QRÂ : la Belgique peut-elle vraiment compter sur la géothermie ?
La Wallonie dispose d’un exemple concret de géothermie profonde à Saint-Ghislain, où deux puits permettent de chauffer 350 logements sociaux, trois écoles, deux hôpitaux, une gare, une piscine ainsi que plusieurs entreprises. Chaque année, environ 1,4 million de litres de mazout sont économisés et plus de 3000 tonnes de CO₂ sont évitées, correspondant à la pollution générée par environ 1500 voitures.
Camille Périlleux de Liège a posé la question suivante :
« Face au manque d’autonomie énergétique, pourquoi la Belgique ne développe-t-elle pas la géothermie profonde ? »
La principale raison de la faible utilisation de cette énergie est financière. La géothermie profonde nécessite de forer à environ deux kilomètres de profondeur pour capter la chaleur du sol, ce qui représente un investissement considérable.
Une autre difficulté majeure réside dans la méconnaissance du sous-sol belge. Avant de produire de l’énergie, il est indispensable de réaliser des campagnes d’exploration et des forages exploratoires coûteux, sans garantie de résultats. Même après avoir identifié des zones favorables, les dépenses continuent avec la construction d’un réseau de distribution pour acheminer la chaleur vers les bâtiments.
En plus des coûts et du manque de connaissance du terrain, un autre obstacle se présente : le risque géologique. Les forages peuvent entraîner de faibles tremblements de terre en modifiant les pressions et les températures souterraines. Ce phénomène est bien connu des spécialistes, mais il ajoute une incertitude supplémentaire.
**Pourquoi la géothermie reste intéressante**
Malgré ces difficultés, la géothermie profonde présente plusieurs atouts notables. Contrairement à l’énergie solaire ou éolienne, la chaleur du sous-sol est disponible en permanence, de jour comme de nuit, peu importe les conditions météorologiques. Cette forme d’énergie génère aussi peu de CO2. À long terme, elle peut devenir rentable financièrement.
De plus, elle pourrait diminuer la dépendance de la Belgique au gaz importé et renforcer son autonomie énergétique. La géothermie pourrait également alléger le réseau électrique. Avec l’augmentation des pompes à chaleur dans les habitations, la demande d’électricité augmente considérablement. Produire de la chaleur directement à partir du sol permettrait de réduire cette pression sur le système électrique.
En théorie, la géothermie profonde pourrait aussi être utilisée pour produire de l’électricité, mais en Belgique, le sous-sol n’est pas considéré comme suffisamment propice à cette production. Le potentiel principal réside donc dans la production de chaleur.
**Saint-Ghislain, un exemple concret en Wallonie**
La Wallonie dispose déjà d’un exemple concret de géothermie profonde à Saint-Ghislain, l’une des deux principales zones géothermiques du pays. Dans les années 1970, des chercheurs y ont découvert par hasard de l’eau à 70 degrés à plus de 2 kilomètres de profondeur.
Aujourd’hui, deux puits permettent de chauffer 350 logements sociaux, trois écoles, deux hôpitaux, une gare, une piscine, ainsi que plusieurs entreprises.
Les résultats sont significatifs : environ 1,4 million de litres de mazout sont économisés chaque année et plus de 3000 tonnes de CO₂ sont évitées, ce qui correspond à la pollution générée par environ 1500 voitures.
Cet exemple de Saint-Ghislain démontre que la géothermie profonde peut fonctionner en Belgique. Pourtant, cette source d’énergie reste encore largement sous-exploitée dans le pays.
La Belgique progresse plus lentement que certains de ses voisins européens, tels que les Pays-Bas ou la France. Cependant, la Wallonie assure que la géothermie profonde fait partie des options envisagées pour le futur mix énergétique. Les autorités travaillent à une meilleure cartographie du sous-sol et à la réduction des risques liés aux forages pour faciliter le développement de nouveaux projets.
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