France

Sal da Vinci défend Naples et l’Italie à l’Eurovision contre les critiques.

L’Italie se classera une nouvelle fois dans le top 10 de l’Eurovision lors de la finale de l’édition 2026 dans la nuit de samedi à dimanche. Le candidat Sal da Vinci, 56 ans, est en lice avec la chanson « Per sempre si », qui est la plus streamée sur Spotify parmi toutes celles en lice cette année.

De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche),

Nous pouvons déjà vous révéler la conclusion de cette histoire avec une presque certitude : l’Italie se positionnera une nouvelle fois parmi les dix meilleures lors de la finale de l’Eurovision de 2026, qui se déroulera dans la nuit de samedi à dimanche.

Sur les dix dernières éditions, elle n’a concédé une place en dehors du haut du classement qu’une seule fois, en 2016, lorsque Francesca Michielin avait terminé seizième. Cette année, il semble difficile d’imaginer un scénario qui empêcherait Sal da Vinci de se situer dans le top dix – voire même dans le top cinq. Ce candidat italien de 56 ans concourt avec la chanson Per sempre si, que l’on pourrait traduire ainsi :

« Pour toujours, nous serons toi et moi, Unis pour la vie qui, Sans toi, ne vaudrait rien Et serait vaine à vivre. Avec la main sur le coeur, Je te le promets devant Dieu, Dès maintenant, ce sera « oui » pour toujours. »

En Italie, cette chanson connaît déjà un immense succès – elle est actuellement la plus écoutée sur Spotify parmi toutes celles en compétition à l’Eurovision cette année et est devenue un classique des mariages.

Pour lui, participer à l’Eurovision relève de « la science-fiction »

L’Europe pourrait tout aussi bien être séduite par Sal da Vinci. L’Eurovision alimente régulièrement l’imaginaire collectif lié aux pays participants. Le chanteur italien incarne parfaitement l’archétype du Latin lover. Avec ses cheveux bruns impeccablement coiffés et son sourire éclatant, il apparaît comme un ambassadeur de la romance. La délégation italienne a choisi de présenter Per sempre si avec une mise en scène très littérale, comprenant des jeunes mariés, des témoins et Sal da Vinci dans le rôle de l’officiant. Une approche qui semble judicieuse : après sa première répétition jeudi, l’Italie a progressé de deux places, se classant septième parmi les favoris des bookmakers.

La chanson possède un charme désuet qui parvient à éviter la ringardise, grâce à la personnalité de son interprète, qui se révèle d’une gentillesse inébranlable et d’une bonne humeur contagieuse lorsqu’il est en public.

Lors d’une rencontre en avril, avant un concert à Amsterdam (Pays-Bas), il confiait que participer à l’Eurovision était pour lui « incroyable », « de la science-fiction ». « La rencontre avec tant de cultures, c’est quelque chose de nouveau pour moi, c’est magnifique », s’enthousiasmait-il.

La mise en scène de Sal da Vinci (ici lors des répétitions du 7 mai) joue une cérémonie de mariage.
La mise en scène de Sal da Vinci (ici lors des répétitions du 7 mai) joue une cérémonie de mariage. - Sarah Louise Bennett / EBU

Sal da Vinci n’est cependant pas un novice sous les projecteurs. Il a commencé à se produire sur scène à l’âge de 6 ans, encouragé par son père Mario. Jeune chanteur, il a également joué au théâtre et au cinéma.

Ses premiers albums, ancrés dans la chanson napolitaine, sont sortis dans les années 1990, mais ce n’est qu’en 2010 qu’il parvient à classer un album dans le top 15 italien (É cosi che gira il mondo, 12e en 2012 ; Se amore è, 12e en 2014). Son premier véritable succès a été Rossetto e caffè en 2024 (disque de platine en Italie).

C’est d’ailleurs cette chanson qui lui a ouvert les portes du Festival de Sanremo cette année. Alors que peu de gens pariaient sur lui, il a remporté cette prestigieuse compétition du calendrier culturel italien avec Per sempre si.

Le vitriol d’un journaliste italien

« Cette victoire, c’est pour moi une grande reconnaissance. Je ne dirais pas que cela a été une revanche mais plutôt un grand cadeau après tant d’années passées à faire de la musique », déclare-t-il à 20 Minutes.

Suite à son succès à Sanremo, certains commentaires ont terni la fête. Parmi eux, ceux d’Aldo Cazzulo, journaliste au Corriere della Sera, qui qualifie Per sempre si de « bande originale d’un mariage de la camorra », faisant référence à la mafia napolitaine. Il ajoute : « Bien sûr, dans le passé, nous avons déjà entendu des chansons nationales populaires à Sanremo, capables de titiller les sentiments les plus simples, même hypocrites, de l’amour éternel à la fierté nationale. Cependant, on avait le bon goût de les faire arriver à la deuxième place. Ou même à la cinquième, comme L’Italiano de Toto Cutugno. »

Début mai, sur le plateau de l’émission Belve de la Rai, Sal Da Vinci a répondu : « Aldo Cazzulo n’est pas un critique musical, mais un très bon journaliste que je respecte. Je n’ai pas voulu répondre à ce genre de provocations car les polémiques passent et la musique reste. » Une réponse empreinte de classe.

« Ce n’est pas un jugement critique, c’est de la discrimination »

L’artiste a également été la cible de critiques du public italien sur les réseaux sociaux, où les rivalités entre le nord et le sud du pays ont refait surface. Sal da Vinci a consulté en mars un avocat en vue d’éventuelles poursuites judiciaires. « Critiquer une chanson, même avec force, est une chose ; les insultes, le dénigrement et la discrimination en sont une autre, a déclaré maître Carlo Claps. Je fais référence aux propos qui attaquent Sal en tant que Napolitain, et à l’expression d’une culture populaire que certains considèrent comme inférieure. J’ai lu de mes propres yeux des propos qui assimilaient la chanson napolitaine à quelque chose de nuisible, voire de pestilentiel. Ce n’est pas un jugement critique : c’est de la discrimination. »

Nos articles sur l’Eurovision

Sal da Vinci assure à 20 Minutes être fier de « représenter l’Italie et Naples » et reconnaît porter une « grande attention » à la culture de sa ville. « Je pense en napolitain, je mange en napolitain, j’écris en napolitain. Ma philosophie est napolitaine, elle rencontre tous les peuples du monde. Naples représente le sud de l’Italie, mais aussi le sud du monde, nous explique-t-il. C’est dans cette richesse de sensations que la chanson Per sempre si est née. Mon expérience, mon interprétation, ma manière d’être sur scène, proviennent de tout cela. » Voir Naples et chanter.