La Commission européenne dévoile sa stratégie contre la pauvreté : « On est fatigué des plans politiques »
Selon l’office européen des statistiques Eurostat, un Européen sur cinq est en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit 93 millions de citoyens de l’Union européenne (UE). La Commission européenne a dévoilé son plan le 6 mai, promettant « d’éradiquer la pauvreté d’ici 2035 ».
Selon Eurostat, un Européen sur cinq est exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, représentant 93 millions de citoyens de l’Union européenne (UE). « Il y a près de dix ans, l’Union européenne s’engageait déjà à sortir au moins 15 millions de personnes de la pauvreté d’ici 2030. Nous n’y sommes encore même pas proches », met en avant Olivier Hanrion, qui décrit les fractures sociales parmi les 27 États membres : « L’ascenseur social est en panne, naître pauvre double les chances de le rester une fois adulte. Les mères seules sont deux fois plus susceptibles d’être exposées au risque de pauvreté que la moyenne. Certains groupes sont systématiquement relégués, notamment les Roms, les personnes nées hors de l’UE, la communauté LGBTQIA + et les personnes en situation de handicap. De plus, il existe une fracture entre les territoires ruraux, périurbains et les régions ultrapériphériques par rapport aux centres. »
Pour répondre à cette situation, la Commission européenne a révélé son plan le 6 mai, promettant « d’éradiquer la pauvreté d’ici 2035 », comme l’affirme la Vice-présidente de l’exécutif européen, Roxana Mînzatu, sur Euronews. Ce plan se décline en trois axes, traitant de l’enfance, de l’emploi et du logement. « Près d’un million d’Européens sont sans-abri, 40 % estiment que le manque de logements abordables constitue une urgence, alors que les prix de l’immobilier ont augmenté de 60 % en 13 ans et que les objectifs de logements sociaux ne sont pas atteints », explique Olivier Hanrion.
La Commission souhaite, sur ce point, orienter les investissements vers le logement social ou abordable, mettre en place des procédures accélérées pour l’obtention de permis de construire, et assurer un accompagnement aux sans-abri ainsi que des mesures de prévention des expulsions. « Ces marges de manœuvre restent limitées, le logement étant une compétence des États, des régions et des villes », précise le journaliste.
L’eurodéputée française Marie Toussaint, coprésidente de l’intergroupe de lutte contre la pauvreté au Parlement européen, demeure optimiste quant aux objectifs fixés par l’UE : « C’est faisable si on y met les moyens humains, financiers, et que l’on prend des décisions politiques un peu révolutionnaires. Depuis 2000, l’Europe fixe des engagements sociaux qu’elle n’atteint pas car elle ne se dote pas des outils nécessaires. Or, cette stratégie aujourd’hui crée les outils. » Elle évoque entre autres la participation des personnes précarisées aux décisions, la reconnaissance d’une discrimination socio-économique, et un « veto social » censé empêcher certaines lois d’aggraver les inégalités.
« C’est la première fois depuis deux ans qu’on ne recule pas et qu’on avance », se réjouit l’élue du groupe parlementaire Les Verts/ALE. Cependant, il est essentiel que le plan bénéficie d’un budget, car selon Marie Toussaint, la proposition de budget pour les sept années à venir prévoit une réduction de 17 % de son volet social. « Il faut que nous arrivions à confirmer que la dignité humaine passe au-dessus de la question de la dette », insiste-t-elle. Son intergroupe réclame également des objectifs contraignants avec des échéances jusqu’à 2050.
D’après Eurostat, la Belgique figure parmi les pays de l’UE les moins touchés par la pauvreté, avec 16,5 % de sa population en situation de précarité. Céline Nieuwenhuys, qui représente la fédération des services sociaux associatifs de Belgique francophone, dénonce certaines mesures des États membres qu’elle considère comme fragilisant le tissu social et solidaire. En Belgique, elle cite : « Le budget fédéral de l’aide alimentaire coupé, une fragilisation des CPAS qui tirent la sonnette d’alarme, la suppression des repas scolaires gratuits, des reculs sur l’hébergement et l’accueil des migrants, des coupes de financement dans l’associatif. »
Céline Nieuwenhuys attend des actes de la part de la Commission suite à ses promesses : « C’est vrai que c’est plutôt un succès au niveau de la dynamique européenne, un plan me semble peut-être une avancée. Mais surtout ne nous arrêtons pas là, on attend la Commission à d’autres rendez-vous. » Elle insiste sur la nécessité d’un financement et de mesures concrètes : « Sur le terrain, les bénévoles, les travailleurs sociaux, on est fatigué des plans, des ‘task forces’, qui n’ont pas d’impact sur le réel. Les gens ont besoin de victoires concrètes, et nous, on a besoin de budgets. Dans ce plan, il n’ya ni sanctions, ni budget. »
► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.

