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En Espagne, des scandales menacent la classe politique.

Pedro Sánchez est arrivé au pouvoir en 2018 après la chute du gouvernement conservateur. En 2025, 114 personnalités politiques ont été poursuivies pour corruption.


Il avait fait de la lutte contre la corruption son principal combat. Élu en 2018 après la chute d’un gouvernement conservateur, plongé dans un scandale, Pedro Sánchez représentait alors une promesse de renouveau et d’intégrité.

Cependant, au fil des ans, plusieurs affaires d’une ampleur similaire ont fini par impliquer son entourage, ternissant cette image. Aujourd’hui, une vaste affaire de corruption ébranle les plus hautes instances de l’État espagnol, mettant en difficulté un Premier ministre confronté à un système qu’il s’était engagé à combattre.

114 personnalités politiques ont été poursuivies pour corruption en 2025.

D’après le juge Joaquim Bosch, magistrat reconnu, spécialisé dans ce domaine, le système institutionnel est en proie à une « corruption structurelle ». Si l’Espagne est classée 49e par Transparency International, il juge que la situation serait encore plus grave si l’on se limite à la sphère politique.

Il explique que cette situation est en partie due à l’héritage du franquisme, une époque où la corruption était tolérée et rarement sanctionnée. Après 1975, ces pratiques ont perduré : les élites politiques et économiques ont conservé leurs réseaux sans véritable rupture, ce qui a contribué à ancrer durablement la corruption dans le système. Cela a également favorisé des pratiques clientélistes, surtout à l’échelle régionale ou locale.

Les scandales de corruption émergent souvent dans des contextes délicats. En Espagne, la crise du Covid-19 constitue un exemple emblématique. L’urgence sanitaire, la pression et la nécessité d’intervenir rapidement ont affaibli les mécanismes de contrôle : procédures accélérées, marchés publics attribués sans vérifications adéquates, surveillance réduite.

C’est dans ce contexte qu’émerge la figure de Koldo García, un proche du ministre des Transports José Luis Ábalos. Profitant de ses connexions, il aurait facilité l’attribution de contrats publics, notamment pour l’achat de masques, parfois jamais livrés, en échange de commissions occultes.

Des études récentes révèlent que la corruption et son traitement inefficace érodent durablement la confiance des citoyens envers la classe politique. Beaucoup d’Espagnols considèrent la corruption comme l’un des problèmes majeurs du pays, entraînant une défiance généralisée envers la classe politique.

Cette ambiance de méfiance se manifeste également dans la rue. En juin dernier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Madrid pour demander la démission du gouvernement de Pedro Sánchez. Les estimations parlent de 45 000 à plus de 100 000 manifestants participant à ce rassemblement, organisé par l’opposition conservatrice.

Une nouvelle mobilisation d’envergure a eu lieu en novembre, toujours dans la capitale espagnole, rassemblant à nouveau plusieurs dizaines de milliers de personnes qui réclamaient la tenue d’élections anticipées.

L’émergence de ces dossiers pourrait aussi être interprétée comme le signe d’une justice et d’organes de contrôle efficaces, capables de mettre en lumière des affaires touchant les plus hautes instances du pouvoir. Toutefois, ces procédures, souvent complexes, s’étendent sur une longue période et peuvent mettre des années avant d’aboutir à une décision finale.

Le docteur en sciences politiques Guillermo Fernández-Vázquez estime que l’impact de ces affaires sur les élections demeurera limité pour les principaux partis. « La plupart de ces dossiers ont été révélés il y a plusieurs années. Une part de leur impact politique a déjà été absorbée. Cela ne signifie pas pour autant qu’on n’en parlera pas », souligne-t-il.

À l’approche des prochaines élections, prévues en 2027, la question de la confiance dans les institutions et de la lutte contre la corruption devrait s’imposer comme l’un des principaux défis politiques en Espagne.

Accusés eux-mêmes de pratiques similaires dans certaines affaires, les partis d’opposition chercheront à utiliser ces scandales pour affaiblir l’exécutif, tandis que le gouvernement tentera de défendre ses actions et de minimiser l’impact des enquêtes en cours sur son image.