élargir la surveillance de sécurité et ne doit pas être interprété comme une liste d’effets indésirables confirmés.
Le virologue Steven Van Gucht confirme que cette liste de signalements peut inclure toutes les affections médicales survenues durant l’étude du vaccin, sans prouver qu’elles sont causées par celui-ci. Ces remontées peuvent aussi être dues à des maladies sous-jacentes ou à d’autres facteurs.
Le professeur Van Gucht ajoute qu’une infection par le hantavirus est généralement causée par une exposition à des rongeurs infectés. « Un vaccin ne peut pas ‘provoquer’ une infection à hantavirus à moins que le virus ne soit présent dans le vaccin, ce qui n’est pas le cas », insiste-t-il. Il rappelle que la présence d’une infection parmi la liste des maladies à signaler ne signifie pas qu’il s’agit d’un effet secondaire du vaccin. De même, le professeur Jean-Michel Dogné note qu’il n’existe pas de preuve démontrant que l’hantavirus soit un effet du vaccin Comirnaty/BNT162b2. Les données de pharmacovigilance européenne sur les effets secondaires des vaccins Covid-19, analysées par des experts de pharmacologie, ne mentionnent pas l’hantavirus.
L’EMA met également en garde contre les « fausses informations circulant en ligne », en précisant que cette liste d’événements médicaux a déjà été mal interprétée par le passé. En mars 2022, certaines publications affirmaient qu’un « rapport » de Pfizer mentionnait de « centaines » d’effets secondaires. Ces allégations avaient été invalidées par une vérification d’AFP Factuel, qui soulignait qu’il ne s’agissait pas d’effets indésirables du vaccin, mais d’une précaution standard lors de la commercialisation d’un nouveau vaccin. Depuis les récentes découvertes de cas d’hantavirus sur un bateau de croisière, des théories infondées ou conspirationnistes similaires à celles de l’épidémie de Covid-19 émergent à nouveau sur les réseaux sociaux.

