Perpignan : Au lycée Arago, chasse aux « tenues inappropriées »
La direction du lycée Arago de Perpignan a envoyé un mail aux parents sur Pronote début mai, indiquant que « tout élève se présentant au lycée avec une tenue inappropriée ne sera pas autorisé à accéder à l’établissement ». Le message ciblait notamment les « dos nus », les « crop tops », les « shorts excessivement courts » et les « tongs », entraînant des réactions diverses parmi les élèves.

À Perpignan,
Le perron d’un lycée est rarement aussi animé. Les élèves y partagent les hauts et les bas de l’adolescence, la dernière querelle avec les parents, le premier chagrin d’amour ou encore un contrôle surprise en mathématiques. Cependant, des discussions plus sérieuses s’imposent devant le lycée Arago de Perpignan : des journalistes y effectuent des interviews.
« Vous êtes le troisième en une semaine », remarque Laura*, qui à seulement 15 ans s’est déjà habituée à cet exercice et devine rapidement le sujet de notre entretien. Début mai, à l’approche de la rentrée scolaire, la direction du lycée a adressé un mail aux parents via Pronote : « Tout élève se présentant au lycée avec une tenue inappropriée ne sera pas autorisé à accéder à l’établissement ».
« Toujours nous, les femmes, qui sommes ciblées »
Le message mentionne spécifiquement les « dos nus », les « crop tops », les « shorts excessivement courts » et les « tongs », visant pratiquement uniquement des tenues féminines, ce qui a suscité une controverse. « C’est toujours nous qui sommes ciblés », déplore Laura, qui ne comprend pas réellement la logique : « Pour les tenues strictes, il y a normalement Bon Secours », l’un des lycées privés catholiques de la ville. « Dans le public, on ne devrait pas imposer ce genre de choses. »
Une de ses camarades de Terminale dénonce un double discours. « Il y a un espace Simone Veil juste à l’entrée du lycée, les professeurs nous encouragent à regarder Persepolis (rediffusé cette année le 7 mars sur France 4 à cause de la guerre en Iran), et en même temps, on veut contrôler nos shorts », s’indigne-t-elle.
Des choix arbitraires ?
« C’est vrai qu’en tant que garçon, on se sent peu concerné », admet Mathis*, en voyant la liste des vêtements évoquée dans le mail. Il n’a jamais pensé à se rendre au lycée en tongs, moins par souci de décence que par crainte d’un faux pas de mode devant ses camarades.
« Si le choix des exemples cités a pu susciter des interprétations divergentes, la direction de l’établissement précise que la mesure s’inscrit dans une approche universelle et non stéréotypée ni genrée », a déclaré l’académie de Montpellier.
Le terme de « tenue appropriée » fait également débat devant le lycée en raison de sa définition vague. Selon Laura : « Heureusement ! Ils ne vont pas mesurer précisément la taille de nos vêtements ou fixer une limite de centimètres ! » D’autres estiment que « cela laisse libre cours à l’interprétation et à encore plus d’arbitraire. »
Des tenues « pas propices à la concentration »
Certaines pensent que l’agitation est exagérée. « C’est normal d’avoir une tenue correcte pour aller en cours », confie une lycéenne, qui considère que le mail problématique n’était pas vraiment nécessaire : « On n’est pas le lycée le plus libertin de France. La plupart des tenues sont normales, regardez autour de vous. Quelque chose vous choque ? »
Une mère de famille, venue déjeuner avec son fils, plaide même en faveur du lycée : « Ils seront bientôt adultes et sur le marché du travail. On ne montre pas son nombril à la banque. » Elle reconnaît cependant que certaines formulations sont « assez regrettables ».
Le mail en question précisait que « certaines tenues ne sont pas propices à la concentration ni à l’engagement dans le travail scolaire ». Sarah*, en Première, considère que : « les garçons n’ont pas besoin de nous pour être déconcentrés en cours. Et puis ils regardent tous du porno, un dos nu ne va pas les choquer. »
« Arago, touche pas à nos »go », éduque tes gadjos ! »
Un collectif a apposé un collage féministe devant le lycée : « Arago, touche pas à nos »go », éduque tes gadjos ! » (terme désignant les hommes non issus de la communauté en langage gitan, et devenu un mot d’argot perpignanais pour désigner un garçon), qui a été enlevé en quelques minutes.
De passage à Perpignan, Leslie, 35 ans et ancienne élève d’Arago, se remémore ses années de lycée : « À l’époque, on portait des jeans taille basse et des strings bien visibles. Les garçons avaient le pantalon sur les genoux ! Et personne ne disait rien. Ce retour à la pudeur, c’est inquiétant… »
Simple logique pour certains, retour au Moyen Âge pour d’autres, le mail continue d’alimenter les discussions dans la cour. Toutefois, la menace d’exclusion n’est pas très prise au sérieux. « Vu la polémique suscité par ce mail, imaginez s’ils expulsent une élève pour sa tenue. Cela deviendrait une affaire nationale », confie Laura, qui n’a pas envie d’une dixième ou vingtième interview journalistique : « Alors vive les crocs tops ! »
*Les prénoms ont été modifiés.

