La bande de Gaza fermée aux journalistes étrangers : « Israël ne souhaite pas que l’on sache »
Depuis octobre 2023, 220 journalistes ont été tués à Gaza par l’armée israélienne, dont au moins 70 pour lesquels des éléments montrent une vraisemblance de ciblage, selon le bilan établi par Reporters Sans Frontières. L’Association de la presse étrangère en Israël (FPA) réclame que « les forces engagées dans le conflit respectent et assurent la sécurité des professionnels de l’information en activité ».
Depuis plus de deux ans et demi, les journalistes présents à Gaza jouent un rôle essentiel en informant le monde des événements tragiques qui s’y déroulent, tels que la guerre et les privations. Anas Baba, qui travaille pour la radio publique américaine NPR, explique : « Ça reporte la majeure partie de la tâche sur les épaules de ceux qui sont encore à l’intérieur, les journalistes palestiniens comme nous. »
Il poursuit : « Ce qui est difficile, c’est que nous ne couvrons pas seulement la tragédie, nous la vivons aussi, nous en faisons partie. Le matin, nous filmons avec une mère qui a perdu ses enfants. Mais la nuit, c’est nous qui fouillons dans des décombres, à la recherche de nos proches, et même de nos collègues. » Anas insiste sur le fait que, même s’ils sont capables de faire leur travail, ils ont besoin de soutien : « Nous avons besoin que le monde voie ceci avec d’autres points de vue, pas seulement celui des journalistes locaux. »
Les journalistes de Gaza, tout en bénéficiant d’un soutien moral de leurs homologues internationaux, se retrouvent néanmoins confrontés à des défis considérables dans la couverture de cette guerre d’une ampleur et d’une intensité sans précédent. Le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025 n’a pas changé cette réalité. Subissant les mêmes conséquences que la population civile, ils font face à des pénuries alimentaires, d’eau potable, de logements décents, d’électricité et de télécommunications. Anas Baba explique que la responsabilité qui pèse sur lui et ses collègues les pousse à continuer leur travail : « Nous ne sommes pas des super-héros, nous sommes des personnes normales comme n’importe quel autre journaliste dans le monde. Mais nous avons une motivation : la vérité repose maintenant sur nos épaules. »
Malgré cela, les journalistes de Gaza font l’objet de tentatives de discrédit et de menaces de mort permanentes. Le père d’Anas, photographe pour l’AFP, a été l’une des premières cibles de ces attaques sur la légitimité du travail des journalistes. Jonathan Dagher, responsable régional de Reporters Sans Frontières, relate un incident où Mohammed al Baba a été accusé d’avoir pris une photo d’une poupée au lieu d’une fillette victime d’un bombardement israélien, un récit jugé inacceptable par Dagher.
Le journaliste israélien Meron Rapoport ajoute que les autorités israéliennes pensaient que les informations provenant des journalistes palestiniens ne seraient pas prises au sérieux : « Israel n’a pas compris que ces journalistes sont très courageux et assez bons dans leur travail. »
Selon un bilan de Reporters Sans Frontières, 220 journalistes ont été tués à Gaza par l’armée israélienne depuis octobre 2023. Jonathan Dagher précise que « nous décomptons au moins 70 journalistes pour lesquels des éléments montrent une vraisemblance de ciblage. » RSF a déjà déposé cinq plaintes auprès de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, soulignant que « ce sont eux qui documentent les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité en cours contre la population palestinienne à Gaza. »
Les journalistes de Gaza estiment que leur sécurité sera assurée lorsque leurs collègues étrangers auront la permission de travailler à leurs côtés. Cela fait plus de deux ans que les correspondants étrangers basés en Israël réclament cet accès. Les autorités israéliennes justifient l’interdiction par des raisons de sécurité, même après le cessez-le-feu.
L’Association de la presse étrangère en Israël (FPA) fait pression sur les responsables israéliens pour lever cette interdiction, ayant même saisi la Cour suprême d’Israël, sans succès. Pour les journalistes, cette situation constitue une atteinte à la liberté de la presse. Ils ont publié une pétition et une vidéo demandant : « laissez-nous entrer ! »
Andrea Krogman, membre de la FPA, exprime l’importance d’accompagner les journalistes gazaouis : « Nous savons tous que c’est dangereux, mais ça devrait être notre décision, la décision de nos organes de presse d’y aller ou non. » Elle rappelle que plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués par l’armée israélienne, souvent sans preuves tangibles pour soutenir les accusations portées contre certains d’entre eux.
La même frustration se retrouve chez les journalistes de France Télévision à Tel Aviv, qui constatent que « la sécurité des journalistes peut être assurée puisqu’il y a un cessez-le-feu sur place. » Mael Benoliel ajoute qu’Israël pourrait chercher à dissimuler l’ampleur des dégâts à Gaza.
La Société des journalistes de la RTBF a appelé les autorités israéliennes à « autoriser la libre entrée et sortie des journalistes » à Gaza. Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, souligne que « l’accès des médias internationaux à Gaza est une nécessité pour assurer la transparence et le droit du public à l’information. » La RTBF a également exprimé son soutien à un média d’information indépendant à Gaza.

