Connexion mobile SNCB : les messages passent, les vidéos pas.
La SNCB ne propose pas de connexion Wi-Fi dans ses trains, une option jugée « trop chère » en 2017. En 2023, 160 millions d’euros étaient nécessaires pour équiper l’ensemble des trains en Wi-Fi, en plus de 13 millions d’euros annuels de frais de fonctionnement.
Si de nombreux opérateurs ferroviaires en Europe ont opté pour un système Wi-Fi qui capte les ondes GSM à l’extérieur et les diffuse à l’intérieur de leurs trains, cela n’est pas le cas de notre opérateur national. Beaucoup attendaient une telle initiative de la part de la SNCB, mais l’idée avait déjà été écartée en 2017, jugée « trop chère ».
En 2023, le ministre fédéral de la mobilité de l’époque, Georges Gilkinet (Ecolo), a mentionné des montants considérables : 160 millions d’euros seraient nécessaires pour équiper tous les trains en Wi-Fi, auxquels s’ajouteraient 13 millions d’euros annuels pour les frais de fonctionnement, ainsi que les coûts liés à l’immobilisation des trains et à la main-d’œuvre. La Belgique a choisi d’éviter cette dépense en se tournant vers des alternatives.
Suite à plusieurs projets pilotes, il a été décidé de privilégier les connexions de données mobiles, notamment la 4G et la 5G.
Cependant, pour de nombreux navetteurs, la connexion en données mobiles semble être une solution difficilement réalisable à l’heure actuelle, surtout alors que le gouvernement envisageait de promouvoir le TéléTRAINvail début 2025. De nombreux utilisateurs se plaignent d’une faible vitesse de connexion, d’instabilité et de déconnexions pendant leur trajet.
Pour évaluer la situation, l’institut belge des télécommunications (IBPT) a analysé, entre fin août et mi-novembre 2025, la qualité des connexions mobiles sur 16 lignes ferroviaires principales du pays.
Un bon point pour l’ensemble des opérateurs (Proximus, Orange et Telenet/Base) : plus de 99% des lignes ferroviaires étudiées sont couvertes par le réseau (mesuré à l’extérieur des wagons), dépassant l’obligation de 98% imposée par le gouvernement belge. L’IBPT note aussi que « plus de 97% des appels téléphoniques ont été établis avec succès par les opérateurs ». Une bonne nouvelle pour les simples appels vocaux.
Cependant, la situation est moins favorable pour les connexions à internet mobile. Bien que les lignes soient presque entièrement couvertes par les opérateurs, la qualité de cette couverture varie.
Ainsi, pour une utilisation basique des données mobiles, les taux de réussite demeurent relativement élevés. Pour l’envoi de messages via les applications de messagerie, peu de problèmes sont signalés (le taux de réussite est en moyenne de 92,2% pour Orange, 91,4% pour Telenet et 89,8% pour Proximus). La consultation de pages internet affiche également de bons résultats, avec un pourcentage de réussite atteignant 94,9% pour Telenet, 93,7% pour Proximus et 93,1% pour Orange.
En revanche, pour des usages plus avancés (tels que le visionnage de vidéos ou les visioconférences), les résultats sont moins reluisants. L’IBPT souligne que « regarder des vidéos dans le train est en moyenne plus difficile sur toutes les lignes : le pourcentage de vidéos YouTube pouvant être visionnées sans interruption est de 57% pour Orange, 56,5% pour Telenet et 42% pour Proximus ».
Ces chiffres sont peu flatteurs, notamment en comparaison avec l’utilisation en voiture : « les mesures le long des routes révèlent un taux de réussite de 85,4% pour Orange, 83,6% pour Proximus et 83,1% pour Telenet pour cet indicateur ».
Pour l’IBPT, cette différence peut s’expliquer par les débits de téléchargement dans les trains, qui sont en moyenne significativement plus faibles et davantage sujet à des interruptions. L’IBPT rapporte également que « le service est moins stable sur plusieurs trajets, notamment sur les lignes Liège-Welkenraedt et Namur-Arlon ».
Plusieurs facteurs expliquent la difficulté de la connexion aux données mobiles depuis les wagons des trains.
Tout d’abord, la structure des rames, principalement en acier et en aluminium, bloque principalement les ondes extérieures, créant un effet similaire à une cage de Faraday. De plus, les vitres de nombreuses rames sont recouvertes d’une fine pellicule de fer, amplifiant ce phénomène.
Ensuite, le nombre et la puissance des antennes proches des voies ferrées jouent un rôle. Celles en zone rurale ont souvent une capacité moindre en raison d’une charge de connexions plus faible. Toutefois, lorsqu’un train bondé passe à proximité, « des centaines de passagers tentent de se connecter simultanément, ce qui entraîne une transition rapide d’un faible nombre de connexions à un volume élevé », explique Michael Vandroogenbroek, ingénieur et conseiller à l’IBPT.
Pour pallier les lacunes des rames de trains, la SNCB prévoit d’enlever le revêtement en fer des vitres : « Pour les voitures M6 à doubles étages, la rénovation a déjà commencé et se poursuit. Le reste de la flotte encore à moderniser le sera d’ici 2029 », indique Tom Guillaume, porte-parole de la SNCB.
« À terme, dans quelques années, toutes les voitures M6 auront été rénovées et bénéficieront d’une meilleure connexion. Les voitures M7, mises en service en 2020, offrent déjà une meilleure connectivité. Et les futures automotrices AM30, attendues pour 2029, assureront une excellente connexion », ajoute le porte-parole.
Cette opération est estimée à environ 40 millions d’euros, selon les prévisions de Georges Gilkinet pour 2023.
Concernant les antennes, il incombe aux opérateurs d’accroître leur nombre et leur capacité pour répondre à une demande de réseau mobile en pleine expansion, et cela sur une plus grande partie des tracés ferroviaires.
Si ces premières observations confirment les ressentis de certains usagers de la SNCB, l’IBPT n’a pas encore relevé de résultats plus approfondis. L’institut a annoncé « avoir lancé une étude spécifique sur la couverture mobile à l’intérieur des trains afin d’identifier les zones les plus problématiques et d’analyser les solutions techniques possibles ».
Cette étude devrait être finalisée après l’été 2026 et pourra constituer une base pour des améliorations de la couverture des données mobiles à bord des trains belges. L’IBPT se chargera ainsi de « dresser un inventaire des solutions techniques existantes, du coût de chaque option, des possibilités de financement par les pouvoirs publics (en respectant les règles d’aides d’État) et de l’éventuel intérêt à un cofinancement par les opérateurs mobiles ou Infrabel/SNCB », indique la ministre de l’Action et de la Modernisation publique, Vanessa Matz.
Elle précise également l’importance de « prêter attention aux lignes ferroviaires secondaires, où l’installation ou l’amélioration d’antennes-relais n’est pas toujours rentable pour les opérateurs ».

