Contamination au cadmium en France : l’Assemblée ne s’accorde pas.
La contamination de la population française au cadmium a été alertée en juin 2025 par les médecins libéraux et l’Association Santé Environnement France (ASEF). La proposition de loi proposée par Benoît Biteau et Clémentine Autain vise à réduire la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 milligrammes par kilo en 2027, puis à 20 mg/kg en 2030.
La contamination généralisée de la population française par le cadmium, un métal lourd surtout présent dans les engrais, constitue-t-elle une priorité pour les parlementaires français ? Des doutes subsistent. L’alerte concernant ce métal toxique, omniprésent dans notre environnement, a été émise en juin 2025 par les médecins libéraux et l’Association Santé Environnement France (ASEF).
Cette alerte a été corroborée en mars dernier par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a signalé une « surexposition » des Français à ce carcinogène avéré, soupçonné de favoriser certains cancers, dont celui du pancréas. Le cadmium, contenu dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture conventionnelle, contamine les sols et, par conséquent, les végétaux consommés par la population. Il est principalement retrouvé dans les pommes de terre et les produits céréaliers. Les enfants, en particulier ceux de moins de trois ans, sont les plus exposés, affichant des taux de cadmium trois à quatre fois supérieurs à ceux de nombreux autres pays européens.
À l’Assemblée nationale, une proposition de loi, présentée par les députés écologistes et socialistes Benoît Biteau et Clémentine Autain, vise à réduire la présence de cadmium dans l’alimentation française. Cependant, en avril, lors du vote des présidents des groupes parlementaires pour établir l’agenda de la semaine transpartisane, cette proposition a obtenu le plus faible nombre de voix. Les groupes Démocrates, Horizons et UDR se sont abstenus, tandis que les groupes Rassemblement national et Droite républicaine ont voté contre. Reléguée en septième et dernière position de l’ordre du jour, l’examen de cette proposition de loi est peu probable avant la fin de la session en cours. Benoît Biteau exprime ses doutes en affirmant qu’il y a peu de chances que le texte soit débattu avant mercredi soir. Néanmoins, il conserve l’espoir qu’un examen entamé mercredi à 23h30 pourrait le ramener au premier plan pour la prochaine session.
Le scénario le plus probable envisage un examen de cette proposition de loi lors de la prochaine semaine transpartisane en juin. Les présidents des groupes parlementaires se réuniront ce mardi pour voter sur l’agenda des textes, et Benoît Biteau se montre optimiste, perçoit un « frémissement » et une « inflexion » favorables à son texte, grâce à « une importante exposition médiatique ».
Actuellement, la proposition bénéficie du soutien de plus de cent députés, dont « Sandrine Le Feur, présidente (Ensemble) de la commission développement durable et aménagement du territoire, et Vincent Thiébaut (Horizons), très impliqué avec la Fédération Grandir Sans Cancer ». « Je devrais également obtenir la signature de la députée et ancienne ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq, qui hésite encore », mentionne Benoît Biteau, espérant que son texte « se retrouve en haut sur la liste » des priorités à discuter en juin.
La proposition de loi, destinée à « réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation », vise à diminuer la teneur maximale de cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 milligrammes par kilo d’ici 2027 et à 20 mg/kg en 2030. Actuellement, cette limite est de 90 mg/kg, contre 60 mg/kg dans l’UE. En réponse aux critiques jugées excessives à son égard, le député Biteau, également agriculteur bio, précise que son texte « n’a aucune incidence sur la capacité à produire en agriculture », puisque l’interdiction des engrais phosphatés ne sera pas mise en œuvre avant 2027. Il assure également que cela ne menacera pas la compétitivité des agriculteurs, car les phosphates sans cadmium ne coûtent pas plus cher.
La loi recueille un large soutien parmi les médecins libéraux et l’ASEF. Son président, le docteur Pierre Souvet, a récemment adressé une lettre aux présidents des groupes parlementaires. « Nous leur avons fait un nouveau résumé des alertes relatives au cadmium et des pathologies qui en découlent », a-t-il déclaré. Des députés du groupe Horizons, favorables au texte, ont également été contactés. Le médecin appelle les députés à s’accorder sur « des mesures politiques de réduction du taux de cadmium et des mesures agroécologiques », affirmant qu’« avec les mobilisations actuelles, ils ne peuvent plus dire qu’ils ne savaient pas ». L’ASEF reçoit le soutien des médecins du collectif Alerte médicale sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens (AMLP), qui ont également écrit aux responsables de l’Assemblée nationale.
« Si nous pouvions voter un texte intégrant cette alerte sanitaire sur le cadmium, porté par des scientifiques, avant la fin juin, cela redonnerait une légitimité à l’Assemblée nationale », estime Benoît Biteau. Il ajoute : « En cette période de défiance envers les élus, cela aurait du poids ».

