Affaire Dany Leprince : Solène, rescapée, déclare « Je n’ai aucun souvenir »
Solène Leprince avait deux ans et un mois lorsqu’elle a survécu à un quadruple meurtre survenu le 5 septembre 1994, où ses parents et ses sœurs ont été découverts mortels chez eux, dans la Sarthe. Dany Leprince, son oncle, a été condamné à perpétuité en 1996 et demande la révision de sa condamnation, soutenue par sa nièce, avec un témoignage pouvant être retenu comme « fait nouveau ».

À la Cour de révision,
Solène Leprince n’avait que deux ans et un mois lorsqu’elle a survécu à l’horreur. Le matin du 5 septembre 1994, ses parents et ses deux grandes sœurs, Sandra et Audrey, âgées de 10 et 6 ans, ont été retrouvés sans vie, baignés dans leur sang chez eux, dans la Sarthe. Pour une raison inconnue, elle a échappé à ce sort. « Je n’ai aucun souvenir de cette nuit-là », confie la jeune femme aujourd’hui âgée de 33 ans, devant la Cour de révision. Son seul souvenir : celui d’être « dans les bras d’un homme en blouse blanche, avec des gyrophares », le lendemain matin.
Son oncle, Dany Leprince, a longtemps été accusé de ce quadruple meurtre d’une « violence inouïe », selon les mots de son avocate, Me Missiva Chermak-Felonneau. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1996 et a purgé dix-huit ans de prison. Cependant, les certitudes d’hier ont été remises en question. Ce jeudi, pour la seconde fois, il demande la révision de sa condamnation. Cette démarche est appuyée par sa nièce et obtient l’approbation de l’avocat général. « Nous ne sommes pas confiants, mais déterminés », déclare Me Olivier Morice, un autre avocat de Dany Leprince. Ils cherchent à faire reconnaître de nouveaux éléments et espèrent être les treizièmes en quatre-vingts ans à décrocher une telle décision.
Un témoignage inédit d’une témoin qui n’a rien vu
Le témoignage inédit de Solène Leprince, aujourd’hui mère de famille, pourrait influencer la décision attendue début juillet, surtout si la Cour le considère comme un « fait nouveau », plaide Me Olivier Morice. Lorsque la jeune femme se lève pour se rapprocher du micro, un silence pesant s’installe dans cette vaste salle aux murs bleus et aux ornements dorés. Bien qu’elle ait échappé au drame, elle se dit aujourd’hui « brisée d’avoir perdu [ses] parents et [ses] sœurs ». C’est la raison pour laquelle elle souhaite comprendre.
Avec une émotion palpable, elle fait part de sa « colère » face aux « zones d’ombre » demeurant sur cette affaire. Notamment, les témoignages fluctuants et à charge de Martine Compain, l’ex-femme de Dany Leprince, ainsi que ceux de leur fille Célia, qui avait 15 ans à l’époque. Les avocats de celui qui a longtemps été dénommé « le boucher de la Sarthe » soulignent l’absence de preuves matérielles ou d’éléments objectifs prouvant la présence de Dany Leprince sur les lieux des crimes. Qu’en est-il de la relation de la nourrice de l’enfant avec l’un des gendarmes en charge de l’enquête ?
« Pourquoi je suis la seule survivante de ce drame ? »
« Pourquoi je suis la seule survivante de ce drame ? Comment un homme seul peut-il commettre quatre meurtres, dont deux adultes capables de se défendre ? Pourquoi n’a-t-on pas élargi les recherches au-delà de la famille ? Pourquoi Martine et Célia n’ont-elles jamais été soupçonnées ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’élément concernant la chronologie des faits ? », s’interroge Solène Leprince.
« On m’a instrumentalisée »
Et dans tout cela, « on a voulu me faire porter une responsabilité », déplore amèrement la jeune femme. Elle a longtemps été désignée comme un « témoin clé » de l’affaire, appelée à témoigner malgré son jeune âge. Or, « je ne suis pas victime d’aucun traumatisme ». « Si j’avais été témoin du meurtre de mes parents, je ne serais pas là aujourd’hui », souligne-t-elle. « On m’a instrumentalisée », dénonce-t-elle. Elle espère un nouveau procès « pour chercher la vérité ».
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Les différentes parties semblent converger. Accéder à cette demande serait « un petit pas pour vous, on ne vous demande pas de décrocher la lune, mais un grand pas pour la justice, la condition première de l’humanité », conclut l’avocat d’Alain Leprince. À la fin de la journée, la voix de Dany Leprince s’élève encore pour affirmer, une énième fois : « Je suis innocent ».

